Avec près de 60 millions de clients enrôlés en Europe et de premières grandes enseignes engagées, la solution portée par EPI dispose d’une base solide. Reste à transformer cette présence en habitudes d’achat. Coût, simplicité, garanties et fidélité : les attentes des marchands se précisent, dans un marché où la concurrence continue d’avancer.
Rembourser un dîner et payer un billet d’avion ne demandent pas tout à fait la même chose à un moyen de paiement. Dans le premier cas, il suffit que l’argent arrive rapidement à la bonne personne. Dans le second, le client peut attendre des assurances, un remboursement en cas d’annulation et la possibilité de modifier sa réservation. Le commerçant doit, lui, intégrer la transaction dans ses outils et maîtriser son coût.
C’est entre ces deux situations que se joue aujourd’hui la prochaine étape de Wero. Deux ans après ses débuts, la solution européenne aborde le commerce avec un acquis : elle n’a plus à faire découvrir son nom à tous ses futurs utilisateurs. Elle doit désormais leur donner une raison de la choisir au moment d’acheter.
Le lancement commercial avait commencé en Allemagne en juillet 2024, avant le déploiement français à partir de l’automne. Le paiement entre particuliers constituait la première étape d’un projet plus vaste : construire un portefeuille européen capable d’accompagner les achats en ligne, les paiements en magasin et les services qui les entourent.
En cette rentrée 2026, le déploiement de Wero dans le commerce prend forme. Les banques ouvrent progressivement le paiement marchand à leurs clients et les premières enseignes intègrent la solution, tandis que plusieurs fonctionnalités restent à venir. Après deux années consacrées à constituer une base d’utilisateurs, l’enjeu est désormais de mesurer la place que Wero peut prendre dans les achats : combien de clients le choisissent, pour quels usages et avec quel bénéfice pour les commerçants ?
Une base de départ qui change la discussion avec les marchands
Lors de son point de rentrée, EPI évoque une base de 59,6 millions de clients sur quatre marchés, dont environ 40 millions en France. BNP Paribas parle également de près de 60 millions de particuliers enrôlés en Europe. Le chiffre donne la mesure du travail de distribution réalisé en deux ans. Il demande cependant à être lu pour ce qu’il représente : une base constituée ne correspond pas à autant de personnes qui paient régulièrement avec Wero.
Cette distinction est reconnue par les promoteurs du projet. Lors des échanges chez BNP Paribas, la banque souligne que tous les clients enrôlés ne sont pas actifs et met en avant une progression de l’activation. A cette occasion, EPI ne fournit pas de données détaillées permettant de mesurer l’usage marchand à l’échelle de l’ensemble du réseau.
La France occupe une place particulière dans cette construction. Wero y a bénéficié de la migration de Paylib, qui a apporté 26 millions de clients selon les chiffres rappelés lors de la conférence, et de son emplacement dans les applications bancaires. La base française s’est donc élargie au-delà de ce premier socle. Le changement pouvait s’inscrire dans une habitude existante : envoyer de l’argent depuis sa banque, sans demander un IBAN à son destinataire. Cette continuité a réduit une partie de l’effort nécessaire pour faire adopter une nouvelle marque.
Pour un commerçant, cette base compte. Ajouter un moyen de paiement mobilise des équipes techniques, du budget et du temps de test. La perspective de toucher des clients déjà équipés permet de justifier cet investissement. Martina Weimert, directrice générale d’EPI, insiste sur ce point : le paiement entre particuliers devait installer la confiance avant l’arrivée dans le commerce.
Thierry Laborde décrit désormais une France sans « zone blanche » dans la trajectoire de déploiement du paiement entre particuliers : tous les établissements sont appelés à proposer le service d’ici la fin de l’année. Cette analogie renvoie à la couverture bancaire visée, et non à une disponibilité immédiate de toutes les fonctions. L’ouverture du commerce suit son propre calendrier, avec une montée en charge des grands groupes bancaires au second semestre.
Sur ce premier usage, Thierry Laborde revendique pour le groupe BNP Paribas 13,5 % des transactions Wero sur le périmètre France–Belgique. En France, il rappelle que la distribution du groupe comprend BNP Paribas, Hello bank! et Nickel. Cette part dans les transactions Wero ne mesure pas une part de l’ensemble du marché des paiements.
