“Un wallet simple, rapide et sécurisé”, résume Philippe Duchêne, directeur marketing B2B et responsable Wallet chez Samsung France. Derrière cette promesse volontairement directe, Samsung cherche surtout à déplacer le sujet. Il ne s’agit plus seulement de permettre à un utilisateur de payer avec son téléphone, mais de faire de Samsung Wallet un portefeuille numérique capable d’agréger plusieurs usages : carte bancaire, carte de fidélité, titres de transport, billets, voire clés de voiture.
En France, le paiement mobile reste encore très associé à Apple Pay. Mais Samsung avance un autre argument : celui de la distribution. “Nous avons 19 millions de smartphones en France qui sont éligibles à Samsung Wallet”, indique Philippe Duchêne. L’application est installée par défaut sur les terminaux compatibles, ce qui donne à Samsung un point d’entrée déjà présent dans la poche de millions d’utilisateurs.
Un wallet installé par défaut, mais un usage à construire
Pour Samsung, le premier enjeu n’est pas l’acceptation technique du paiement mobile. Dans les faits, un utilisateur peut déjà enregistrer une carte bancaire dans Samsung Wallet, puis payer en magasin avec son smartphone ou sa montre connectée. “Vous avez juste à enregistrer votre carte de paiement. À partir du moment où votre carte est éligible, elle est enregistrée, vous pouvez commencer à l’utiliser”, explique Philippe Duchêne.
La promesse est celle d’un usage simple, presque réflexe. “Avec Samsung Wallet, vous pouvez faire des paiements juste avec un pouce au niveau du bas de votre téléphone. C’est très intuitif. Vous ouvrez votre wallet, vous payez, et c’est fait”, détaille-t-il.
Mais la disponibilité d’un service ne suffit pas à créer l’habitude. C’est tout l’enjeu du marché français, encore fortement attaché à la carte bancaire physique. “Les Français sont très habitués à l’usage de la carte bancaire. On est quand même les inventeurs de la carte à puce”, rappelle Philippe Duchêne.
Samsung doit donc composer avec un paradoxe : le wallet est déjà présent sur de nombreux appareils, mais son adoption dépend encore de la pédagogie, de la couverture bancaire et de la capacité à créer des usages répétés.
La couverture bancaire comme priorité
La première bataille de Samsung Wallet en France est bancaire. Le groupe revendique aujourd’hui une couverture d’environ 63 % du marché français, calculée à partir du nombre de cartes émises par les banques compatibles. L’objectif est d’aller beaucoup plus loin.
“À la fin de l’année, on sera au-delà des 80 %”, affirme Philippe Duchêne. “On est en train de finaliser les accords avec les grandes banques. On est en plein milieu des développements et des recettes. Tout va bien et on avance bien.”
Cette extension est déterminante. Sans compatibilité bancaire suffisante, Samsung Wallet reste mécaniquement limité dans son adoption. À l’inverse, plus les cartes compatibles sont nombreuses, plus le wallet peut devenir une option naturelle pour les utilisateurs de smartphones Galaxy.
“Les banques sont nos partenaires privilégiés. On les a tous les jours au téléphone”, poursuit Philippe Duchêne. “L’idée, c’est de faire en sorte que Samsung Wallet soit disponible partout.”
Selon Samsung, plusieurs grandes banques françaises sont déjà compatibles ou en cours d’intégration. Le groupe cite notamment BPCE, Crédit Agricole, La Banque Postale, Nickel, Boursobank mais aussi des acteurs de paiement et d’avantages salariés comme Edenred ou Swile.
CB, un levier clé pour convaincre les marchands
Au-delà de la couverture bancaire, Samsung insiste sur un autre sujet structurant pour le marché français : CB. Pour le groupe, l’intégration de CB dans Samsung Wallet est un levier essentiel pour accélérer l’adoption, notamment côté marchands.
“Les principaux marchands du marché nous demandent d’avoir l’acceptation CB”, explique Philippe Duchêne. “On travaille pour l’avoir et la développer.”
Le sujet est important. En France, CB reste une infrastructure centrale du paiement par carte. Pour les marchands, son intégration dans les wallets peut avoir des implications en matière de coûts, d’acceptation et d’alignement avec les habitudes locales. Samsung affirme avoir déjà une banque compatible CB et indique que les nouvelles banques intégrées cette année embarqueront CB nativement.
“Les banques avec qui on va travailler cette année intégreront CB aussi nativement”, précise Philippe Duchêne. Samsung a notamment annoncé en février 2026 un partenariat avec La Banque Postale, venant renforcer sa couverture bancaire sur le marché français et soutenir son objectif de dépasser les 80 % de cartes compatibles.
Samsung ne travaille pas seulement avec les banques. Le groupe veut aussi passer par les PSP pour faciliter l’activation de Samsung Pay chez les marchands. “Notre approche, c’est surtout d’aller voir les PSP, parce que ça facilite l’adoption. Ça généralise l’adoption de la fonctionnalité”, explique-t-il.
