Partir de zéro pour tout refaire

En 2017, quand la plupart des fintechs cherchaient à contourner la réglementation bancaire pour proposer des services ciblés avec « le moins de licences possibles », Memo Bank a fait le choix exactement inverse. La startup a obtenu une licence d'établissement de crédit complète délivrée par la Banque de France - une première en France pour un acteur créé from scratch, et un cas rare à l'échelle européenne.

 Cette licence confère à Memo Bank les mêmes droits qu'une banque traditionnelle : dépôt, paiement et crédit. Mais l'ambition ne s'arrête pas là. Parallèlement, l'équipe a développé en interne l'intégralité de son core banking system, sans recourir à une solution sur étagère. Aujourd'hui, 100 % de la technologie est propriétaire, maintenue par les équipes internes, sans sous-traitance.

« On n'a pas acheté un core banking system sur étagère. On a créé notre propre système avec nos propres équipes. Et aujourd'hui, 100 % de notre technologie est propriétaire. » explique Jean Daniel Guyot.

Le paiement, parent pauvre de la banque traditionnelle

Derrière le choix fait par Memo Bank, une conviction forte : alors que le crédit devient une commodité sous l'effet de l’intelligence artificielle et de la démocratisation des données, le paiement devient un vrai terrain de différenciation.

Au fil des entretiens menés avec des centaines de banquiers avant la création de la banque, le fondateur a constaté une réalité récurrente : pour la plupart des acteurs traditionnels, « un bon banquier, c'est quelqu'un qui sait faire du crédit ». La gestion des paiements, elle, est reléguée au second plan, confiée à des filiales dédiées ou tout simplement négligée pour les PME.

Or, le monde a changé. Deux phénomènes ont profondément complexifié la donne pour les entreprises :

  • La globalisation des échanges, qui multiplie les formats, les devises et les contreparties ;

  • L'accélération des cycles, accentuée par la crise Covid, qui a rendu inacceptable tout délai de plusieurs jours dans les règlements.

Les entreprises européennes se sont massivement tournées vers des fintechs spécialisées - Stripe, Adyen, Mangopay, entre autres. « Ces acteurs n'auraient jamais dû exister si les banques avaient fait ce travail », estime Jean-Daniel Guyot, qui pointe une opportunité manquée par les établissements traditionnels, qui avaient pourtant toutes les cartes en main.

Face à ce retard structurel, l'ambition de Memo Bank est explicitement européenne : créer un acteur bancaire « sans couture » pour toute entreprise du continent qui veut gérer la complexité de ses paiements à grande échelle. Un enjeu de compétitivité que le fondateur juge urgent : les entreprises asiatiques s'appuient sur des banques nativement digitales, tandis que les acteurs américains bénéficient d'interlocuteurs capables d'opérer à l'échelle d'un continent - un avantage dont les PME européennes ne disposent pas encore.

780 clients, 3,5 milliards d'euros de flux mensuels

Aujourd'hui, Memo Bank compte 780 clients et traite de l'ordre de 3,5 milliards d'euros de flux par mois. La clientèle cible est les PME à forte intensité de paiements, ainsi que les acteurs régulés qui ont besoin d'une infrastructure bancaire robuste en coulisses.

Parmi les profils clients caractéristiques :

  • Des fintechs (établissements de paiement, de monnaie électronique, sociétés de financement) qui s'appuient sur Memo Bank comme banque de back-end ;

  • Des sociétés de gestion (asset managers) en pleine digitalisation, confrontées à une gestion massive de flux multi-souscripteurs ;

  • Des intermédiaires de flux (agences de gestion locative, acteurs du tiers payant en santé) qui gèrent des dizaines, voire des centaines de milliards d'euros annuels entre professionnels.

La valeur ajoutée se concentre sur plusieurs leviers opérationnels : réconciliation automatique des paiements, IBANs virtuels, accès illimité au virement instantané (Memo Bank se présente comme la première banque à l'avoir proposé sans surcoût), prélèvements en J+1, connectivité SEPA et SWIFT.

Au-delà des outils, c'est une approche systémique du BFR que propose Memo Bank. Chaque maillon de la chaîne de paiement est passé au crible : la réconciliation automatique des flux permet, à elle seule, de gagner 2 à 3 jours. Le virement instantané illimité élimine les délais d'attente côté fournisseurs, qui conditionnent de plus en plus le démarrage de production à la réception effective des fonds. Le prélèvement en J+1 accélère les encaissements. Résultat : des clients qui passent de 15 à 20 jours de BFR à un seul jour, une fois l'ensemble des leviers activés.

L'API au cœur du modèle

Il y a deux ans et demi, Memo Bank a franchi une étape structurante en ouvrant une API complète à ses clients. L'idée était dans les gènes de la banque dès le départ, mais sa mise en œuvre a demandé d'abord de construire toutes les briques bancaires fondamentales.

Aujourd'hui, cette API permet à n'importe quel client de « coder la banque » - c'est-à-dire d'intégrer directement les fonctionnalités de Memo Bank dans ses propres systèmes, d'automatiser ses flux de paiement, et de construire des parcours sur mesure. Cette capacité attire naturellement des entreprises dont le métier repose sur des volumes importants et une complexité opérationnelle élevée.

