Bonjour à toi,
Lyf Pay met fin à ses activités comme l’a révélé Les Echos hier. Issue de la fusion de Fivory et Wa!, la fintech n’est jamais parvenue à s’imposer durablement dans les usages, malgré près de dix millions de téléchargements revendiqués et environ 180 millions d’euros de pertes cumulées. Soutenue historiquement par BNP Paribas, Crédit Mutuel Alliance Fédérale, Auchan, le groupe Casino et Mastercard, Lyf incarnait l’ambition française d’un wallet interbancaire et inter-enseignes.
Sur le papier, la proposition était solide. P2P, paiement par QR code, fidélité, bons plans côté particuliers ; encaissement mobile, scan & go, wallet en marque blanche, acceptation de wallets internationaux côté marchands.
Mais dans la réalité du marché, cette profondeur fonctionnelle n’a jamais suffi.
Car Lyf n’a pas perdu une bataille technologique. Elle a perdu une bataille d’usages et de distribution.
Face à Apple Pay, PayPal ou à la montée en puissance de Wero, Lyf est restée une application à ouvrir, là où le paiement gagnant est devenu invisible, intégré nativement dans les parcours existants. Dans le paiement, on ne gagne plus par l’innovation visible, mais par la capacité à s’insérer sans friction dans des écosystèmes déjà dominants.
Ce clap de fin intervient pourtant à un moment clé. Jamais la question de la souveraineté des paiements n’a été aussi centrale. Le modèle carte, longtemps considéré comme intangible, est désormais interrogé sur ses coûts, sa dépendance géopolitique et sa résilience.
En France, le débat sur les fees cartes a souvent été mal posé. Comme le rappelle Charlotte Pagot (Mercatel), le vrai sujet n’est pas “la carte”, mais le mix cartes. L’essor des cartes commerciales non régulées a profondément modifié l’équation économique pour les commerçants, en vidant en partie le plafonnement de l’interchange de sa substance.
Cette pression a toutefois produit des effets. Après les alertes de 2023, Cartes Bancaires a accéléré sa transformation. En 2025, le réseau domestique a renoué avec la croissance, rattrapé son retard sur le paiement mobile via Apple Pay, et réaffirmé son rôle stratégique dans un paysage européen où treize pays n’ont plus de schéma domestique.
L’équilibre reste néanmoins fragile. Environ trente millions de cartes ne sont toujours pas cobadgées CB, un sujet désormais identifié comme prioritaire par la Banque de France et le Comité national des moyens de paiement, et porté jusque dans le débat politique par Aurore Lalucq.
Dans ce contexte, l’alliance entre l’EPI et EuroPA, autour de Wero et des solutions locales existantes, marque un tournant plus pragmatique : construire la souveraineté non pas contre les usages, mais à partir d’eux.
La trajectoire de Lyf Pay agit ainsi comme un révélateur. La souveraineté des paiements ne se bâtira pas avec une app de plus, mais avec des rails robustes, interopérables et invisibles, capables de s’imposer à l’échelle européenne. Lyf s’éteint au moment même où l’Europe commence, enfin, à traiter le paiement comme une infrastructure critique.
À très vite,
Chloé
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Europe : Le modèle carte sous tension
Aux États-Unis, la montée en puissance des surcharges traduit une tentative de rendre visible, côté consommateur, le coût réel de certaines cartes pour les commerçants. Au Royaume-Uni, c’est le régulateur qui a repris la main, contestant la hausse de certaines commissions et réaffirmant sa capacité à en encadrer le niveau. Deux réponses très différentes à un même malaise : le modèle carte n’est plus un angle mort économique. En France, où le débat reste plus feutré, la question se pose autrement : non pas celle du prix de la carte en tant que tel, mais celle du mix cartes, de l’équilibre entre réseaux domestiques et internationaux, et de la capacité des marchands à maîtriser une trajectoire de coûts devenue structurelle. Interview avec Charlotte Pagot, Secrétaire Générale de Mercatel.
Paiement mobile : Lyf Pay met fin à ses activités
L’arrêt de Lyf Pay ne raconte pas seulement l’échec d’un acteur du paiement mobile. Il met en lumière un déplacement plus profond du marché. Partout, les usages se concentrent autour de solutions devenues invisibles — intégrées aux OS, aux navigateurs ou aux infrastructures bancaires existantes — au détriment des applications dédiées. En France, où l’ambition d’un wallet interbancaire a longtemps structuré le débat, la question se reformule : non plus celle de la capacité à lancer une app, mais celle de la maîtrise des rails de paiement, de l’équilibre entre réseaux domestiques et internationaux, et de la place laissée aux alternatives européennes. Lyf s’arrête ; le paiement, lui, change de terrain.
Les dernières actualités de l’écosystème paiement
La Banque Postale permet les paiements CB via Samsung Pay - Plus d’un acheteur en ligne sur deux paie désormais via Apple Pay, Samsung Pay ou PayPal, selon la Fevad. Un basculement massif qui pousse les banques à reprendre la main sur les rails de paiement. La Banque Postale vient ainsi de permettre les paiements CB dans Samsung Pay, là où les transactions passaient auparavant systématiquement par Visa. Résultat : en un mois, 80 % de ses flux mobiles ont été “rapatriés” sur le réseau CB. Un enjeu devenu stratégique, alors que le paiement mobile représente déjà 18 % des paiements de proximité et progresse de plus de 40 % en un an.
Cartes Bancaires accélère sa reconquête grâce au mobile - Après des années de recul, CB affiche une forte reprise en 2025, portée par l’intégration dans Apple Pay et bientôt Samsung Pay. Le réseau revendique +100 % de croissance sur le paiement mobile, 80 millions de cartes et 750 Md€ de flux traités. Sa future plateforme de tokenisation doit permettre le paiement en un clic en ligne, terrain historiquement dominé par Visa et Mastercard. L’objectif est clair : consolider un pilier souverain face aux schémas internationaux.
Josy Soussan rejoint Mastercard en tant que Government Affairs & Policy Director. Fort de plus de quinze ans d’expérience au croisement de la régulation, des affaires publiques et de la communication financière, il prend en charge les enjeux de politiques publiques liés aux services financiers, aux paiements, à la fintech, à la cybersécurité et à l’innovation. Avant de rejoindre Mastercard, Josy dirigeait les affaires publiques et les relations institutionnelles de Klarna en Europe, où il pilotait l’équipe European Policy & Government Relations et portait les positions du groupe auprès des décideurs sur les sujets finance, banque, fintech, IA et tech. Il y a également occupé des fonctions de direction de la communication corporate et des affaires publiques à l’échelle européenne.
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