Payer avec Wero dans un commerce portugais, utiliser Bizum sur un site marchand d’un autre pays européen ou envoyer de l’argent à un proche qui utilise une application nordique : c’est la promesse que Bancomat, Bizum, EPI, SIBS et Vipps MobilePay veulent désormais organiser au sein d’une entreprise commune. Les cinq partenaires ont annoncé la création de European Network for Payments, une société basée à Madrid et détenue à parts égales, chargée de coordonner leur interopérabilité.
L’annonce donne une structure à une coopération déjà engagée entre les acteurs de l’alliance EuroPA et EPI, l’entreprise qui porte Wero. Son rôle sera de mettre en place un point de connexion central entre leurs solutions et d’organiser les règles nécessaires à leur fonctionnement commun. Chaque participant conservera sa marque, ses utilisateurs et son développement commercial.
Pour les consommateurs, le résultat attendu est simple : pouvoir continuer à utiliser leur solution habituelle lorsqu’ils changent de pays ou achètent sur un site étranger. Pour les commerçants, l’ambition est d’élargir la clientèle accessible à travers les moyens de paiement européens qu’ils acceptent. Pour les opérateurs, il s’agit de donner une portée européenne à des positions construites sur des marchés nationaux ou régionaux.
La conférence a également permis de préciser le fonctionnement de la future structure, son financement et ses limites. Les partenaires visent toujours un déploiement progressif des paiements marchands transfrontaliers en 2027. Ils ne présentent ni une nouvelle carte européenne, ni une application commune destinée à remplacer les solutions existantes. Leur pari consiste à faire fonctionner ensemble des services déjà utilisés, en réduisant le temps et les investissements nécessaires pour étendre leur couverture.
Une société commune pour passer à la mise en œuvre
La création de European Network for Payments s’inscrit dans une séquence engagée avant cette annonce. Le 2 février 2026, Bancomat, Bizum, EPI, SIBS et Vipps MobilePay avaient signé un protocole d’accord pour développer les paiements transfrontaliers entre leurs solutions. Le calendrier prévoyait les transferts entre particuliers en 2026, puis le commerce électronique et les paiements en point de vente en 2027.
Cette coopération rapproche plusieurs ensembles. Bancomat apporte son ancrage italien, Bizum son implantation espagnole et SIBS sa solution portugaise MB WAY. Vipps MobilePay couvre les marchés nordiques. De son côté, EPI apporte Wero et son développement sur plusieurs marchés européens. La nouvelle entreprise doit assurer la connexion entre ces ensembles, sans absorber les organisations qui les exploitent.
L’étape annoncée est donc d’abord industrielle et organisationnelle. Un accord de coopération exprime une intention ; une société commune permet de porter les investissements, de recruter une équipe et de confier la coordination du projet à une structure identifiée. C’est à cette fonction que les partenaires destinent European Network for Payments.
Lors de la conférence, les dirigeants ont indiqué qu’un directeur général avait été sélectionné, son identité devant être annoncée ultérieurement. Une équipe doit être constituée à Madrid, avec une organisation volontairement resserrée. L’essentiel des efforts restera porté par les solutions participantes, qui devront réaliser les adaptations nécessaires dans leurs propres environnements.
Le choix de Madrid a été présenté comme le résultat d’un consensus entre les partenaires, tenant notamment à son écosystème financier et technologique ainsi qu’à ses connexions avec les autres marchés européens. Aucun budget détaillé ni effectif cible n’a été communiqué pendant les échanges.
Garder les applications et connecter les réseaux
Pour expliquer l’architecture retenue, Fabrizio Burlando, directeur général de Bancomat, a utilisé une comparaison avec l’itinérance mobile. Un voyageur conserve son téléphone et son abonnement lorsqu’il passe une frontière ; la connexion avec un autre réseau lui permet de continuer à utiliser son service. Les partenaires veulent appliquer une logique comparable au paiement.