Un client qui reconnaît le bouton Wero dispose d’un premier repère. Il reste à vérifier que cette familiarité se traduit en achat. La marque connue, le service activé et la transaction aboutie sont trois étapes différentes. La suite du développement devra permettre de suivre le passage de l’une à l’autre.
Les Français ajoutent un moyen de paiement à leurs habitudes
Le baromètre EPI réalisé avec Kantar apporte un éclairage sur ce passage. Publiés semaine dernière, ses résultats indiquent que 70 % des consommateurs français utilisent Wero ou en ont au moins entendu parler. Ce chiffre mesure donc un ensemble mêlant usage et notoriété.
Parmi les non-utilisateurs, 47 % se disent prêts à essayer la solution. Et 81 % des futurs utilisateurs envisagent Wero en complément de leurs moyens de paiement actuels. La confiance bancaire constitue un autre appui : 77 % des répondants français déclarent faire confiance aux institutions financières établies.
Lors de la présentation, Pauline Cieutat (responsable des études de marché et de l’innovation chez EPI) décrit une adoption progressive. Le consommateur essaie, observe si le service répond à un besoin et élargit ensuite son utilisation.
Elle invite aussi à regarder les situations concrètes. Le remboursement d’un proche peut devenir une habitude sans modifier immédiatement la façon de payer ses courses. Un consommateur peut apprécier Wero entre amis, conserver sa carte pour ses achats et préférer un portefeuille mobile dans certaines applications. Le nouvel usage se construit à l’intérieur de cette diversité.
La dimension sociale du paiement entre particuliers joue ici un rôle. On découvre le service parce qu’un ami demande un remboursement ou qu’un enfant aide ses parents à l’activer. Cet apprentissage se fait dans une relation de confiance. L’arrivée chez un commerçant doit prolonger cette familiarité tout en répondant à une attente plus large : savoir ce qui se passe avant, pendant et après le paiement.
PayPal, Lydia, Fintecture : un marché qui continue d’avancer
Wero arrive dans le commerce face à des acteurs déjà installés. PayPal revendique 16 millions d’utilisateurs en France, selon les chiffres présentés par Philippe Daly à Paiement.fr en mars dernier. Le groupe combine paiement marchand, transferts entre particuliers, paiement fractionné et protection des achats. Pour Wero, l’enjeu sera de proposer une expérience suffisamment complète pour faire évoluer les habitudes. Ses quelque 40 millions de clients enrôlés en France constituent un atout de distribution, mais ne permettent pas de conclure à un usage supérieur à celui de PayPal.
Sur le paiement entre particuliers, Lydia Solutions annonce avoir atteint la rentabilité, avec une génération de cash depuis juillet selon le média Les Echos. L’activité de transferts et de cagnottes était déjà rentable depuis 2025. Lydia revendique plus de 40 % du marché des cagnottes, tandis que sa néobanque Sumeria compte plus de 2 millions de clients. Dans cette interview, Cyril Chiche reconnaît que « Wero est un concurrent très sérieux », mais prépare aussi de nouveaux usages, notamment l’encaissement sur téléphone (“Tap to Pay”) pour les petits professionnels.
Sur un autre terrain, Fintecture est passé du cap de 5 milliards d’euros collectés en 2025 à celui de 10 milliards en 2026. Ces seuils ne mesurent pas un doublement du volume annuel. Ils illustrent la progression du compte à compte dans les encaissements B2B, autour de besoins professionnels précis. Cette dynamique rappelle que l’adoption du virement peut bénéficier à plusieurs acteurs, au-delà de Wero.
La concurrence se joue donc sur plusieurs usages : le remboursement entre proches, l’achat en ligne et l’encaissement professionnel. La carte et les wallets mobiles restent, eux, des références de simplicité. Wero devra transformer sa présence dans les banques en préférence au moment de payer.
