SNCF Voyageurs a lancé une consultation autour du projet VIBES, pour “Virement Instantané, iBan et Encaissement Sécurisé”. L’objectif : acquérir une solution logicielle en mode SaaS permettant de gérer plusieurs moyens de paiement, avec deux périmètres identifiés : la gestion des prélèvements groupe d’une part, et les virements instantanés SEPA d’autre part.
Publié le 17 juin dernier, l’avis porte sur une procédure négociée. La date limite de candidature était fixée au 3 juillet 2026. La SNCF se réserve également le droit d’acquérir, en option, une prestation de réversibilité sortante sur chacun des lots.
Un sujet encore périphérique dans le mix paiement de SNCF Voyageurs
Pour SNCF Voyageurs, VIBES ne concerne pas le cœur du mix paiement. La carte reste très largement dominante dans les parcours d’achat de billets, en particulier sur les canaux digitaux.
“Ce n’est pas notre cœur de métier aujourd’hui. 90 % de nos paiements se font par carte. Là, on est sur une frange très particulière de paiements”, explique François Didiot, directeur adjoint de la Direction de la Stratégie et du Pilotage des Paiements de SNCF Voyageurs.
Mais le sujet est loin d’être marginal pour autant. Le prélèvement demeure un moyen de paiement structurant pour certaines typologies d’usage : échéances d’abonnement, paiements récurrents, offres à fréquence régulière ou parcours nécessitant une gestion plus fine dans le temps.
“Pour les échéances d’abonnement, le prélèvement reste la solution privilégiée par nos clients”, souligne François Didiot.
L’enjeu de l’appel d’offres est donc moins d’ajouter un moyen de paiement supplémentaire au checkout que de mieux industrialiser des flux déjà existants, souvent complexes à piloter dans la durée.
Prélèvement : mieux piloter les impayés et la fraude
SNCF Voyageurs travaille déjà avec une solution de marché sur le prélèvement. Comme pour d’autres marchés, la remise en concurrence intervient dans un cycle classique de cinq à six ans.
Mais cette nouvelle consultation traduit une ambition plus large : disposer d’une solution offrant un meilleur niveau de contrôle sur l’ensemble de la chaîne. Cela inclut notamment la gestion des prélèvements impayés, les processus de représentation, le suivi des rejets et la fraude sur ces canaux.
“Le fait d’avoir un autre catalogue d’offres, en tout cas en interne, une solution solide de gestion des prélèvements, et surtout un meilleur niveau de contrôle sur tous les processus de représentation des prélèvements impayés, le tracking des impayés et la gestion de la fraude sur ces canaux, va nous pousser à mettre un appel d’offres assez contraignant”, détaille François Didiot.
C’est un point important. Le prélèvement est souvent perçu comme un moyen de paiement installé, robuste, presque administratif. Mais pour un grand marchand comme SNCF Voyageurs, son pilotage opérationnel peut devenir stratégique dès lors qu’il touche des volumes significatifs, des abonnements ou des parcours clients récurrents.
Virement instantané : une alternative à construire, malgré Wero
Le second volet de VIBES porte sur les virements instantanés SEPA. Là encore, le sujet s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’évolution du paiement compte-à-compte en Europe.
L’arrivée de Wero change progressivement les perspectives du marché. SNCF Voyageurs regarde le sujet de près et pourrait accélérer dès 2027, notamment si les cas d’usage e-commerce se confirment.
“On va y aller très certainement dès 2027, sans attendre d’avoir vraiment un usage installé”, indique François Didiot.
Mais Wero ne répondra pas immédiatement à tous les besoins. Le virement instantané SEPA conserve donc un intérêt propre, en particulier pour les clients professionnels, les entreprises et certains parcours B2B.
“Sur cette partie B2B, il y a des questions assez fondamentales de droits d’accès aux comptes bancaires ou d’éléments de sécurisation et de KYC que l’on n’a pas dans une approche B2C ou issue du P2P de Wero”, analyse François Didiot.
Autrement dit, même si Wero pourrait devenir à terme un moyen de paiement compte-à-compte plus fluide côté grand public, SNCF Voyageurs doit aussi s’équiper pour traiter des cas d’usage que Wero ne couvrira pas nécessairement dès son lancement marchand.
“Que ce soit complémentaire ou en attendant Wero, c’est important qu’on ait quand même cette offre SCT Inst à notre catalogue pour pouvoir servir les besoins de tous nos clients”, ajoute François Didiot.
Des parcours de virement encore trop peu matures
Cette prudence tient aussi à l’état actuel du marché. Si le virement instantané progresse dans les discours, son usage marchand reste encore limité par l’expérience utilisateur.
“Les outils actuels sont loin d'être optimisés en termes de parcours. Le client ne comprend pas les demandes d’accès à ses comptes bancaires avec des messages mal adaptés à ce qu'il cherche à faire soit un paiement. Quoi qu'on en dise, les solutions actuelles ne sont vraiment pas mûres ”, estime François Didiot.
C’est précisément l’un des points sur lesquels Wero pourrait changer la donne, en apportant une expérience plus directement pensée pour l’utilisateur final. Mais pour SNCF Voyageurs, la temporalité opérationnelle impose de ne pas attendre uniquement le déploiement progressif du wallet européen.
“J’ai beaucoup d’espoir dans Wero parce que je pense qu’ils ont vraiment travaillé l’aspect IHM et expérience client. Mais à fin 2026, 100 % des cas ne seront pas traités sur Wero et 100 % des clients n’y auront pas accès. Il faudra donc quand même avoir d’autres solutions”, poursuit François Didiot.
Une quinzaine d’acteurs intéressés
La phase de candidature s’est clôturée début juillet. Selon François Didiot, environ une quinzaine d’acteurs auraient manifesté leur intérêt et signé un accord de confidentialité pour accéder au cahier des charges.
La diversité des répondants illustre bien l’état du marché. Le paiement compte-à-compte attire à la fois des acteurs historiques, qui cherchent à défendre leur rôle dans les flux bancaires, et des fintechs spécialisées, qui misent sur l’initiation de paiement, le pay-by-bank ou les nouveaux usages du virement instantané.
Le résultat de l’appel d’offres est attendu courant novembre, après réception des offres, sélection des candidats, soutenances, évaluation complète et finalisation contractuelle.
Un appel d’offres révélateur d’un mouvement plus large
VIBES intervient dans un moment particulier pour le marché européen des paiements. La carte reste dominante dans les usages, mais les grands marchands cherchent de plus en plus à structurer des alternatives solides : pour réduire certains coûts, mieux adresser les cas d’usage B2B, sécuriser les paiements récurrents ou gagner en maîtrise opérationnelle.
Le cas SNCF Voyageurs est intéressant précisément parce qu’il ne repose pas sur un effet d’annonce autour d’un nouveau moyen de paiement. Il montre un besoin plus profond : reprendre la main sur des flux parfois moins visibles que le paiement carte, mais essentiels dans la gestion quotidienne d’un grand marchand.
Pour les acteurs du prélèvement et du paiement compte-à-compte, VIBES pourrait devenir un marché de référence. Et pour SNCF Voyageurs, une étape supplémentaire dans la structuration de son architecture paiement hors carte.