Le consommateur conserverait ainsi Wero, Bizum, MB WAY ou sa solution nordique. Lorsqu’il réaliserait une opération dans un autre marché participant, une infrastructure commune assurerait la liaison avec la solution présente de l’autre côté de la transaction.
Ce point de connexion central, ou hub d’interopérabilité, doit permettre aux différents systèmes de communiquer. Dans le cas d’un paiement marchand, l’objectif est de relier la solution utilisée par l’acheteur à celle qui permet au commerçant d’accepter le paiement. L’utilisateur n’aurait donc pas à adopter une application locale supplémentaire à chaque déplacement.
Cette architecture cherche aussi à limiter le nombre de connexions à développer. À mesure que le réseau accueille de nouveaux participants, un dispositif central peut faciliter les échanges entre eux. Il reste toutefois nécessaire que chaque solution adapte ses propres systèmes et respecte le cadre commun.
Les partenaires distinguent ainsi le rôle du réseau et celui de ses membres. European Network for Payments se concentrera sur l’interconnexion ; les solutions continueront de gérer leurs services, leurs fonctionnalités et leurs relations commerciales. Les dirigeants ont insisté sur le fait que la nouvelle structure n’avait pas vocation à réécrire intégralement les règles de chacun.
Cette répartition constitue aussi un enjeu d’exécution. Relier deux systèmes ne consiste pas seulement à transmettre un message. Il faut que les participants comprennent de la même manière le statut d’une opération et sachent comment la traiter lorsqu’elle ne se déroule pas comme prévu. Les responsabilités précises et les procédures opérationnelles communes n’ont pas été détaillées lors de la présentation.
Un réseau qui veut partir des usages existants
L’argument central de Martina Weimert, directrice générale d’EPI, tient à la base de départ. Les partenaires disposent déjà d’utilisateurs, de relations avec les banques et d’usages installés. L’interopérabilité doit étendre l’utilité de ces solutions en leur ouvrant de nouveaux débouchés géographiques.
Les intervenants ont évoqué environ 130 millions de consommateurs et un périmètre de 13 marchés. Ces chiffres décrivent l’ampleur des solutions réunies et le périmètre présenté pour l’initiative. Ils ne signifient pas que 130 millions de personnes peuvent déjà payer indifféremment avec chacune d’elles dans tous les pays concernés.
Cette distinction est essentielle pour comprendre la portée de l’annonce. La disponibilité dépendra des connexions effectivement mises en service, des fonctionnalités proposées par chaque participant et de l’acceptation chez les commerçants. Une base d’utilisateurs constitue un potentiel de diffusion ; elle ne mesure pas encore l’usage du réseau transfrontalier.
La stratégie peut néanmoins réduire un obstacle classique au lancement d’un moyen de paiement. Une nouvelle application doit convaincre les consommateurs de l’adopter et les commerçants de l’accepter. Les partenaires espèrent partir d’habitudes déjà acquises pour ajouter une possibilité d’usage à l’étranger, sans demander à chacun de recommencer son apprentissage.
Le tourisme apparaît comme un terrain évident pour cette extension. Un utilisateur qui paie régulièrement avec une solution dans son pays pourrait souhaiter la retrouver pendant ses vacances. Le commerce électronique fournit un autre cas : l’achat est transfrontalier, mais le consommateur reste chez lui et voudrait utiliser le même moyen de paiement que sur un site domestique.
Les transferts entre proches complètent cette logique. Le réseau doit permettre de relier des personnes utilisant des solutions différentes, au-delà des connexions déjà existantes entre certains participants. La valeur recherchée tient à cette continuité entre les usages domestiques et européens.
Un signe commun pour rendre les paiements reconnaissables
L’interopérabilité devra être visible pour fonctionner commercialement. Les consommateurs doivent pouvoir identifier les commerces et les sites sur lesquels leur application sera acceptée. Les partenaires prévoient donc un signe européen commun, ajouté aux marques existantes.
