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1POINT6 a souvent été raconté comme une brique manquante dans l’écosystème paiement de BNP Paribas. Une fintech créée à l’extérieur de la banque, puis intégrée au groupe, pour adresser un territoire devenu stratégique : les flux complexes des marketplaces et des plateformes.

Mais le nouveau jalon franchi par l’entreprise raconte une histoire différente. En dépassant le milliard d’euros de flux, 1POINT6 ne cherche plus seulement à prouver la pertinence de son positionnement. La fintech entre dans une phase plus délicate : celle du passage à l’échelle.

L’objectif est désormais fixé : atteindre 10 milliards d’euros de flux à horizon 2028. Un chiffre qui résume à lui seul le changement de séquence. Car dans les paiements, les milliards ne sont jamais seulement une métrique de volume. Ils disent aussi quelque chose de la confiance des clients, de la répétabilité des cas d’usage et de la capacité d’un acteur à devenir une infrastructure.

Pour 1POINT6, ce cap intervient dans un marché déjà largement occupé. Les marketplaces sont équipées. Les grands PSP internationaux ont installé leurs standards. Les spécialistes européens ont construit leurs positions. La question n’est donc pas seulement de savoir si 1POINT6 peut traiter plus de flux, mais où la fintech peut trouver sa place dans un marché qui semble déjà structuré.

Je me suis posé une question : y a-t-il encore une chance aujourd’hui pour un nouvel acteur, alors que l’univers du marché est extrêmement structuré, avec des mastodontes anglo-saxons, une maturité produit forte et des standards très implantés ?”, raconte Guillaume Massis, cofondateur de 1POINT6.

Sa réponse tient en un positionnement : ne pas essayer de tout refaire.

Un nouvel acteur dans un marché déjà équipé

Le marché des flux marketplace n’a plus grand-chose d’un territoire vierge. Stripe et Adyen ont imposé des modèles intégrés. Mangopay, Lemonway ou Mollie se sont installés sur des segments européens plus spécialisés. Mirakl a également renforcé sa proposition autour du pay-out avec Mirakl Payout.

Dans ce contexte, 1POINT6 ne cherche pas à devenir un PSP généraliste de plus. La fintech se positionne sur une zone plus précise : le traitement des flux pour compte de tiers, avec une attention particulière au pay-out, au KYC, au cantonnement des fonds et à la réconciliation.

Si vous êtes une marketplace et que vous prenez un Stripe ou un Adyen, c’est tout ou rien. Tout le flux va être géré directement dans sa globalité”, explique Guillaume Massis.

Or les grandes marketplaces ont changé de maturité. Beaucoup disposent déjà d’un prestataire de cash-in, d’un orchestrateur ou d’une architecture interne. Leur enjeu n’est pas toujours de remplacer toute leur chaîne de paiement. Il s’agit plutôt de reprendre du contrôle sur certaines briques, d’optimiser le pay-out ou de traiter plus finement des flux complexes.

Les marketplaces qui sont de plus en plus grosses ont souvent tendance à vouloir optimiser leur infrastructure, par exemple en gérant avec une tierce partie le cash-in et en ayant d’autres acteurs sur le pay-out. C’est là où il y a une opportunité pour 1POINT6”, poursuit-il.

Cette logique modulaire est au cœur du pari. 1POINT6 ne vient pas promettre une plateforme unique censée tout absorber. Elle cherche plutôt à s’insérer dans des architectures existantes, là où la complexité opérationnelle devient trop lourde pour être traitée comme une simple extension du paiement.

Le pay-out devient le vrai sujet

Dans les marketplaces, le paiement visible n’est souvent que la partie la plus simple du problème. Le client paie. La transaction est acceptée. Mais derrière, il faut vérifier les vendeurs, cantonner les fonds, calculer les commissions, traiter les remboursements, répartir les montants entre plusieurs bénéficiaires et réconcilier chaque opération.

C’est cette couche arrière que 1POINT6 veut industrialiser.

Nous, on se positionne sur le pay-out”, résume Guillaume Massis.

La fintech a donc concentré son produit sur quelques zones jugées critiques. D’abord le KYC vendeur, avec l’objectif d’automatiser autant que possible l’entrée en relation. Pour un vendeur français, cela peut passer par l’utilisation du numéro Siren afin de faire remonter automatiquement les informations disponibles et de réduire la friction à l’onboarding.

On a beaucoup travaillé sur le KYC, sur l’entrée en relation, pour proposer un funnel d’onboarding des vendeurs qui soit le plus automatique possible”, détaille Guillaume Massis.

Le deuxième chantier concerne le ledger, ou compte de cantonnement. C’est le cœur de la réconciliation. Dans une marketplace, une transaction ne correspond pas toujours à un flux simple entre un acheteur et un vendeur. Elle peut intégrer plusieurs produits, plusieurs vendeurs, des commissions, des frais, des remboursements partiels ou des règles propres à chaque pays.

Le point névralgique dans les marketplaces ou dans d’autres verticales qui ont aussi une certaine complexité dans leur gestion des flux, c’est la réconciliation. C’est la capacité, sur une transaction donnée, de bien identifier comment elle est structurée, à qui elle doit être versée, sur tel type de produit”, explique-t-il.