Du site à la caisse, les marchands attendent un paiement qui accompagne tout l’achat
Pour Fnac Darty, Air France, Orange ou Decathlon, l’arrivée de Wero se juge d’abord à sa capacité à faciliter un achat. Le client doit pouvoir choisir son moyen de paiement, autoriser la transaction et retrouver une confirmation claire. L’enseigne attend de cette simplicité une meilleure conversion, avec un service suffisamment robuste pour s’intégrer à ses opérations. Lancé la semaine dernière sur Sosh, les premiers retours d’Orange apportent déjà un éclairage sur le passage de la notoriété à l’essai.
Charles Barbarin (directeur Parcours Clients et Processus d’Orange France) rapporte que plusieurs milliers de clients ont cliqué sur le bouton Wero dès les premiers jours, avec des clics observés dès l’ouverture du service. Il y voit l’effet de la familiarité acquise dans les transferts entre particuliers, tout en soulignant que Wero doit encore établir sa marque dans le paiement marchand. Ces premiers clics témoignent d’un intérêt ; Orange ne fournit pas, dans cet échange, de taux de conversion permettant de mesurer les paiements aboutis.
Cette distinction rejoint l’enjeu commercial décrit par l’opérateur. Selon différentes études internes réalisées avant le lancement de Wero sur Sosh, un client sur deux déclare avoir déjà abandonné une transaction faute de retrouver le moyen de paiement attendu. Orange prévoit par ailleurs d’étendre le service aux clients de sa marque Orange d’ici la fin de l’année.
Martin Aunos (directeur des services, de l’économie circulaire et des paiements de Fnac Darty) explique que les investissements des dernières années ont porté sur une plateforme centrale pour l’Europe et sur la diversification des options de paiement. Le groupe les présente comme un levier d’amélioration de sa conversion. Wero doit s’inscrire dans cette continuité, avec un premier lancement sur fnac.com prévu début 2027 avant une extension aux autres plateformes. Decathlon a déjà ouvert le service en Allemagne et en Belgique en juillet et prévoit son arrivée en France en octobre.
Ces débuts doivent ensuite pouvoir s’étendre à toute la diversité du commerce. Martin Aunos rappelle que les parcours de Fnac Darty mêlent produits en stock et marketplace, petits et gros paniers, précommandes et abonnements. Une partie des achats commence en ligne et se poursuit en magasin. À cette variété s’ajoutent les pics d’activité (comme le Black Friday) pendant lesquels la fiabilité du paiement devient particulièrement sensible. L’intérêt d’un nouveau service dépend donc autant de la facilité du premier achat que de sa capacité à gérer les situations suivantes.
La feuille de route d’EPI répond progressivement à ces besoins. Elle vise une palette plus complète de transactions : abonnement, paiement différé ou à la livraison, paiement en un clic, puis fractionné, avec plusieurs enrichissements évoqués pour 2027 et 2028. Leur disponibilité conditionnera l’étendue des usages chez les enseignes. Avec plus de 2 millions d’abonnés qui paient mensuellement (Darty Max, Fnac One etc…), Fnac Darty attend notamment une meilleure continuité entre la vente de produits et celle de services. Pour un abonnement, il faut pouvoir gérer le renouvellement, une évolution de montant ou un échec. Martin Aunos souligne aussi l’intérêt de récupérer plus facilement un impayé pour conserver un client qui souhaite poursuivre son service. Le fractionné suppose, lui, une offre de financement adaptée. Ces fonctions restent à distinguer des paiements simples déjà ouverts.
Dans le voyage, l’exigence porte également sur les services associés au règlement. Bruno Lecerf (directeur du financement et de la trésorerie d’Air France) situe le lancement de Wero entre fin octobre et début novembre 2026. Sur le marché français, il rappelle que plus de 60 % des ventes se font en direct sur le web ou le mobile, avec environ 80 % des achats réalisés par carte dans le périmètre présenté. La compagnie retient trois critères : la dimension européenne, l’expérience client et les préoccupations économiques.
La fragmentation des habitudes de paiement est particulièrement visible au sein d’Air France-KLM. Aux Pays-Bas, iDEAL représente environ 60 % des transactions sur le site marchand de KLM. La compagnie prend ainsi le cas d’un voyageur néerlandais habitué à iDEAL. Celui-ci peut régler son billet avec son moyen de paiement préféré, puis ne plus le retrouver au moment d’acheter un supplément bagage ou un surclassement dans un autre contexte. Wero doit permettre de réduire ces ruptures à mesure que les marchés et les points d’acceptation sont raccordés.
