Le paiement est partout. Même en vacances.
Dix jours à Athènes, et impossible de mettre complètement le sujet sur pause. Non pas parce qu’il s’impose, mais précisément parce qu’il ne cherche pas à se faire oublier. En Grèce, le paiement ne joue pas à être invisible. Il est là, assumé, parfois rugueux, toujours concret.
À une terrasse, le serveur ne demande pas « carte ou cash ? ». Il demande naturellement : Visa ou Mastercard ? Le réseau est visible, nommé, intégré dans la conversation.
Puis viennent les papiers. Et là, le paiement devient presque un rituel.
Dès la commande, un premier ticket est posé sur la table. Sans lui, juridiquement, le paiement n’est pas exigible. Au moment de régler, le reçu carte. Puis la fiche fiscale officielle.
Trois documents. Trois gestes distincts. Une traçabilité très concrète, presque pédagogique. Ici, la preuve précède la fluidité. La conformité n’est pas abstraite : elle se matérialise sur la table, depuis la commande jusqu’à l’addition.
Autre scène, autre logique. Un taxi. Cash only. Alors même que le paiement par carte est obligatoire par la loi. Mais ici, le paiement n’est pas idéologique. Il est pragmatique, façonné par l’histoire récente du pays.
Il y a encore moins de quinze ans, beaucoup de Grecs faisaient la queue quotidiennement aux distributeurs. Le cash n’était pas un choix, mais une nécessité. Et l’argent liquide se cachait, dans les coussins, parfois dans le congélateur. Des anecdotes devenues presque fondatrices.
Cette mémoire collective explique beaucoup de choses. En Grèce, le paiement ne cherche pas à être magique, ni totalement transparent. Il s’est installé progressivement, avec ses règles, ses contournements, ses habitudes, ses frictions assumées.
Et c’est sans doute ce qui le rend intéressant à observer.
Car derrière les débats sur l’instantanéité, la biométrie, l’agentic commerce ou les wallets universels, une vérité demeure : le paiement n’existe jamais hors contexte. Il est toujours le produit d’un usage, d’un cadre légal, d’une histoire économique, d’une relation de confiance.
En ce début 2026, c’est peut-être cela qu’il faut garder en tête. La maturité du paiement ne se mesure pas à son degré d’invisibilité, mais à sa capacité à s’inscrire durablement dans la vie réelle. À être compris, accepté, parfois contourné — mais jamais déconnecté des usages.
C’est avec cette conviction que j’entame cette nouvelle année de Paiement.fr : continuer à regarder le paiement là où il vit vraiment. Sur le terrain. Dans les gestes. Dans les habitudes. A commencer sur une terrasse à Athènes.
Kali Chronia à toutes et à tous, et très belle année 2026.
À très vite,
Chloé
Tu souhaites me proposer un sujet? Tu peux m’écrire directement ici
Piloter et industrialiser le paiement dans un réseau franchisé : le cas Bureau Vallée
En reprenant la main sur un sujet longtemps subi, Jean-Charles Gosseaume n’a pas “optimisé” le paiement chez Bureau Vallée : il l’a rendu exécutable. L’entreprise montre qu’à l’échelle d’un réseau franchisé, le paiement n’est ni un produit ni une promesse, mais une discipline opérationnelle. Acceptation mesurée, responsabilités techniques clarifiées, outils volontairement unifiés, arbitrages omnicanaux déplacés au moment du paiement : chaque décision vise à éliminer les frictions invisibles plutôt qu’à enrichir le parcours. Chez Bureau Vallée, le paiement cesse d’être un angle mort technique pour devenir une infrastructure silencieuse, robuste et pilotable — au service du terrain, pas des effets de mode.
Think outside the card : la carte bancaire est-elle encore indispensable?
Pendant longtemps, la carte bancaire a été perçue comme un aboutissement. Un standard universel, difficile à dépasser, encore plus à remplacer. Pourtant, un autre mouvement est à l’œuvre, plus discret mais plus profond : le déplacement progressif de la valeur du support vers le compte, puis du compte vers le wallet. Think outside the card. La question n’est plus de savoir si la carte va disparaître, mais si elle restera indispensable. Dans cette tribune, Maria Carolina Bacellar, fine observatrice des paiements entre l’Europe et le Brésil, apporte un éclairage précieux sur cette transition silencieuse, déjà à l’œuvre sur certains marchés et riche d’enseignements pour l’Europe.
Les dernières annonces de l’écosystème paiement
Mollie rejoint l’European Payments Initiative et accélère le déploiement de Wero. En devenant Membre Principal d’EPI, Mollie connectera directement ses commerçants au réseau Wero à partir de 2026, facilitant l’adoption d’un paiement paneuropéen compte-à-compte en temps réel. Enjeu clé : massifier l’acceptation commerçante de Wero, accompagner la transition (notamment d’iDEAL) et ancrer une alternative bancaire unifiée face aux schémas cartes.
Adyen s’ancre dans l’infrastructure française. En devenant membre principal CB et participant direct STET, Adyen vise une maîtrise de bout en bout : connexion directe au réseau, compensation sans intermédiaire et continuité de service. Un signal clair de l’investissement des PSP globaux dans les rails domestiques.
Klarna étend son app au paiement P2P en Europe. Lancé dans treize pays dont la France, le P2P démarre entre utilisateurs Klarna, avec extension prévue vers les non-clients et le cross-border. Objectif : augmenter la fréquence d’usage au-delà du BNPL et se rapprocher d’une super-app financière.
Ingenico ouvre ses terminaux aux paiements en stablecoins. Via WalletConnect Pay, les TPE Android acceptent plusieurs stablecoins sans gestion crypto côté commerçant. Derrière la fonctionnalité, la stratégie d’Ingenico est désormais de basculer du hardware vers une plateforme software & services, sous forte vigilance réglementaire.
Worldline modernise les rails autrichiens avec PSA Payment Services Austria. La migration vers une plateforme cloud souveraine européenne illustre la modernisation des infrastructures nationales sans compromis sur la résilience, la sécurité et la conformité — et confirme le rôle de Worldline dans les infrastructures critiques européennes.
Checkout.com avance vers l’acquiring intégré aux États-Unis. L’obtention d’une charte bancaire “limited purpose” en Géorgie permet de réduire les dépendances, mieux maîtriser l’acceptation et la performance, et préfigure un modèle d’acquirer opéré en propre à horizon 2026. Une tendance lourde chez les grands PSP.
Une info crousti, une nomination ou une offre d’emploi? Tu peux m’écrire directement ici