Cette stratégie reflète une réalité du marché : pour qu’un wallet se diffuse, il ne suffit pas qu’il soit disponible côté consommateur. Il faut aussi qu’il soit simple à proposer côté marchand, notamment dans les parcours e-commerce.
Du paiement au portefeuille numérique
La proposition de valeur de Samsung Wallet dépasse toutefois le paiement. C’est même l’un des points sur lesquels Samsung cherche à se différencier. Le wallet ne doit pas seulement remplacer la carte bancaire. Il doit devenir un espace où l’utilisateur retrouve plusieurs objets du quotidien.
“Vous pouvez aussi enregistrer votre carte de transport. Vous pouvez enregistrer vos cartes de fidélité. Vous pouvez aussi enregistrer vos billets d’avion, vos billets de train. Et vous pouvez également enregistrer vos clés de voiture”, détaille Philippe Duchêne.
Cette logique est centrale dans la stratégie de Samsung. Plus le wallet contient d’usages, plus il a de chances d’être ouvert régulièrement. Le paiement devient alors une brique parmi d’autres, mais une brique qui bénéficie de la fréquence créée par le reste de l’écosystème.
“Plus vous utilisez votre wallet pour stocker différents types d’informations, des informations de fidélité, des informations de paiement, des billets, plus vous allez l’utiliser”, observe Philippe Duchêne.
Samsung veut donc positionner Wallet comme un compagnon transactionnel du quotidien. L’utilisateur peut y entrer par la fidélité, puis ajouter une carte de paiement, puis y stocker des billets ou titres de transport. “Finalement, ça servira le reste des activités où il y aura un transactionnel commerce avec un marchand”, poursuit-il.
La mobilité comme cas d’usage structurant
S’il ne cite pas un secteur marchand unique comme prioritaire, Samsung identifie tout de même la mobilité comme un usage clé. Le groupe travaille notamment avec les acteurs du transport pour renforcer l’utilité quotidienne de son wallet.
“On peut parler de mobilité, bien évidemment, d’avoir le wallet pour faire sa journée complète, du lever au coucher, pour pouvoir prendre ses transports, taper son téléphone, puis après faire des achats, rentrer chez soi”, explique Philippe Duchêne.
L’enjeu est clair : si le wallet devient utile dès le début de la journée, par exemple pour prendre les transports, il augmente ses chances d’être utilisé ensuite pour payer un café, un repas ou des achats du quotidien.
“L’idée, c’est de continuer à être présent à tous les points d’interaction”, résume-t-il.
Ce positionnement fait de Samsung Wallet un outil moins vertical qu’un simple moyen de paiement. Il ne vise pas un secteur en particulier, mais une fréquence d’usage. “Le wallet est présent partout, et surtout dans votre poche. Il vous accompagne quelles que soient vos habitudes d’achat et de consommation”, souligne Philippe Duchêne.
Récompenser l’usage
Samsung cherche aussi à encourager l’adoption par un système de récompenses. Les utilisateurs peuvent cumuler des points lorsqu’ils réalisent des achats avec Samsung Wallet, puis les utiliser sur le site de Samsung.
“Plus vous faites d’achats avec Samsung Wallet, plus vous allez obtenir de points que vous pourrez consommer aujourd’hui sur le site de Samsung”, explique Philippe Duchêne.
Cette mécanique peut contribuer à renforcer la fréquence d’usage, mais elle ne constitue pas à elle seule la proposition de valeur du wallet. Pour Samsung, l’essentiel reste de créer un environnement suffisamment complet pour que l’utilisateur ait intérêt à revenir dans Wallet, au-delà du seul paiement.
Une bataille d’adoption plus que de technologie
Le défi de Samsung Wallet en France n’est donc pas uniquement technologique. Le groupe dispose déjà d’une base installée importante, d’une application préinstallée et d’une roadmap bancaire en cours d’élargissement. Mais la bataille se jouera sur la capacité à faire changer les habitudes.
“Il y a encore un ancrage qui peut être fort avec la carte bancaire”, reconnaît Philippe Duchêne. “Il y a aussi un enjeu d’adoption par les Français de l’usage du wallet et du digital.”
Dans un marché où Apple Pay a largement capté l’imaginaire du paiement mobile, Samsung ne cherche pas seulement à se présenter comme une alternative. Sa proposition repose plutôt sur l’idée d’un wallet plus large, pensé pour les utilisateurs de l’écosystème Samsung, capable de réunir paiement, fidélité, transport et services du quotidien.
La question est désormais de savoir si cette proposition peut transformer un outil déjà présent sur les smartphones en véritable réflexe d’usage.
“L’idée, c’est de faire en sorte que Samsung Wallet soit disponible partout”, résume Philippe Duchêne.
C’est peut-être là que se jouera la place de Samsung Wallet en France : non pas seulement dans sa capacité à permettre de payer, mais dans sa capacité à devenir assez utile pour que les utilisateurs pensent à l’ouvrir chaque jour.
