Il y a quelques années encore, payer en plusieurs fois relevait d'une démarche. Un formulaire. Un accord de crédit. Une attente. Aujourd'hui, c'est un clic. Et pour 69 % des Français, c'est devenu une habitude.

Le baromètre annuel que Kantar réalise pour Floa depuis 2022 dresse cette année un portrait inédit. Pas celui d'un marché en croissance, mais d'un marché arrivé à maturité. Stable. Installé. Et qui s'apprête à muter.

« On est véritablement arrivés à un plateau de maturité, mais très significatif », résume Marc Lanvin, DGA de Floa. Il s'exprime avec la tranquillité de quelqu'un qui voit les données confirmer ce qu'il pressentait. « Et maturité aussi dans l'usage : les Français ont bien compris que c'était un élément utile pour piloter leur budget. »

D’un “nice to have” à un standard du paiement

Les données convergent. 69 % des Français utilisent le BNPL. 48 % des utilisateurs ont déjà abandonné un achat faute de pouvoir utiliser le paiement fractionner. Et 67 % seraient prêts à changer d’enseigne pour trouver cette option ailleurs.

La progression est continue depuis 2022 : 59 %, 63 %, 63 %, 67 %. Pas un pic, mais une trajectoire. « Ça devient un must have pour les marchands, et ça devient aussi un besoin impérieux pour les clients », résume Marc Lanvin.

Côté marchands, l’arbitrage devient difficile à ignorer. 83 % des Français se disent irrités de ne pas pouvoir utiliser leur méthode de paiement préférée, et la moitié abandonnent leur panier. La friction à l’étape du paiement n’est plus un sujet d’expérience utilisateur. C’est une perte de chiffre d’affaires immédiate.

Mais cette adoption massive ne suffit pas à comprendre ce qui se joue réellement dans les usages.

Des usages installés, loin des clichés

Le décalage est net avec les représentations historiques du BNPL. Longtemps associé à l’impulsion ou à la fragilité financière, le paiement fractionné s’inscrit aujourd’hui dans des logiques beaucoup plus structurées.

Dans 69 % des cas, il est utilisé pour étaler une dépense planifiée : un ordinateur, un électroménager, des vacances. Des achats anticipés, réfléchis, budgétés, auxquels le BNPL apporte de la flexibilité plus que du financement contraint. 57 % l’utilisent pour faire face à un imprévu. Et près de la moitié pour accéder à des produits de meilleure qualité, voire plus durables.

Le rôle du BNPL se déplace ainsi progressivement. « Les Français en sont conscients. C’est aussi pour acheter des biens plus durables, un peu plus chers », souligne Marc Lanvin. Moins outil de facilité, davantage levier d’arbitrage.

Le BNPL devient un outil de gestion budgétaire

Cette année, Kantar a creusé une question qu'on ne s'était jamais vraiment posée : est-ce que les Français voient le paiement fractionné comme un outil de gestion budgétaire ? La réponse a surpris jusqu'à Marc Lanvin lui-même. « C'est un peu une des révélations de l'étude, parce qu'on a creusé un petit peu plus loin. »

52 % des Français considèrent le BNPL utile pour mieux gérer leur budget - contre 44 % en Europe. Chez les utilisateurs actifs, c'est 69 %. Ce n'est plus seulement un service de paiement commode. C'est un instrument de planification financière.

Floa a anticipé ce besoin : « Les paiements fractionnés, notamment ce que nous on propose, de pouvoir étaler ses paiements une fois après agrégation, ça corrobore ce qu'on pensait. Les Français s'attendent à ce qu'on les aide après l'achat aussi. »

L'étude révèle aussi une fracture générationnelle dans la façon dont les Français gèrent leur argent. Les moins de 40 ans préfèrent les applications (26 % vs 13 % pour les plus âgés). Leurs aînés restent attachés aux méthodes manuelles — tickets de caisse, carnets de comptes (32 % vs 16 % pour les jeunes). Un écart de un à deux. Les plus âgés, eux, connaissent mieux leur reste à vivre : un sur trois précisément, contre un sur quatre chez les moins de 40 ans.

C'est là que réside une opportunité que Marc Lanvin résume avec précision : les jeunes ont les outils digitaux mais pas encore la discipline budgétaire de leurs aînés. Les plus âgés ont la rigueur mais pas les outils. Entre les deux, un espace de valeur à créer.

L’automobile, nouveau terrain d’expansion du BNPL

Le crédit automobile est l'origine même du crédit à la consommation. Mais ce que Marc Lanvin observe aujourd'hui, c'est un retournement : le BNPL revient dans l'automobile, non pas pour financer un véhicule, mais pour en financer l'entretien.

« Les professionnels de l'automobile (Oscaro, Point S) mais aussi des constructeurs et des concessionnaires utilisent maintenant le paiement fractionné pour permettre à leurs clients de payer l'entretien ou le dépannage d'un véhicule, parce que les sommes sont significatives. » Un train de pneus. Une courroie de distribution. Une réparation urgente. Des dépenses contraintes, à plusieurs centaines d'euros, que le consommateur ne peut pas toujours absorber d'un coup.