Ce repère doit signaler qu’un point d’acceptation participe au réseau. Wero, Bizum, MB WAY et les autres solutions conserveraient leur identité, tandis que cette indication supplémentaire rendrait leur compatibilité reconnaissable.
L’enjeu dépasse le choix d’un logo. Dans un magasin étranger, un consommateur ne connaît pas nécessairement la marque locale affichée au comptoir. Il doit comprendre immédiatement que sa propre application peut fonctionner. Sur un site marchand, la présentation des moyens de paiement devra également éviter que le client renonce faute de reconnaître une option utilisable.
Le dispositif repose donc sur deux niveaux de confiance. La solution familière reste celle avec laquelle l’utilisateur s’authentifie et paie. Le signe commun lui indique qu’il peut l’utiliser dans un environnement qu’il connaît moins.
Les modalités précises de déploiement de cette signalétique n’ont pas été détaillées pendant la conférence. Elles feront pourtant partie du travail nécessaire pour transformer une compatibilité technique en parcours de paiement compréhensible.
Les paiements marchands attendus progressivement en 2027
Les partenaires maintiennent l’objectif d’ouvrir progressivement les paiements en ligne et en magasin au cours de 2027. La présentation insiste sur un déploiement par étapes, à partir des travaux techniques et des expérimentations déjà engagés.
Une première démonstration a été annoncée en avril 2026 par Bancomat, EPI et SIBS-MB WAY. Elle a permis de tester des paiements transfrontaliers en magasin par QR code : des utilisateurs des solutions participantes ont payé chez des commerçants relevant des autres solutions. La Banque Postale, Intesa Sanpaolo et les établissements membres de MB WAY ont apporté leur soutien opérationnel à cette expérimentation.
Ce test établit une faisabilité dans le périmètre expérimenté. Le passage à une disponibilité commerciale plus large implique ensuite de raccorder les acteurs, de stabiliser les parcours et d’organiser le fonctionnement quotidien. La création de la société commune doit contribuer à cette industrialisation.
Pour les commerçants et leurs prestataires, 2027 constitue donc un horizon de déploiement. La conférence ne fournit pas de calendrier détaillé, pays par pays ou couple de solutions par couple de solutions. Elle ne permet pas non plus de conclure à une ouverture simultanée de tous les usages dans tous les marchés.
Le développement du réseau dépendra également des trajectoires propres à ses membres. Une solution peut disposer d’une forte activité de transfert entre particuliers tout en poursuivant le développement de ses paiements marchands. L’interconnexion devra composer avec ces différences de maturité.
L’enjeu sera de rendre les ouvertures successives suffisamment lisibles : quels utilisateurs pourront payer, auprès de quels commerçants, dans quels pays et à quelle date ? Ces réponses concrètes détermineront la portée commerciale du réseau au fil de son déploiement.
Pour les commerçants une promesse de couverture élargie
Du côté des commerçants, la proposition consiste à rendre un moyen de paiement européen plus utile en lui donnant accès à des utilisateurs d’autres marchés. Un commerce connecté à une solution participante pourrait, à terme et selon le périmètre activé, accepter des paiements provenant des autres solutions du réseau.
Pour une enseigne qui accueille une clientèle touristique, l’intérêt potentiel est de proposer aux visiteurs un moyen de paiement qu’ils utilisent déjà. Pour un e-commerçant présent dans plusieurs pays, l’interopérabilité pourrait faciliter l’accès à différentes clientèles européennes.
Les partenaires affirment vouloir limiter les changements nécessaires du côté marchand. Ils présentent la réutilisation des infrastructures existantes comme un moyen de réduire l’effort d’intégration. Il reste à préciser comment cette promesse se traduira selon les prestataires, les équipements et les parcours de paiement.
