Les géants du paiement n’ont pas attendu pour miser sur l’IA, et cherchent désormais à se positionner sur le commerce agentique. American Express, Visa et Mastercard ont dévoilé ces derniers mois de nouvelles offres et outils en ce sens. Souvent présenté comme une forme de “commerce 3.0”, le commerce agentique repose sur des agents IA capables de prendre le contrôle de l’ensemble du parcours d’achat, de la recherche de produits au paiement.
Chacun des trois acteurs propose une approche spécifique de l’évolution de l’univers du paiement et du commerce. Visa veut s’imposer comme la couche d’infrastructure du commerce agentique, American Express entend capitaliser sur son image de confiance et de sécurité, tandis que Mastercard cherche à fédérer un écosystème complet autour des paiements pilotés par IA. Mais tous partagent la conviction que les enjeux de confiance et de sécurité sont plus cruciaux que jamais.
Visa : devenir l’infrastructure des futurs paiements IA
L’évolution vers le commerce agentique est, pour Visa, une nouvelle étape logique dans une stratégie IA engagée de longue date. Le groupe rappelle avoir été l’un des premiers acteurs des paiements à utiliser l’intelligence artificielle pour la détection de fraude, dès les années 1990, et affirme avoir investi plus de 13 milliards de dollars au cours des cinq dernières années dans ses infrastructures technologiques et ses capacités liées à l’IA.
“L’IA fait partie de notre ADN”, souligne Mathieu Altwegg, SVP et Head of Product and Solutions Europe chez Visa. Aujourd’hui, l’entreprise utilise l’intelligence artificielle dans plus d’une centaine de produits, aussi bien pour la gestion des risques que pour l’autorisation des paiements, la réduction des faux refus ou encore l’optimisation opérationnelle. En interne, Visa affirme également avoir largement déployé les outils d’IA générative auprès de ses employés.
Pour faciliter l’adaptation au commerce agentique, le groupe a notamment présenté Intelligent Commerce Connect, une plateforme actuellement testée avec plusieurs partenaires, dont Amazon Web Services. L’objectif est de permettre à des agents IA d’interagir directement avec les commerçants et les réseaux de paiement via une architecture unifiée et interopérable. Le dispositif repose notamment sur la tokenisation des données bancaires, l’exploitation de données transactionnelles afin de personnaliser les recommandations d’achat, ainsi que sur des outils permettant aux utilisateurs de définir des limites et des règles de contrôle pour leurs agents IA.
Visa travaille également sur plusieurs protocoles visant à sécuriser les échanges entre agents IA, commerçants et systèmes de paiement. Le groupe a présenté le Trusted Agent Protocol, qui permet d’authentifier les agents IA effectuant des achats sur son réseau. Il s’appuie sur trois éléments : l’intention de l’agent, l’identification du consommateur et les informations de paiement. “Le rôle de Visa est de veiller à ce que, à mesure que l’IA joue un rôle plus actif dans le commerce, la confiance reste au cœur de chaque transaction”, explique Mathieu Altwegg.
Derrière ces annonces, Visa cherche à conserver un rôle central dans les futurs flux du commerce automatisé. Le groupe multiplie ainsi les partenariats avec des banques, des fintechs, des entreprises d’IA et des commerçants afin de contribuer à définir les standards techniques et les protocoles qui accueilleront les paiements pilotés par l’intelligence artificielle. “Pour que cela fonctionne à grande échelle, les consommateurs et les entreprises doivent conserver une visibilité et un contrôle”, souligne Mathieu Altwegg. “Ils doivent pouvoir fixer des limites, surveiller l’activité et intervenir si nécessaire, sans compromettre la fluidité promise par le commerce agentique.”
Visa affiche ainsi son ambition de s’imposer comme l’infrastructure de référence du commerce agentique. Comme le résume Mathieu Altwegg, l’objectif est de “créer un réseau ouvert et fiable auquel les émetteurs, les commerçants et les fournisseurs de technologies peuvent accéder sans avoir à réaliser d’investissements lourds dans de nouvelles infrastructures ou de nouveau matériel, tout en préservant les mêmes niveaux élevés de sécurité”.
American Express : faire de la confiance un avantage stratégique
American Express adopte une approche prudente et progressive du commerce agentique. “Nous en sommes encore aux tout débuts de l’adoption”, explique Stefan Olofsson, Senior Vice President, Global Network Product & Enablement chez American Express. “Nous avons déjà connu ce type d’évolutions, notamment avec l’adoption du NFC et des portefeuilles numériques ou encore le paiement en un clic dans l’e-commerce : nous savons que ces changements ne se généralisent pas du jour au lendemain. Les consommateurs adopteront les expériences agentiques lorsqu’ils considéreront qu’elles sont fluides, sécurisées et créatrices de valeur”.