Il faut aussi que le voyageur retrouve les protections qui peuvent guider son choix de paiement. BNP Paribas annonce ainsi vouloir étendre en 2027 aux paiements Wero des garanties d’assurance comparables à celles associées à la carte pour ses clients concernés. Le périmètre et les conditions d’éligibilité restent à préciser. Pour Air France, cette évolution compte : la rapidité d’un transfert ne suffit pas à convaincre un client attaché aux assurances de sa carte. La compréhension des garanties et le traitement des difficultés après l’achat font partie de la même expérience.
Le coût entre également dans cet arbitrage. Wero utilise les rails du virement instantané de compte à compte, sans passer par un réseau de cartes. Cette architecture porte la promesse d’une alternative compétitive, mais le tarif payé par le marchand dépend de son contrat avec son acquéreur ou son prestataire de paiement. Aucune grille générale n’a été présentée lors de la conférence pour comparer Wero à CB, Visa, Mastercard ou PayPal sur l’ensemble des paniers.
Bruno Lecerf met toutefois en avant un élément concret de la proposition faite à Air France : un plafonnement des frais, intéressant pour les achats élevés. BNP Paribas décrit un mécanisme dans lequel la composante proportionnelle évoquée cesse d’augmenter au-delà de 1 000 euros de transaction. Les détails contractuels ne sont pas publiés. Pour un billet long-courrier ou une réservation familiale, cette structure peut peser dans le choix. L’économie complète dépendra aussi du coût d’intégration, de la maintenance et du traitement des opérations après l’encaissement.
C’est cette même recherche de simplicité qui se prolonge jusqu’à la caisse du magasin. Martin Aunos insiste sur la rapidité du règlement chez Fnac Darty, particulièrement lors des périodes de forte affluence. La carte et les wallets mobiles ont déjà installé un geste familier. Pour trouver sa place, Wero devra permettre de payer avec une facilité comparable, tout en s’intégrant aux équipements et à l’organisation des enseignes.
Martina Weimert annonce l’objectif de proposer du compte à compte sans contact : le geste effectué avec le téléphone doit déclencher un paiement Wero sur les rails du virement instantané. Les échanges de rentrée évoquent ainsi deux modalités, le QR code et le NFC, avec un déploiement progressif du sans-contact à partir de 2027. EPI explique avoir fait évoluer sa feuille de route pour tenir compte des habitudes françaises. Ces modalités n’impliquent pas les mêmes travaux : l’acceptation par QR code dans un réseau déjà équipé et le déploiement du sans-contact sur un parc de terminaux suivent des trajectoires différentes. Le paiement en magasin avancera donc selon les usages et les marchés.
Les équipes de vente auront leur rôle dans cette adoption. Martin Aunos souligne l’importance de l’adhésion des vendeurs et de leur accompagnement. Un collaborateur formé peut présenter le service, expliquer le geste et rassurer un client qui hésite. En ligne, cette découverte dépend davantage de la place du bouton et de la clarté du parcours. Dans les deux cas, la confiance apportée par la banque doit se prolonger dans l’expérience proposée par l’enseigne. La formation des équipes et la gestion des incidents comptent autant que la visibilité du nouveau moyen de paiement.
La fidélité doit aussi trouver sa place dans ce parcours. Martina Weimert évoque l’intégration des programmes des enseignes pour permettre de gagner des points puis, à terme, de les dépenser lors d’un achat. Enrique Martinez y voit une possibilité d’enrichir la relation avec les clients de Fnac Darty, en rapprochant paiement, services et avantages de fidélité. Cette perspective donne au portefeuille une utilité qui dépasse l’autorisation de la transaction.
Elle pose aussi la question de l’application dans laquelle le client retrouvera Wero. Sa présence dans les applications bancaires a facilité la découverte des transferts entre particuliers. À mesure que les fonctions s’élargissent, une application dédiée peut donner davantage de place au paiement, à la fidélité ou au partage de dépenses, avec une expérience plus homogène d’une banque à l’autre.
