Un compte professionnel pour encaisser, payer ses fournisseurs et gérer ses dépenses. Dans la même interface, des outils pour rémunérer ou investir ses excédents de trésorerie, réserver ses déplacements et déléguer certaines tâches à des assistants IA. C’est sur ce rapprochement que Vivid entend appuyer sa prochaine phase de développement en France. Dans un marché où les comptes professionnels numériques se multiplient, la fintech européenne veut faire de l’argent laissé sur les comptes un point d’entrée auprès des indépendants, des TPE et des PME.
Nommé directeur général France en septembre, Julien Tarrisse prend les commandes d’un marché qui compte déjà plus de 10 000 clients professionnels, sur plus de 100 000 en Europe, selon Vivid. La société indique avoir plus que doublé sa clientèle française en douze mois, faisant de la France son troisième marché européen.
« L’ambition de Vivid, c’est vraiment de se développer activement en France », explique-t-il à Paiement.fr. « Après une période consacrée à la consolidation et à la structuration des processus, l’enjeu est désormais d’accélérer l’acquisition de clients et de renforcer les liens avec l’écosystème français. »
La trésorerie comme porte d’entrée
Le constat dépasse le seul marché des comptes professionnels. Selon un sondage OpinionWay réalisé en juillet 2026 pour Le Conservateur et publié par Les Échos en septembre, la moitié des chefs d’entreprise interrogés conservent leur trésorerie sur leur compte courant professionnel. Et 23 % n’ont aucune stratégie formalisée pour la gérer.
Cette prudence répond à un besoin concret : garder de quoi régler les dépenses courantes et absorber les imprévus. Mais l’étude souligne aussi les limites de l’offre perçue. Près de la moitié des dirigeants estiment que les banques et les acteurs financiers ne proposent pas de solutions suffisamment adaptées ; 20 % jugent l’offre trop peu lisible. Parmi leurs défis pour l’année à venir, un tiers citent l’anticipation des besoins de trésorerie et 28 % la recherche de placements plus rémunérateurs sans risque excessif.
Pour Vivid, l’opportunité consiste à rapprocher cette gestion des usages quotidiens du compte professionnel. Julien Tarrisse, passé par Criteo, Papernest et PayFit avant de créer ses propres entreprises dans l’immobilier et l’investissement, décrit un besoin qu’il a lui-même rencontré : devoir utiliser un acteur pour les paiements et un autre pour placer la trésorerie.
« On a cette partie trésorerie d’investissement qui est super intéressante, que moi, je recherchais justement quand j’étais entrepreneur », explique Julien Tarrisse. La proposition de Vivid repose sur la réunion du compte professionnel et de ces outils dans une même plateforme. Le dirigeant peut y suivre ses flux, gérer les dépenses de ses équipes et affecter une partie de ses liquidités à différents produits. L’enjeu est de réduire les démarches et les changements d’outils qui peuvent freiner la gestion des excédents.
Plusieurs produits pour des besoins différents
L’offre de trésorerie comprend un Compte Intérêts, un compte-titres et des portefeuilles modèles. Le premier rémunère les liquidités non investies, avec des conditions qui dépendent notamment de la devise et de la formule souscrite. Le compte-titres permet d’investir leur capital dans une combinaison d’ETF, d’iBonds, de fonds monétaires, d’actions mais aussi de crypto-actifs, tandis que les portefeuilles modèles proposent des allocations déjà construites.
« Tu peux soit créer ta stratégie par toi-même sur des ETF, des actions qui t’intéressent, ou sur des portefeuilles déjà précréés, quand tu n’as pas forcément une conviction particulière », détaille Julien Tarrisse.
Ces usages ne répondent pas au même besoin. Conserver une réserve destinée aux prochains décaissements suppose une disponibilité différente de celle d’un investissement à plus long terme. Vivid indique que les fonds non investis du Compte Intérêts sont accessibles rapidement ; la liquidité des autres produits dépend des actifs et des conditions de marché. Les placements comportent par ailleurs un risque de perte en capital.
Cette distinction compte dans le positionnement français : réunir les outils ne dispense pas le dirigeant de déterminer la part de trésorerie dont il peut se passer et pendant combien de temps. Le sondage relayé par Les Échos montre précisément que l’anticipation des besoins reste une préoccupation majeure.
Sur le plan réglementaire, Vivid fournit ses services financiers par l’intermédiaire d’entités réglementées disposant de différentes licences. Vivid Money S.A. est agréée en tant qu’établissement de monnaie électronique (EME), tandis que Vivid Money B.V. est agréée pour fournir des services d’investissement grâce à la licence MiFID et des services sur crypto-actifs grâce à la licence MiCA
Les indépendants et les TPE-PME en priorité
La cible française reste délimitée. « On est vraiment sur les freelances et les TPE-PME », précise Julien Tarrisse. Selon Vivid, les indépendants représentent 45 % de sa clientèle française et les TPE-PME 55 %.
Vivid dispose de fonctionnalités susceptibles de convenir à des structures plus importantes, notamment sur ses marchés plus matures, comme l’Allemagne et l’Italie. En France, la priorité consiste toutefois à développer l’offre et sa distribution auprès des petites entreprises. « D’abord, on veut vraiment être un produit parfait, entre guillemets, pour les freelances, TPE-PME. Ensuite, il y aura le temps pour développer une offre taillée pour les grandes entreprises », résume-t-il. Le financement ne figure pas, à ce stade, parmi les priorités de développement de Vivid en France.
La société ne revendique pas non plus de stratégie de spécialisation sectorielle en France. Julien Tarrisse identifie néanmoins des usages chez les acteurs du e-commerce et du transport, sensibles aux frais de transactions plus faibles et aux paiements internationaux.