La prochaine étape, déjà en cours de développement, consiste à permettre à ces clients de développer leurs propres applications directement dans l'environnement Memo Bank : des mini-apps capables de déclencher des actions automatisées (notifications, intégrations système) en réponse à des événements bancaires en temps réel. L'architecture événementielle de la plateforme, conçue pour traiter n'importe quel événement instantanément et à grande échelle, rend ce scénario techniquement possible.

Le partenariat avec Google Cloud : excellence opérationnelle et IA

Memo Bank est une banque née dans le cloud. Pas de datacenter, pas de serveurs en propre - dès le départ, l'infrastructure est pensée pour être entièrement dématérialisée. Une approche pionnière dans le secteur bancaire, qui reflète l'ADN tech de son fondateur, ingénieur logiciel de formation, et d'une équipe dont près de la moitié des effectifs travaillent côté technologie.

Il y a deux ans, cette conviction se traduit par un choix structurant : migrer l'intégralité de l'infrastructure sur Google Cloud Platform. Une décision mûrement réfléchie, qui repose sur trois piliers:

  • L'excellence opérationnelle : Memo Bank n'a quasi aucun downtime à son actif depuis sa création. La fiabilité de l'infrastructure n'est pas un critère parmi d'autres - c'est une promesse faite à ses clients.

  • La conformité réglementaire : dans le secteur bancaire, choisir son partenaire cloud, c'est aussi choisir un garant de sa conformité. Memo Bank devait pouvoir auditer les systèmes de Google et garantir une conformité totale avec les réglementations bancaires, notamment DORA. Google a ouvert ses portes là où d'autres acteurs sont restés opaques.

  • L'accès à l'IA de pointe : Pour Jean-Daniel Guyot, Google reste l'un des acteurs les plus avancés sur les modèles de fondation - un critère décisif pour une banque qui a fait de l’intelligence artificielle un levier opérationnel central.

« Notre architecture événementielle, combinée à notre couche API et à nos capacités en intelligence artificielle, créée un avantage que les banques traditionnelles ne pourront pas répliquer demain - leur architecture est fondamentalement différente. Cela dit, l’intelligence artifiicelle reste une chance inespérée pour elles : elles vont pouvoir comprendre, et peut-être même refaire, des systèmes sur lesquels elles n'avaient plus d'ingénieurs. La bataille pour l'infrastructure bancaire de référence des PME européennes ne fait que commencer. »

Des cas d'usage concrets

En septembre dernier, Memo Bank a lancé Memo Bank Protect, son moteur anti-fraude propriétaire. Conçu pour aller au-delà des solutions standard du marché, il couvre à la fois la partie cartes et la gestion des flux SWIFT/SEPA. Sur des volumes de l'ordre de 3,5 milliards d'euros par mois, la détection de patterns anormaux en temps réel devient un enjeu critique, d'autant que la clientèle de Memo Bank, composée de fintechs et d'intermédiaires de flux, présente des profils de risque spécifiques. L'outil s'appuie sur les capacités IA de la plateforme pour identifier les anomalies et alerter instantanément, dans la logique événementielle qui structure l'ensemble de l'architecture.

Au quotidien, c'est Google Workspace qui structure le travail des équipes - avec un usage clé de NotebookLM. Pour une banque, la fiabilité de l'information est aussi critique que la fiabilité du système : impossible de prendre une décision de crédit ou de valider un dossier KYC sur la base d'une synthèse approximative. C'est précisément pour cette raison que Memo Bank a adopté NotebookLM : sa capacité à sourcer chaque information sans l'inventer en fait un outil de confiance pour la gestion documentaire et le renouvellement annuel des dossiers clients. Gemini vient compléter le dispositif pour l'analyse de volumes importants de documents : PDF, slides, bases de données internes.

Sur la couche GCP, c'est Vertex AI qui permet à Memo Bank d'aller plus loin : entraîner ses propres modèles, adaptés à ses cas d'usage spécifiques. La vérification automatique des liasses fiscales en est l'exemple le plus parlant : un processus que la banque doit réaliser pour l'ensemble de ses clients entreprises, chaque année, avec un niveau de fiabilité quasi parfait. L'OCR maison développé sur Vertex AI répond exactement à cette contrainte. Memo Bank vient par ailleurs d'accéder aux solutions agentiques de Gemini Enterprise, qu'elle commence à déployer sur ses processus internes.

Enfin, l'IA s'est aussi invitée dans la fabrique du produit lui-même. Aujourd'hui, 20 à 30 % du code produit par les équipes de développement est assisté par des agents - sur la correction de bugs et les améliorations incrémentales dans un premier temps. Une proportion encore modeste, mais que Memo Bank considère comme un plancher : la trajectoire est clairement à la hausse, à mesure que les outils gagnent en maturité et que les équipes en maîtrisent les contours.

La tokenisation, prochain front d'innovation

Parmi les chantiers à venir, Memo Bank suit de près l'essor de la tokenisation. La promesse : le paiement en temps réel adossé à des actifs tokenisés, avec une réconciliation instantanée entre la chaîne de blocs et les systèmes bancaires traditionnels. Dans ce schéma, la banque joue un rôle d'infrastructure critique : « il y a quand même de l'argent » derrière chaque transaction tokenisée, souligne le fondateur, et ce sous-jacent doit lui aussi fonctionner en temps réel. Memo Bank équipe déjà plusieurs acteurs de la tokenisation et considère ce segment comme un axe de croissance important dans les mois à venir.

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