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Laurent Darmon exerce une double mission au sein de Crédit Agricole SA. En tant que directeur Innovation et Nouvelles activités, il coordonne et supervise les initiatives innovantes menées au sein du groupe. Il pilote également le développement, et parfois la création, de nouvelles activités en lien avec la stratégie du Crédit Agricole.

C’est notamment le cas de Kolecto, dont il est président. La plateforme est née au sein de La Fabrique by CA, le start-up studio du groupe qu’il dirige également. Son ambition est de permettre aux professionnels et aux petites entreprises de gérer depuis une même interface leurs factures, leur pré-comptabilité, leur trésorerie et certains paiements.

À l’approche de la réforme de la facturation électronique, qui doit progressivement transformer les échanges entre entreprises, le Crédit Agricole entend ainsi rapprocher les outils de gestion et les services bancaires, sans pour autant gommer les différences entre les métiers de la comptabilité, de la trésorerie et du paiement.

Une convergence qui passe d’abord par les outils de gestion

La facturation électronique et la gestion de trésorerie relèvent historiquement de fonctions différentes dans les entreprises. La première est généralement pilotée par les directions comptables, tandis que la seconde dépend des trésoriers.

Le Crédit Agricole conserve donc des solutions distinctes selon les usages. EDI Advance est destiné à la gestion de trésorerie et s’adresse spécifiquement aux trésoriers. Pour la facture électronique, Doxallia propose notamment Invox IA, une solution qui s’appuie sur l’intelligence artificielle pour traiter et exploiter les documents.

L’IA intervient notamment dans la reconnaissance automatique des caractères, l’extraction des données utiles, leur intégration dans les systèmes d’information et l’automatisation d’un certain nombre de traitements documentaires. Elle permet également d’effectuer des recherches intelligentes dans les factures ou d’interroger les documents à partir des informations qu’ils contiennent.

« La facture électronique relève généralement des directions comptables, tandis que le cash management dépend des directions de trésorerie. Il s’agit donc de deux métiers distincts », explique Laurent Darmon, directeur Innovation et Nouvelles activités de Crédit Agricole SA.

Pour les grandes entreprises, cette convergence entre facture, trésorerie et paiement est généralement assurée par l’ERP, qui centralise les données et permet de connecter plusieurs modules spécialisés.

« L’ERP constitue le point central autour duquel viennent se connecter différents modules spécialisés. Lorsque Doxallia s’intègre à un ERP, elle participe déjà à cette convergence », poursuit-il.

Dans ce schéma, la banque ou la plateforme de facturation électronique ne remplace pas l’ERP. Elle vient compléter l’environnement existant en assurant les connexions avec les dispositifs réglementaires et les autres briques utilisées par l’entreprise.

Kolecto, une plateforme de gestion intégrée à l’offre bancaire

La problématique est différente pour les professionnels et les petites entreprises qui ne disposent pas nécessairement d’un ERP ou d’équipes dédiées à la comptabilité et à la trésorerie.

Kolecto a précisément été conçu pour cette cible. La plateforme rassemble dans une même interface des fonctionnalités de facturation, de pré-comptabilité, de suivi de trésorerie et de paiement. Chaque entreprise peut néanmoins choisir les modules correspondant réellement à son activité et à ses besoins.

« Les outils de gestion et de paiement font partie des besoins fondamentaux d’un professionnel. Notre stratégie est avant tout une stratégie d’utilité », souligne Laurent Darmon.

L’objectif est de proposer une solution suffisamment complète pour couvrir les opérations administratives et financières essentielles, tout en conservant une prise en main simple pour des entreprises qui ne disposent pas nécessairement de ressources spécialisées.

Fondée par Neila Choukri au sein de La Fabrique by CA, Kolecto est aujourd’hui une filiale détenue à 100 % par le groupe Crédit Agricole. La société est également immatriculée comme plateforme agréée dans le cadre de la réforme de la facturation électronique.

La solution est désormais directement intégrée aux forfaits de banque au quotidien proposés aux professionnels par les Caisses régionales. LCL a adopté une approche comparable au début de l’année avec son offre LCL Pro.

Cette intégration s’inscrit dans une réorganisation plus large de l’offre bancaire du groupe. Crédit Agricole proposait auparavant plusieurs offres distinctes, parmi lesquelles Eko Pro, une formule entièrement digitale, l’offre traditionnelle commercialisée en agence et Propulse by Crédit Agricole.

Le groupe a revu cette architecture afin de mieux répondre aux attentes de ses différentes catégories de clients professionnels. La gamme repose désormais sur cinq forfaits plus simples et plus lisibles, dans lesquels les services de gestion sont directement intégrés, alors qu’ils étaient auparavant proposés séparément.

« Nous avons créé cinq forfaits plus simples, plus transparents, dans lesquels les services de gestion sont désormais directement intégrés », précise Laurent Darmon.

Cette évolution doit également permettre d’harmoniser les offres entre les différents réseaux du groupe. Le Crédit Agricole affiche une ambition de 150 000 nouveaux clients professionnels chaque année.

Doxallia cible les grandes entreprises, les ETI et les éditeurs

Pour les grandes entreprises et les ETI, le rôle de Doxallia consiste notamment à assurer la connexion entre leurs systèmes internes et le dispositif public de facturation électronique.