EPI propose les deux modèles aux établissements : intégrer ses services dans leur application ou raccorder leurs clients à l’application Wero. BNP Paribas annonce vouloir offrir ce choix à partir de 2027. L’enjeu est de permettre au client de retrouver facilement les services dont il a besoin, depuis son compte jusqu’au parcours marchand. Une application supplémentaire devra apporter une utilité assez claire pour être téléchargée puis utilisée régulièrement.
Pour les enseignes, ces développements forment ainsi un même chantier. La conversion dépend du geste de paiement, mais aussi des fonctions disponibles, des garanties et de la fiabilité du service. Wero pourra élargir sa place dans les achats à mesure que cet ensemble répondra aux attentes des clients et aux contraintes des marchands.
Une promesse européenne qui passe par des marchés très différents
Cette continuité recherchée par les enseignes doit aussi se construire entre les pays. Le développement géographique ne suit pas partout la même logique. La France a bénéficié de Paylib. En Allemagne, EPI décrit un travail plus important de constitution des usages, dans un marché où PayPal occupe une place forte dans les achats en ligne. Martina Weimert fait état de 22 grands commerçants en Allemagne. Les références de Decathlon, Lidl ou dm doivent aider à faire connaître la solution et donner des occasions de l’essayer.
Au Luxembourg, Martina Weimert présente le lancement comme accompli lors de la conférence. La communication officielle précise toutefois que la migration de Payconiq se déroule progressivement en septembre, avec une fermeture de sa plateforme prévue le 30 septembre et une continuité temporaire des QR codes existants.
Aux Pays-Bas, la migration d’iDEAL est engagée Elle doit apporter environ 15 millions de clients supplémentaires et concerne quelque 240 000 commerçants. L’enjeu consiste à faire évoluer un moyen de paiement national déjà très utilisé, avec une transition progressive jusqu’en 2027. L’Autriche doit également rejoindre les marchés de Wero en 2027.
Ces différences comptent pour interpréter les résultats. Une migration apporte une base et des gestes déjà connus. Un lancement sans équivalent préalable exige davantage d’acquisition et d’apprentissage. Un nombre de clients européen agrège donc des situations qui ne se comparent pas directement.
Du côté des marchands internationaux, la promesse est de pouvoir réutiliser une intégration à mesure que de nouveaux marchés ouvrent. Air France et Fnac Darty y voient une façon de limiter l’empilement de projets nationaux. L’intérêt porte sur les équipes informatiques autant que sur l’expérience client.
Une intégration commune ne dispense toutefois pas de vérifier la disponibilité locale des banques, des fonctions et des contrats nécessaires. Un lancement annoncé dans plusieurs pays ne signifie pas que tous les clients y bénéficient déjà du même service. La cohérence européenne se construira aussi dans l’exécution de ces ouvertures.
L’interopérabilité doit prolonger Wero au-delà de ses marchés
L’extension de la marque ne constitue pas l’unique voie envisagée. En février 2026, EPI a signé avec Bancomat, Bizum, SIBS–MB WAY et Vipps MobilePay un protocole d’accord pour relier leurs solutions. L’objectif annoncé est de permettre des paiements transfrontaliers tout en conservant les marques et les expériences existantes.
L’accord de février portait sur quelque 130 millions d’utilisateurs dans 13 pays, avec une feuille de route prévoyant le P2P transfrontalier en 2026, puis le commerce en ligne et le point de vente en 2027.
Lors de la conférence de rentrée, Martina Weimert évoque désormais une perspective d’environ 140 millions de clients et d’une quinzaine de marchés, en intégrant l’élargissement des solutions participantes. Elle vise de premières transactions entre particuliers à la fin de l’année, puis le commerce en 2027. Cette audience correspond aux bases des solutions à interconnecter ; elle ne constitue ni la base propre de Wero ni une couverture déjà entièrement opérationnelle.
Pour les enseignes, cette perspective permet d’envisager une acceptation plus large sans demander à chaque client européen d’abandonner son application habituelle. Elle répond à une réalité rappelée par les commerçants : leurs clients conservent des préférences nationales alors que leurs achats et leurs déplacements franchissent les frontières.