Il souligne que le secteur reste aujourd’hui dominé par des pilotes, des annonces de protocoles et des expérimentations, avec encore peu de transactions déployées à grande échelle. “On observe surtout des modèles dits “human-in-the-loop”, dans lesquels les agents IA assistent les utilisateurs dans la recherche de produits ou la constitution de paniers, tandis que la validation finale de l’achat reste humaine.” détaille-t-il.
Afin de contribuer à l’adoption de ces nouveaux usages, American Express a lancé aux États-Unis le kit de développement Amex Agentic Commerce Experiences (ACE). L’objectif est de permettre aux agents IA de réaliser des transactions tout en garantissant que l’identité et l’intention de l’utilisateur soient clairement authentifiées. “À mesure que les agents IA gagnent en autonomie dans les transactions, les consommateurs doivent avoir l’assurance que ces agents agiront conformément à leurs intentions, et qu’ils seront protégés en cas de problème”, souligne Stefan Olofsson.
American Express insiste sur la nécessité de préserver le niveau de confiance, de sécurité et de service historiquement associé à sa marque. Le groupe a dévoilé aux États-Unis “Amex Agent Purchase Protection”, un dispositif destiné à étendre certaines protections d’achat aux transactions effectuées par des agents IA enregistrés. Concrètement, si un client autorise un agent IA à effectuer un achat et que cet agent transmet à American Express une intention d’achat authentifiée, l’entreprise prévoit de couvrir certains frais liés à des erreurs commises par l’agent, sous conditions.
Enfin, AmEx participe aux travaux de standardisation du commerce agentique avec d’autres acteurs du secteur et collabore avec EMVCo afin de contribuer à l’émergence de protocoles interopérables et fiables pour les paiements pilotés par IA.
Au-delà du commerce agentique, le groupe investit dans l’intelligence artificielle appliquée à la cybersécurité, à la détection de fraude et à la personnalisation des services. Comme ses concurrents, AmEx cherche à utiliser l’IA afin d’améliorer les décisions de paiement, renforcer la sécurité des transactions et proposer des expériences plus contextualisées à ses clients.
Mastercard : construire un écosystème du commerce piloté par l’IA
Mastercard a opté pour une stratégie fondée sur les partenariats et l’accompagnement. L’entreprise a ainsi dévoilé en janvier la plateforme Agent Suite, conçue pour aider ses clients à tester, développer et déployer des agents IA adaptés à leurs besoins. L’objectif est de permettre aux commerçants et institutions financières d’intégrer de nouvelles fonctionnalités liées au commerce conversationnel et à la personnalisation en temps réel.
Concrètement, les commerçants peuvent utiliser ces outils pour alimenter des assistants capables de guider les consommateurs tout au long du parcours d’achat, en tenant compte des stocks, des promotions et des marges disponibles. Les banques peuvent, de leur côté, s’appuyer sur des agents IA afin de recommander des produits financiers personnalisés ou simuler différents scénarios commerciaux.
Mastercard avait également dévoilé en avril 2025 son service Agent Pay, qui permet à des agents conversationnels d’effectuer directement des achats en ligne via des tokens sécurisés baptisés Mastercard Agentic Tokens. Plusieurs acteurs majeurs ont commencé à utiliser cette solution, comme Microsoft, IBM ou encore Checkout.com.
Mais la stratégie IA du groupe dépasse largement le seul commerce agentique. Mastercard multiplie également les investissements dans la cybersécurité, la détection de fraude et l’analyse prédictive des paiements. Le groupe développe notamment plusieurs outils d’IA destinés à améliorer les décisions d’autorisation en temps réel, détecter les fraudes plus rapidement et réduire les faux refus de paiement.
Mastercard travaille également sur ses propres modèles d’intelligence artificielle générative entraînés à partir de milliards de transactions anonymisées issues de son réseau mondial. L’objectif est de créer un véritable moteur d’analyse destiné à améliorer la personnalisation, la cybersécurité et les futurs services liés au commerce et aux paiements IA.
Le groupe cherche aussi à étendre ces usages bien au-delà du paiement lui-même. En mars 2026, Mastercard a ainsi présenté “Virtual C-Suite”, une nouvelle plateforme d’agents IA destinée aux petites entreprises. Celle-ci doit permettre à des PME d’accéder à des outils de pilotage comparables à ceux de grandes entreprises, avec des assistants spécialisés capables d’agir comme des directeurs financiers, responsables de cybersécurité ou responsables marketing virtuels.
Enfin, Mastercard cherche à fédérer un réseau d’acteurs autour du commerce piloté par l’IA. Le groupe a notamment lancé le programme Start Path afin d’accompagner les start-up spécialisées dans les agents autonomes, les paiements IA et le commerce automatisé.