Enfin vient la partie cash-out, c’est-à-dire la ventilation effective des fonds auprès des vendeurs ou bénéficiaires finaux. C’est là que se matérialise une grande partie de la promesse de 1POINT6 : ne pas seulement traiter un paiement, mais organiser la circulation de l’argent entre plusieurs parties.

Ne pas tout reconstruire

Ce positionnement est aussi une forme de lucidité. Dans un marché où les standards sont déjà installés, un nouvel entrant peut difficilement prétendre reconstruire toute la chaîne de paiement. C’est même, selon Guillaume Massis, l’un des principaux pièges.

Quand on arrive comme nouvel entrant, il y a un piège qui serait de se dire : il faut tout reconstruire, je vais tout faire et essayer de rattraper. Je pense que c’est une erreur. Le train est déjà passé”, estime-t-il.

1POINT6 assume donc une architecture d’assemblage. La fintech développe en propre les briques où elle estime créer le plus de valeur : KYC, cantonnement, gestion de flux pour compte de tiers, réconciliation. Pour le reste, elle peut agréger d’autres technologies du marché en marque blanche.

Essayer de concentrer les énergies là où on pense vraiment créer de la valeur, sur le KYC, sur la gestion du compte de cantonnement, puis agréger en marque blanche d’autres briques technologiques, ça nous a permis très rapidement d’être crédibles sur le marché”, poursuit-il.

Cette approche explique en partie la capacité de 1POINT6 à signer rapidement des clients significatifs. Fnac Darty fait partie des références structurantes, avec un travail autour de la mise en conformité de sa marketplace au niveau européen.

Fnac Darty est un client très important pour nous et utilise toute la structure de la plateforme sur le pay-out”, indique Guillaume Massis.

La fintech travaille également avec Caréco, acteur de la pièce automobile d’occasion. Ces cas montrent que la logique marketplace peut s’appliquer à des verticales très différentes, dès lors que le modèle repose sur des flux multi-acteurs.

Mais pour atteindre 10 milliards d’euros de flux, le seul marché marketplace ne suffira probablement pas.

L’assurance, le vrai accélérateur

C’est ici que la trajectoire de 1POINT6 devient plus intéressante. La marketplace reste son terrain naturel, mais elle n’est plus son seul horizon.

Les marketplaces sont un peu notre terrain de jeu naturel, puisque c’est vraiment là où il y a une gestion des flux entrants et sortants facilement”, reconnaît Guillaume Massis. “Mais c’est un terrain qui n’est pas forcément suffisant pour être dans une conquête de marché forte.”

Le constat est simple : les marketplaces sont déjà équipées. Les cycles de vente sont longs. Les architectures existantes sont difficiles à déplacer. Pour changer d’échelle, 1POINT6 doit donc trouver d’autres verticales où la gestion des flux est tout aussi centrale.

C’est le cas de l’assurance santé.

Le secteur n’est pas toujours présenté comme un sujet paiement. Pourtant, il concentre une partie des mêmes problématiques que les marketplaces : collecte de fonds, remboursement, ventilation, gestion pour compte de tiers, conformité, réconciliation, multi-pays et expérience utilisateur.

Nous avons essayé de positionner 1POINT6 comme une infrastructure de paiement à destination de toutes les entreprises dont la gestion des flux est fondamentale pour leur business”, explique Guillaume Massis. “On va trouver d’autres domaines d’activité comme l’assurance santé, le courtage santé, où vous avez une problématique dans les flux entrants, la réconciliation et les flux sortants, et également dans tout ce qui est gestion du tiers payant.

Cette phrase résume probablement le vrai changement de positionnement. 1POINT6 ne veut plus être seulement une solution pour marketplaces. Elle veut devenir une infrastructure pour toutes les entreprises dont le métier repose sur la circulation organisée de l’argent.

Dans l’assurance, la fintech travaille notamment avec April International, pour qui elle gère des flux liés aux souscriptions et aux assurés sur plusieurs marchés.

On travaille avec April International, pour qui nous gérons tout le traitement des flux des souscriptions et des assurés sur la Suisse et le Royaume-Uni”, détaille Guillaume Massis.

Le cas illustre bien le décalage entre paiement visible et paiement réel. L’enjeu n’est pas seulement d’accepter un paiement. Il faut faire circuler les fonds dans un cadre métier, réglementaire et opérationnel beaucoup plus complexe.

Le tiers payant comme cas d’usage industriel

Le tiers payant pousse encore plus loin cette logique. Dans ce modèle, les flux doivent être répartis entre de multiples acteurs : assurés, complémentaires santé, réseaux de soins, professionnels de santé et plateformes de gestion. Les montants doivent être cantonnés, ventilés, justifiés et réconciliés. À grande échelle, le sujet devient un problème d’infrastructure.

Les opérations de tiers payant sont un très beau use case. Dans ces opérations, vous avez une ventilation des flux très importante dans les remboursements de frais de santé auprès des prestataires de santé”, souligne Guillaume Massis.