La présentation ne permet notamment pas de conclure qu’un commerçant déjà équipé n’aura aucune démarche à effectuer, qu’un contrat unique couvrira automatiquement toutes les solutions ou qu’aucune adaptation technique ne sera requise. Ces éléments dépendront des offres effectivement mises sur le marché.
Pour un responsable paiement, plusieurs questions opérationnelles resteront déterminantes. Comment les transactions apparaîtront-elles dans les outils de suivi ? Comment seront traités les remboursements ? Quelles informations permettront de rapprocher les paiements des commandes ? Quel interlocuteur interviendra en cas d’incident impliquant deux solutions ?
Ces questions ne remettent pas en cause le principe du réseau. Elles indiquent où se jouera son adoption par les entreprises. Une couverture géographique élargie devient réellement utile lorsqu’elle s’accompagne d’un fonctionnement fiable et d’une gestion compatible avec les processus du commerçant.
Les banques, acquéreurs et prestataires de paiement auront donc un rôle important dans la diffusion du dispositif. Ce sont leurs offres et leurs intégrations qui permettront de transformer la connexion entre réseaux en service accessible aux enseignes.
Une gouvernance partagée entre les cinq solutions
La société commune sera détenue à parts égales par les cinq partenaires, chacun étant représenté dans sa gouvernance. Les intervenants ont précisé que les banques actionnaires des différentes solutions n’en seraient pas directement les actionnaires à ce titre.
Cette organisation conserve les niveaux de décision existants. Les établissements bancaires continuent d’intervenir dans la gouvernance de leurs solutions respectives ; celles-ci participent à leur tour à la société d’interconnexion.
European Network for Payments doit ainsi organiser la coopération entre des acteurs qui restent autonomes. Ses missions porteront sur le fonctionnement commun et sur les différences à résoudre pour permettre les échanges, tandis que les membres conserveront leurs propres activités.
Ce partage répond à une difficulté structurelle du paiement européen : construire une capacité collective entre des acteurs qui ont déjà investi dans leurs systèmes et leurs marques. L’interopérabilité permet de mutualiser une partie du travail sans imposer une fusion des organisations.
La gouvernance devra également accompagner l’arrivée éventuelle de nouveaux participants. Les fondateurs se disent ouverts à d’autres solutions, mais les modalités précises d’entrée au capital ou de participation aux décisions n’ont pas été présentées.
L’équilibre entre une structure légère et un réseau appelé à grandir constituera un point à suivre. Plus le nombre de participants augmentera, plus la coordination des évolutions et des pratiques opérationnelles devra être clairement organisée.
Des investissements financés par les partenaires puis des revenus sur les transactions
La conférence a apporté une précision importante sur le modèle économique : la création et le fonctionnement initial de l’entreprise seront financés par les solutions participantes.
Les dirigeants présentent ces dépenses comme un investissement commun destiné à rendre leurs services interopérables. Le choix d’une organisation resserrée doit limiter les coûts centraux, une partie importante des développements restant réalisée par les membres.
À terme, European Network for Payments doit se rémunérer sur les transactions transfrontalières qui passent par le dispositif. L’objectif annoncé est d’atteindre une autonomie financière, avec une faible marge, grâce à la montée des volumes.
Deux phases se dessinent donc. Les partenaires financent d’abord la construction et le lancement. Puis l’activité du réseau doit progressivement contribuer à couvrir ses dépenses. Aucun montant d’investissement, barème de facturation ou seuil de rentabilité n’a été communiqué.
Les intervenants ont également défendu la compétitivité des solutions domestiques par rapport aux réseaux internationaux, en suggérant que cet avantage pourrait bénéficier aux commerçants dans le cadre transfrontalier. Il s’agit à ce stade d’un argument porté par les partenaires, sans comparaison tarifaire détaillée présentée pendant la conférence.