Le bénéfice dépendra de la mise en œuvre effective. Un accord définit une direction. L’expérience du client devra ensuite rester compréhensible lorsqu’un paiement fait intervenir deux solutions différentes, notamment en cas de remboursement ou d’incident. L’interopérabilité se jugera aussi sur ces situations moins visibles que le premier achat réussi.
La souveraineté prend une traduction commerciale
L’origine européenne reste au cœur du projet. Le baromètre EPI–Kantar indique que 86 % des répondants français jugent important de disposer d’une solution développée en Europe. Cette attente déclarée ne permet pas, à elle seule, de prévoir le choix effectué devant une page de paiement.
Les échanges avec les commerçants donnent une traduction plus opérationnelle à cette ambition. Il s’agit de disposer d’alternatives, de limiter les dépendances et de conserver la maîtrise de la relation client. Enrique Martinez (FNAC Darty) souligne notamment le risque de concentration autour des plateformes qui interviennent dans l’acquisition des clients et dans le paiement. Pour le dirigeant de Fnac Darty, disposer d’alternatives et conserver la maîtrise de la relation client sont des enjeux aussi structurants que le coût de la transaction.
Dans cette lecture, la valeur de Wero tient aussi à la concurrence qu’il peut introduire. Une enseigne peut continuer à proposer plusieurs moyens de paiement tout en disposant d’une option supplémentaire pour négocier, innover et accompagner ses marchés européens.
Thierry Laborde défend, lui, une légitimité à construire par la preuve. BNP Paribas doit démontrer sa capacité à faire fonctionner l’alternative qu’elle propose, à la fois pour les particuliers et pour les commerçants. Sa plateforme paneuropéenne, ouverte à la mi-juillet, a déjà autorisé de l’ordre de 15 000 à 16 000 opérations sur un premier périmètre de marchands allemands et belges. Le groupe intervient notamment comme acquéreur de Decathlon en Allemagne et en Belgique, et de Lidl en Allemagne.
Ces premiers volumes concernent cette plateforme et ce périmètre, pas l’ensemble des paiements Wero. Ils donnent néanmoins une première traduction opérationnelle au projet. Thierry Laborde insiste sur la nécessité d’offrir des alternatives, tout en reconnaissant le niveau de qualité des expériences proposées par Apple Pay, Google Pay ou PayPal. La crédibilité de Wero dépendra de sa capacité à répondre à cette exigence.
Pour le client, la dimension européenne prendra surtout corps dans des situations simples : payer chez plusieurs enseignes, retrouver un parcours familier à l’étranger et obtenir une réponse claire en cas de problème. C’est à travers cette expérience répétée que la promesse pourra gagner en consistance.
La troisième année devra rendre l’usage marchand mesurable
Le bilan des deux premières années est celui d’une distribution largement engagée et d’un premier usage installé autour des transferts entre particuliers. La rentrée 2026 ouvre une étape différente. Le développement marchand est désormais assez concret pour être observé, mais trop récent pour conclure à une adoption généralisée.
Les prochains indicateurs devront permettre de dépasser les annonces de raccordement. Le nombre de clients actifs dans le commerce, la fréquence d’achat, la part de Wero parmi les moyens de paiement et le taux de réussite par parcours seront déterminants. Les clics sur un bouton et les clients enrôlés resteront utiles, à condition de les relier à des paiements effectivement réalisés.
Les commerçants regarderont aussi les remboursements, les incidents et le coût complet du service. La disponibilité des assurances, du récurrent et des autres fonctions annoncées permettra d’apprécier la capacité de Wero à couvrir une plus grande partie de leurs besoins. Enfin, l’ouverture des banques et des marchés devra rendre le service plus prévisible pour le consommateur.
Deux ans après son lancement, Wero dispose d’une base qui lui permet d’entrer dans la discussion avec les grandes enseignes. La troisième année de Wero devra montrer si sa distribution bancaire peut devenir un avantage durable dans les achats, face à des acteurs qui poursuivent leur propre développement.