En France, l’écosystème compte environ 150 000 professionnels de santé. Pour une infrastructure spécialisée dans la gestion de flux, ce type de marché représente un potentiel très différent de celui des marketplaces classiques : plus récurrent, plus métier, moins visible, mais potentiellement très volumique.

1POINT6 travaille notamment avec Carte Blanche Partenaires, filiale de Swiss Life, sur la gestion des flux tiers payants auprès des professionnels de santé.

Nous gérons tout le traitement des flux tiers payants auprès des professionnels de santé. On va gérer pour eux la conformité, mettre en conformité leurs flux, les cantonner et les ventiler de manière quotidienne”, précise Guillaume Massis.

La promesse n’est donc pas uniquement financière. Elle est aussi opérationnelle. Dans le tiers payant, la capacité à ventiler quotidiennement les flux, à maintenir la conformité et à garantir la traçabilité devient une fonction critique.

C’est beaucoup, beaucoup de volume. Et c’est aussi pour nous, d’un point de vue technologique, un marché très intéressant lorsqu’on apporte des briques technologiques d’optimisation de l’expérience”, ajoute-t-il.

C’est sans doute là que se trouve l’un des principaux leviers pour atteindre les 10 milliards. Non pas dans la conquête d’un seul grand compte ou d’un seul segment, mais dans la capacité à appliquer la même infrastructure à plusieurs verticales où les flux sont complexes par nature.

BNP Paribas retrouve un terrain bancaire

L’avancée de 1POINT6 s’inscrit aussi dans une stratégie plus large de BNP Paribas.

Le groupe dispose déjà de plusieurs briques importantes dans les paiements : Axepta sur l’acceptation et l’acquisition, Floa sur le BNPL, Cetelem sur le crédit, sans oublier sa position historique sur le cash management et la relation bancaire avec les entreprises.

Mais il lui manquait une brique plus spécifique : la gestion des flux complexes pour compte de tiers.

Tout un pan n’était pas couvert, notamment sur la gestion des flux complexes, dans tout ce qui est encaissement et décaissement pour compte de tiers, et dans l’univers des marketplaces en Europe”, rappelle Guillaume Massis.

La création de 1POINT6 répond à cette lacune. Plutôt que de lancer un projet entièrement interne, BNP Paribas a fait le choix d’une structure créée à l’extérieur du groupe, avec davantage d’autonomie.

L’innovation a été de créer à l’extérieur une société dont la mission est de développer une offre technologique et compliance pour adresser l’univers des marketplaces et des plateformes en Europe, avec le maximum de souplesse, d’agilité et d’autonomie”, explique Guillaume Massis.

Ce modèle permet aujourd’hui à 1POINT6 de jouer sur deux registres. D’un côté, l’agilité d’une fintech. De l’autre, la crédibilité d’une banque capable de rassurer de grands clients sur les sujets de conformité, de cash management et de solidité opérationnelle.

Ce qui crée la capacité de 1POINT6 à développer une relation avec de gros clients tout de suite, c’est la proximité du produit, notamment sur la modularité, et la crédibilité du combo agilité et BNP Paribas”, résume-t-il.

L’intégration native de Floa dans la plateforme illustre cette logique d’écosystème. Elle permet à 1POINT6 de proposer une brique BNPL à ses clients, notamment dans les marketplaces ou dans des verticales comme le voyage.

Le fait de l’avoir intégré nativement permet de démarrer beaucoup plus vite et d’être beaucoup plus clean sur toute la partie réconciliation”, indique Guillaume Massis.

Ce point est important. BNP Paribas ne semble pas chercher à reproduire le modèle verticalisé d’un grand PSP international. La banque construit plutôt une infrastructure modulaire, capable de combiner plusieurs briques du groupe autour d’un sujet commun : la maîtrise des flux.

Les 10 milliards comme scale de marché

Le milliard d’euros de flux valide une première étape. Les 10 milliards, eux, auront une autre signification.

Ils diront si 1POINT6 peut dépasser le stade de la jeune fintech prometteuse pour devenir une infrastructure de marché. Ils diront aussi si son positionnement modulaire peut convaincre au-delà des premières références. Et surtout, ils diront si la bataille des flux complexes peut redevenir un terrain bancaire européen.

Car le marché reste difficile. Les acteurs installés disposent d’une avance importante. Les migrations sont sensibles. Les grandes plateformes ont déjà leurs habitudes. Et les verticales comme l’assurance demandent une compréhension métier profonde.

Mais c’est précisément cette complexité qui crée l’opportunité.

À mesure que les entreprises deviennent des plateformes, le paiement ne se limite plus à l’encaissement. Il devient une infrastructure de circulation de l’argent. Il faut savoir qui reçoit quoi, quand, dans quel cadre réglementaire, avec quelle traçabilité et quelle capacité de réconciliation.

C’est cette couche que 1POINT6 veut occuper. Le premier milliard montre que le modèle a trouvé ses premiers cas d’usage. Les 10 milliards devront prouver qu’il peut changer d’échelle. Et l’assurance pourrait bien être, autant que la marketplace, le terrain sur lequel cette ambition se jouera.

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