Le coût de la structure commune ne permet pas, à lui seul, de connaître le prix final payé par un commerçant. Celui-ci dépendra aussi des services fournis autour du paiement et des conditions commerciales de ses prestataires. Une infrastructure conçue pour fonctionner avec une faible marge peut contribuer à une offre compétitive, mais elle ne fixe pas automatiquement toute la chaîne tarifaire.
Pour les entreprises, la question sera donc celle du coût complet : frais de transaction, intégration, exploitation et services associés. La conférence précise qui finance la construction du réseau ; elle laisse encore ouverte la manière dont ses coûts seront répercutés dans les offres commerciales.
Une alternative européenne aux réseaux et aux portefeuilles internationaux
Interrogés sur les acteurs auxquels ils souhaitent proposer une alternative, les partenaires ont évoqué à la fois les réseaux internationaux et les portefeuilles numériques. Leur ambition associe la capacité à faire circuler un paiement et la relation avec l’utilisateur qui l’initie.
La dimension géopolitique est centrale dans leur discours. Les dirigeants veulent donner aux Européens la possibilité de payer avec des solutions qu’ils contrôlent, au-delà de leurs frontières nationales. La souveraineté est présentée comme une capacité à disposer d’une option autonome en cas de besoin.
Cette ambition suppose que les solutions européennes puissent accompagner les principaux usages : envoyer de l’argent, acheter en ligne et payer en magasin. Une solution limitée à un pays ou à un seul type d’opération reste moins utile lorsqu’un consommateur voyage ou change de contexte d’achat.
Fabrizio Burlando a défendu l’idée que l’Europe disposait déjà de compétences et de solutions solides dans le paiement. Le problème, selon cette lecture, réside dans leur dispersion. La nouvelle société doit contribuer à transformer ces forces locales en une capacité d’action commune.
Le choix d’interconnecter les solutions exprime aussi une appréciation du temps disponible. Les partenaires jugent cette voie plus rapide que la construction d’un nouveau service paneuropéen à partir de zéro. Ils espèrent également réduire le risque commercial en s’appuyant sur des utilisateurs déjà convaincus par leurs applications.
La portée de cette alternative se mesurera cependant à son usage effectif. Une gouvernance européenne et une architecture commune constituent des fondations ; l’acceptation, la fiabilité et la fréquence d’utilisation détermineront le poids réel du réseau.
Le cloud rappelle les limites de la souveraineté revendiquée
La question des dépendances technologiques a été directement posée pendant la conférence. Comment revendiquer une autonomie européenne lorsque certaines solutions utilisent des fournisseurs de cloud américains ?
Les réponses ont mis en avant un arbitrage entre l’origine des prestataires et les capacités attendues en matière de sécurité, de performance et de montée en charge. Les dirigeants ont exprimé leur intérêt pour des offres européennes, tout en soulignant la nécessité de rester compétitifs face aux solutions internationales.
Ce passage est révélateur du périmètre de souveraineté défendu par le projet. Les partenaires cherchent d’abord à maîtriser les solutions de paiement, leurs règles et leur interconnexion. Cette maîtrise ne signifie pas que tous les composants techniques ou tous les prestataires sous-jacents seront européens.
La distinction importe pour apprécier l’annonce sans lui faire dire davantage. La création d’une entreprise commune sous contrôle de ses partenaires européens répond à une question de gouvernance et d’organisation du paiement. Elle ne suffit pas à démontrer une indépendance complète de toute la chaîne technologique.
Les échanges n’ont pas fourni de description exhaustive de l’hébergement du futur réseau, de ses prestataires ou de ses mécanismes de continuité en cas de rupture de service. Ces éléments seront nécessaires pour évaluer concrètement sa résilience.
Le débat montre aussi que la souveraineté se construit à plusieurs niveaux. Disposer d’un moyen de paiement européen utilisable à l’étranger peut réduire une dépendance commerciale, tout en laissant subsister des dépendances dans l’infrastructure informatique. L’intérêt du projet devra être apprécié à chacun de ces niveaux.