Aujourd'hui, l'enjeu se déplace vers les concessions physiques, qui demandent des solutions activables directement sur le terrain. Et derrière, une logique qui va au-delà du paiement : financer l'entretien d'un véhicule, c'est aussi prolonger sa durée de vie. « On aide cette industrie à se développer. Et ça participe à la durabilité de cette fameuse auto. »

Seconde main : un usage encore en décalage avec les intentions

C'est l'un des écarts les plus frappants de l'étude. 41 % des Français affirment qu'ils achèteraient davantage d'occasion si le paiement fractionné était disponible aussi facilement que pour le neuf. Mais seuls 17 % l'ont déjà fait.

Marc Lanvin ne se contente pas d'observer l'écart. Floa l'attaque sur deux fronts. D'abord Circle Pay, un produit qui valorise immédiatement les biens dormants chez les consommateurs des appareils au fond des tiroirs qui ont une valeur marchande non capturée. Ensuite, des partenariats avec Cash Converter et EasyCash, qui permet de payer un produit reconditionné en plusieurs fois. « On peut soit encourager la circularité en récupérant des biens à recycler, soit favoriser l'achat de biens recyclés en apportant du paiement fractionné, dont on sait qu'il augmente à peu près de 20 % les ventes. »

Deux leviers, une même conviction : le BNPL peut devenir un accélérateur structurel de l'économie circulaire. Pas un gadget de communication. Un outil opérationnel qui déplace réellement les curseurs d'achat.

L’IA passe du stade exploratoire à un levier opérationnel

L'étude 2026 introduit pour la première fois un volet dédié à l'intelligence artificielle dans les comportements d'achat. Ce que les données révèlent est nuancé, et Marc Lanvin le formule avec précision : « Autant les Français sont prêts à se servir de l'IA avant, pendant et après l'achat, autant ils ne sont pas prêts à tout déléguer. »

Seuls 5 % des Français sont prêts à confier de A à Z un acte d'achat à une IA. L’autre pant souhaite être aidé : pour comparer les prix (31 %), trouver des produits moins chers (31 %), obtenir des recommandations (30 %) mais ils veulent garder la main sur l’acte d’achat.

Chez Floa, la phase d'observation est déjà dépassée. « Sur l'IA, on n'est pas en mode expérimentation. On est actif depuis longtemps. On a traité plus d'un million d'appels via IA générative, et ça continue à augmenter. » explique Marc Lanvin. L'entreprise travaille désormais sur l'IA agentique, des agents capables d'intervenir dans le parcours d'achat de manière proactive.

Un clivage générationnel net émerge ici aussi. La Gen Z est deux fois plus ouverte que les + de 40ans à l'idée que l'IA lui recommande des produits d'occasion moins chers (40 % vs 20 %). Ce sont les mêmes qui utilisent davantage le BNPL, davantage les applications de budget, et qui attendent de leurs outils financiers qu'ils s'adaptent à eux, et non l'inverse.

La DCC2, catalyseur attendu d’une nouvelle phase de développement

Il y a un sujet que Marc Lanvin aborde avec un enthousiasme à peine contenu. La directive européenne sur le crédit à la consommation entre en vigueur en France à la fin 2025. Pour la plupart des acteurs du secteur, c'est une contrainte réglementaire à gérer. Pour Floa, c'est une opportunité.

« À la fin de cette année, on va rentrer dans une nouvelle ère, l'ère du crédit hybride, dopé au Buy Now Pay Later, puisque tout ça ne va faire qu'un seul métier. Ça va nous rendre moins schizophrènes. » Floa opère simultanément dans le crédit à la consommation traditionnel et dans le BNPL. La convergence réglementaire des deux activités simplifie l'organisation. Elle simplifie aussi le message.

Sur la préparation opérationnelle, Marc Lanvin choisit ses mots avec soin. « Tous nos parcours sont prêts. On sera prêts avant novembre. Mais pas trop tôt pour ne pas dévoiler toutes nos cartes. » Floa a investi dans une plateforme pan-européenne capable de gérer crédit conso et BNPL dans les sept pays couverts par la société.

Marc Lanvin conclut sur une conviction qu'il tient à répéter, parce qu'elle dit quelque chose d'essentiel sur la nature du marché. « Je le répète : c'est les consommateurs qui ont fait le succès du paiement fractionné. Ce n'est pas nous, ce n'est pas les marchands qui l'ont imposé aux clients. Ils ont tout de suite compris l'intérêt de pouvoir étaler en plusieurs fois, et de le faire raisonnablement, sur des montants qui correspondent aux usages. »

C'est peut-être ça, la vraie leçon du baromètre Floa 2026. Le BNPL n'a pas été vendu. Il a été adopté. Par des jeunes urbains qui gèrent leur budget avec des applications, par des parents qui équipent leur maison, par des conducteurs qui réparent leur voiture, par des consommateurs qui veulent acheter mieux, pas forcément plus.

La prochaine étape ? Elle est déjà en marche. Une réglementation qui consolide le marché. Une intelligence artificielle qui va recomposer les parcours d'achat. Une seconde main qui attend d'être financée. Et une génération entière - la Gen Z - qui attend des outils financiers aussi fluides que le reste de son expérience numérique.

 

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