Oney n’a pas encore totalement achevé sa transformation. Selon Les Échos, la filiale de paiement de BPCE entre dans une “nouvelle étape” après un premier plan de retournement lancé en 2023. Le groupe mutualiste prépare désormais une nouvelle feuille de route pour 2027-2028, avec une ambition claire : repositionner Oney au croisement du paiement, du crédit à la consommation et des services financiers spécialisés.
Cette nouvelle phase se traduit d’abord par un changement de gouvernance. À partir de septembre, la présidence de Oney passera d’Yves Tyrode, directeur général IA, digital et paiement de BPCE, à Fabrice Gourgeonnet, patron de BPCE Solutions et Expertises Financières. Jean-Pierre Charles restera directeur général de Oney, a confirmé BPCE aux Échos.
Du paiement fractionné au crédit conso
Le mouvement est loin d’être uniquement organisationnel. Il acte surtout le repositionnement stratégique engagé par Oney depuis plusieurs années. Historiquement associée au paiement fractionné et aux solutions de financement en point de vente, la filiale a dû revoir son modèle dans un contexte de pression sur les marges, de concurrence accrue sur le BNPL et de durcissement progressif du cadre réglementaire.
Le paiement fractionné, longtemps présenté comme un relais de croissance pour les acteurs du retail et du financement spécialisé, s’est révélé plus complexe à rentabiliser qu’anticipé. Pour Oney, l’enjeu est donc de s’éloigner d’une lecture strictement “paiement” pour revenir vers des produits de crédit à la consommation plus classiques, mieux intégrés dans l’offre globale du groupe BPCE.
Cette évolution explique le transfert de Oney vers le pôle services financiers mondiaux. Le rattachement au périmètre de Fabrice Gourgeonnet doit permettre de rapprocher davantage Oney des autres métiers de financement du groupe, notamment après le rachat de Société Générale Equipment Finance, qui a renforcé la présence internationale de BPCE dans le leasing et les services financiers spécialisés.
Un retournement encore fragile
La trajectoire de Oney a été mouvementée. BPCE avait racheté 50,1 % de la société à Auchan en 2019, sur la base d’une valeur nette comptable de 371 millions d’euros. Mais la filiale a ensuite subi près de 180 millions d’euros de dépréciations entre 2021 et 2024, faisant tomber sa valeur nette comptable à 240 millions d’euros en 2023.
Pour stabiliser l’activité, les deux actionnaires ont dû procéder à une augmentation de capital de 100 millions d’euros, à parts égales. Le plan de retournement engagé en 2023 s’est accompagné d’un changement de direction générale, d’une digitalisation accélérée de l’offre, d’une migration de l’infrastructure dans le cloud et d’une réduction du périmètre international. Oney, présente dans 12 pays, a notamment quitté l’Allemagne et la Hongrie. Ses effectifs sont passés de 2 500 à 1 900 personnes.
Les premiers effets commencent néanmoins à apparaître. En 2025, BPCE a enregistré une reprise de 72 millions d’euros sur les titres Oney Bank, portant la valeur nette comptable à 364 millions d’euros au 31 décembre 2025. L’an dernier, Oney a également réalisé 427 millions d’euros de produit net bancaire, en hausse de 12 % sur un an, et 34 millions d’euros de bénéfice avant impôts.
Ces chiffres montrent une amélioration, mais pas encore un retour complet au niveau initial. La valeur nette comptable reste légèrement inférieure à celle de 2019, et le bénéfice avant impôts demeure en dessous des 40 millions d’euros réalisés en 2021.
Le paiement comme porte d’entrée vers le financement
La nouvelle feuille de route de Oney pose une question plus large pour le marché : quelle place reste-t-il aux acteurs historiques du paiement fractionné dans un environnement où les marchands attendent à la fois de la conversion, du financement, de la simplicité d’intégration et une meilleure maîtrise des coûts ?
Le cas de Oney illustre une tendance de fond. Le paiement fractionné ne peut plus être seulement pensé comme une fonctionnalité de checkout. Pour les banques et les établissements spécialisés, il devient une brique d’un ensemble plus large : crédit conso, financement embarqué, scoring, connaissance client, relation marchand et animation commerciale.
C’est précisément là que BPCE peut chercher à créer de la valeur. Oney dispose encore d’une marque connue, d’un historique fort dans le retail et d’une proximité avec les marchands. Mais son avenir dépendra de sa capacité à s’intégrer dans une offre plus large, adossée aux capacités de financement, aux réseaux commerciaux et aux infrastructures du groupe.
Des synergies à concrétiser avec le réseau BPCE
Le rattachement de Oney au pôle services financiers mondiaux doit aussi permettre de mieux exploiter le réseau international de BPCE SEF, désormais présent dans 26 pays depuis l’intégration de Société Générale Equipment Finance. Pour Oney, cela ouvre potentiellement de nouvelles perspectives auprès de marchands, distributeurs et réseaux déjà adressés par les autres activités de financement du groupe.
Reste à savoir jusqu’où ira l’intégration. Selon Les Échos, des représentants syndicaux accueillent favorablement ce changement de rattachement, y voyant un signal de pérennisation de l’activité. Mais ils restent vigilants sur les conséquences opérationnelles d’un rapprochement entre les usines de crédit de SEF et celles de Oney. La direction assure de son côté que le changement de rattachement “n’est pas guidé par des enjeux d’effectifs”.
Pour BPCE, l’enjeu est donc double : poursuivre le redressement financier de Oney sans diluer son expertise historique auprès des marchands. Dans un marché où le paiement fractionné est devenu plus concurrentiel, plus régulé et moins évident à rentabiliser, la prochaine feuille de route devra surtout démontrer que Oney peut redevenir un actif stratégique, et pas seulement une filiale remise à niveau.