Une coopération ouverte qui laisse subsister la concurrence
Les cinq fondateurs ne présentent pas European Network for Payments comme un cercle fermé. Des échanges avec d’autres solutions européennes sont déjà en cours, ont-ils indiqué, sans annoncer de nouveaux membres.
L’ouverture doit permettre à des solutions existantes de rejoindre le réseau lorsqu’elles respectent les critères nécessaires et sont prêtes à fonctionner dans le cadre commun. Pour les marchés ne disposant pas d’une solution nationale forte, les partenaires évoquent aussi la possibilité de s’appuyer sur une solution déjà participante.
Cette approche élargit les voies d’accès au réseau. Un pays ne serait pas tenu de créer une nouvelle marque domestique pour bénéficier de l’interopérabilité. Il pourrait également accueillir le développement d’un acteur déjà présent ailleurs.
Les intervenants ont d’ailleurs précisé que la coopération n’empêcherait pas la concurrence entre eux. Chaque solution pourra poursuivre son expansion et chercher de nouveaux marchés.
L’entreprise commune organise donc une coopération sur l’accès transfrontalier tout en préservant des stratégies commerciales distinctes. Pour Wero, cela signifie que son propre développement peut coexister avec des connexions vers d’autres marques européennes. L’un ne suppose pas nécessairement le remplacement de l’autre.
À mesure que le réseau grandira, la capacité à intégrer de nouveaux participants sans alourdir excessivement son fonctionnement deviendra un indicateur de sa réussite.
Pas de nouvelle carte et une complémentarité revendiquée avec l’euro numérique
Les partenaires ont écarté, à ce stade, le lancement d’une carte européenne commune. Leur projet se concentre sur les portefeuilles et les solutions numériques déjà utilisés par les consommateurs.
Cette orientation ne préjuge pas de la place future de la carte ou des espèces. Elle définit le périmètre de travail choisi : permettre à une application familière de fonctionner dans davantage de situations et de pays.
La question de l’euro numérique a également été abordée. Les dirigeants présentent leur initiative comme complémentaire du projet, avec lequel ils souhaitent pouvoir articuler les solutions de leurs écosystèmes.
Il s’agit toutefois d’une position stratégique, pas de l’annonce d’une intégration technique achevée. La conférence ne fournit pas de parcours détaillé montrant comment un éventuel euro numérique serait utilisé à travers European Network for Payments.
Les partenaires mettent surtout en avant la nécessité d’avancer sur les services qu’ils peuvent construire dès maintenant. Leur calendrier opérationnel reste celui de l’interconnexion de solutions existantes, avec les paiements marchands transfrontaliers visés en 2027.
Le passage décisif sera celui de l’acceptation réelle
Avec European Network for Payments, les partenaires donnent un porteur juridique et une organisation commune à leur projet d’interopérabilité. L’annonce précise le partage des rôles, le financement initial et la logique économique recherchée.
Elle laisse aussi plusieurs sujets ouverts : la tarification, les dates d’ouverture détaillées, les conditions d’acceptation chez les commerçants et le traitement opérationnel des transactions entre solutions. Ces éléments détermineront la manière dont les banques et les prestataires pourront commercialiser le réseau.
Pour un consommateur français, la promesse est de retrouver Wero au-delà de son périmètre actuel. Pour un commerçant, elle consiste à accueillir davantage de clients européens à travers les connexions de sa solution de paiement. Dans les deux cas, la valeur du dispositif sera liée à sa disponibilité concrète au moment de payer.
Le prochain test sera donc celui des usages. La création de l’entreprise permet d’organiser le projet ; les déploiements devront montrer qu’un utilisateur peut effectivement conserver ses habitudes en passant une frontière, et qu’un commerçant peut accepter ce paiement dans de bonnes conditions.
C’est là que se jouera la portée de cette coopération : lorsque les marques resteront différentes, mais que la frontière cessera d’être un obstacle au paiement.