À côté de la trésorerie, il met en avant la gestion des accès et des dépenses des collaborateurs ainsi que le cashback sur les achats professionnels. Ces fonctionnalités participent au même objectif : faire du compte un outil utilisé régulièrement pour piloter l’activité.
Les partenariats au cœur de l’accélération française
La prochaine étape dépend aussi de la place que Vivid parviendra à prendre parmi les logiciels et services déjà utilisés par les entrepreneurs français. C’est un terrain familier pour Julien Tarrisse, qui a travaillé sur les partenariats et les intégrations chez PayFit.
« Là, je commence à rencontrer tous les acteurs de l’écosystème français pour pouvoir être intégrés avec eux », indique-t-il. Certaines connexions sont aujourd’hui possibles sans intégration native. L’objectif est de développer des relations plus structurées, à la fois sur le produit et sur la distribution.
Pour un compte professionnel, ces connexions ont une portée commerciale concrète : faciliter les échanges avec les outils de paie, de comptabilité ou de gestion peut peser dans le choix d’un dirigeant autant que les fonctionnalités du compte lui-même.
Vivid lancera la facturation électronique avec un partenaire dans les prochaines semaines. Quant à la distribution du compte en marque blanche, elle ne constitue pas aujourd’hui un axe prioritaire.
Les paiements internationaux pour accompagner les clients
Vivid s’appuie également sur un partenariat avec Wise Platform pour faciliter les paiements internationaux. Cette dimension répond notamment aux besoins de ses clients du e-commerce et du transport, qui règlent des fournisseurs ou des partenaires à l’étranger.
Les paiements internationaux prolongent ainsi la proposition de Vivid : accompagner les flux de l’entreprise tout en lui permettant de gérer les liquidités qu’elle conserve entre deux opérations.
Les voyages d’affaires pour élargir les usages du compte
L’ambition de Vivid dépasse la gestion des flux financiers. La plateforme permet aussi de réserver des hôtels et des vols pour les déplacements professionnels depuis son application. Un entrepreneur peut ainsi organiser un voyage pour lui-même, un collaborateur ou un invité externe, et retrouver ses réservations dans le même environnement que son compte.
À cette fonction de réservation s’ajoute un mécanisme de cashback pouvant atteindre 30 % sur les nuitées d’hôtel, selon les offres et les conditions applicables. Ce taux concerne l’hébergement et ne s’applique pas indistinctement à toutes les dépenses de voyage.
Pour une petite entreprise, le déplacement professionnel mobilise plusieurs tâches : rechercher un hébergement, réserver, payer et suivre la dépense. En intégrant une partie de ce parcours, Vivid cherche à élargir les occasions d’utiliser sa plateforme au-delà des opérations bancaires. Le cashback constitue un argument économique ; la réservation ajoute un service à un moment où l’entreprise engage une dépense.
Cette diversification pose aussi la question des partenaires avec lesquels construire l’offre française. De nouveaux partenariats dans le voyage pourraient être étudiés dans un second temps. La priorité reste l’écosystème entrepreneurial : « Notre axe est de développer pour vraiment s’inscrire dans le tissu entrepreneurial et économique français. »
Des assistants IA pour les tâches du quotidien
L’autre extension de la plateforme concerne les assistants IA. Vivid en propose trois, orientés vers l’assistance personnelle et administrative, les sujets juridiques et la gestion financière. Présentés comme des « employés digitaux », ils peuvent travailler sur des documents et disposent chacun d’une adresse e-mail : l’utilisateur peut leur transférer un message ou les inclure dans un échange pour leur confier une tâche.
Leur intérêt repose en partie sur leur proximité avec les informations de l’entreprise. Selon Vivid, ils peuvent exploiter les documents transmis et se connecter à des outils comme Google Drive ou Google Docs. L’objectif est de limiter les manipulations nécessaires pour passer d’une information à un travail préparatoire.
L’assistant financier, Emma, illustre plus directement le lien avec le compte professionnel. Il permet notamment de rechercher des transactions par montant, fournisseur ou membre de l’équipe, de résumer les dépenses et de repérer les coûts récurrents. Pour un dirigeant qui cherche à comprendre ce qu’il dépense auprès d’un prestataire ou à suivre ses abonnements, la proposition consiste à interroger ses données depuis la plateforme.
Julien Tarrisse insiste sur le périmètre de ces outils : « On reste sur des tâches quand même très basiques et très répétitives pour faire gagner du temps aux entrepreneurs et aux petites entreprises. » Il précise également qu’ils ne remplacent pas le conseil d’un expert-comptable, d’un consultant juridique ou d’un avocat. L’assistant prépare, recherche et synthétise ; les décisions et la vérification des éléments importants restent du ressort de l’utilisateur.
Ces services donnent une dimension supplémentaire au positionnement de Vivid auprès des indépendants et des petites équipes. La trésorerie répond à la question de l’argent disponible, le voyage d’affaires à celle des dépenses à organiser, et les assistants IA à celle du temps consacré à la gestion. En les réunissant autour du compte professionnel, Vivid cherche à devenir un point d’appui plus fréquent dans le fonctionnement de l’entreprise.
L’accélération française reposera donc autant sur la distribution que sur l’étendue de l’offre. Les partenariats locaux doivent faciliter son adoption dans un environnement où les entrepreneurs disposent déjà de leurs logiciels et de leurs habitudes. Le défi de Vivid sera de faire fonctionner cet ensemble de services de manière suffisamment cohérente pour que les clients les utilisent au-delà de l’ouverture du compte.