Ces entreprises disposent généralement d’un ERP ou d’outils développés en interne, mais pas nécessairement de l’infrastructure permettant de se raccorder à l’annuaire et aux mécanismes prévus par la Direction générale des Finances publiques.

Doxallia assure cette connexion et le respect des normes définies par l’administration. La filiale intervient déjà dans plusieurs domaines liés à la gestion documentaire et aux échanges numériques. Elle gère notamment la production de communications physiques et digitales pour les Caisses régionales, LCL et Crédit Agricole Assurances.

Son activité couvre également la gestion électronique de documents, l’archivage, la vérification d’identité à distance ou encore les processus de KYC. Doxallia accompagne par ailleurs des acteurs de taille comparable au Crédit Agricole dans des secteurs comme les mutuelles, les télécommunications ou l’énergie.

La plateforme a été dimensionnée pour traiter potentiellement plusieurs centaines de millions de factures. Elle peut être choisie directement comme plateforme agréée par une grande entreprise, une ETI ou un éditeur de logiciels.

« Un client, qu’il s’agisse d’une grande entreprise, d’une ETI ou d’un éditeur de logiciels, peut choisir Doxallia comme plateforme agréée ou conserver la liberté d’en sélectionner une autre sur le marché », précise Laurent Darmon.

Kolecto et Doxallia ne s’adressent donc ni aux mêmes volumes ni aux mêmes profils. Doxallia cible des organisations disposant déjà de systèmes structurés, tandis que Kolecto doit pouvoir servir plusieurs centaines de milliers de professionnels à travers une interface plus proche des usages de la banque de détail.

Les deux entités partagent néanmoins certaines briques technologiques. Kolecto s’appuie notamment sur plusieurs actifs développés par Doxallia pour assurer le traitement et la circulation des factures.

Une approche affinitaire selon les secteurs d’activité

Le groupe considère que les besoins diffèrent non seulement selon la taille de l’entreprise, mais également selon son secteur d’activité.

Kolecto doit donc progressivement proposer des fonctionnalités adaptées à des métiers particuliers. L’agriculture constitue l’un des exemples mis en avant par Laurent Darmon. Dans ce secteur, l’auto-facturation est une pratique fréquente : l’acheteur peut être amené à établir lui-même la facture au nom de son fournisseur.

La plateforme développe donc des fonctions spécifiques pour répondre à ce type d’usage. Cette approche affinitaire doit permettre d’éviter une offre uniforme qui ne tiendrait pas compte des pratiques administratives propres à chaque profession.

Kolecto conserve une base commune centrée sur la facturation, la pré-comptabilité, la trésorerie et les paiements, mais certaines fonctionnalités peuvent varier selon le métier exercé par l’entreprise.

De la facture au paiement, puis au financement

Kolecto permet à une entreprise d’émettre ses factures, de recevoir celles de ses fournisseurs, de consulter ses soldes bancaires et de réaliser des virements.

La plateforme peut consolider les comptes détenus dans plusieurs banques et proposer progressivement une vision prévisionnelle de la trésorerie. Une entreprise peut ainsi visualiser ses encaissements, ses décaissements et l’évolution attendue de sa position financière.

Lorsqu’elle connecte également son logiciel de paie, Kolecto peut intégrer les futurs décaissements liés aux salaires. Ces informations viennent enrichir la projection de trésorerie en ajoutant des charges connues à l’avance.

« Nous proposons aujourd’hui des prévisions à un horizon d’un mois et nous allons étendre cette capacité sur plusieurs mois », indique Laurent Darmon.

Les factures peuvent déjà être réglées directement depuis la plateforme. L’utilisateur habilité peut initier un paiement depuis l’un des comptes qu’il a préalablement connectés, y compris lorsque ce compte est détenu auprès d’un autre établissement bancaire.

À terme, Kolecto doit également servir de point de départ pour proposer d’autres services financiers du groupe lorsqu’un besoin concret apparaît.

« L’objectif est d’accompagner le client dans la gestion de son activité puis, lorsque cela est pertinent, de lui proposer les services bancaires adaptés, comme l’affacturage », explique Laurent Darmon.

Une entreprise confrontée à une tension ponctuelle de trésorerie ou souhaitant être réglée avant l’échéance d’une facture pourrait ainsi se voir proposer une solution de financement adaptée à sa situation.

Cette logique s’appuie sur une meilleure compréhension des flux, mais elle suppose que l’entreprise accepte explicitement le partage des informations nécessaires.

Près de 750 connecteurs pour s’intégrer aux outils existants

Kolecto est présenté comme une plateforme tout-en-un, mais ce « tout-en-un » reste relatif. Les entreprises continuent d’utiliser de nombreux logiciels spécialisés : outils de paie, solutions comptables, logiciels métiers ou plateformes utilisées par leur expert-comptable.

La solution dispose donc d’environ 750 connecteurs pour échanger avec ces différents systèmes.

« Nous considérons que Kolecto constitue une sorte de système d’exploitation de la gestion administrative et financière des entreprises », affirme Laurent Darmon.

De nouveaux connecteurs sont développés en fonction des logiciels utilisés par les clients. Lorsqu’un outil manque à l’écosystème, les équipes de Kolecto peuvent construire l’intégration correspondante afin d’élargir progressivement le périmètre de la plateforme.

La logique se rapproche de celle d’un ERP, mais avec un champ fonctionnel plus ciblé. Un ERP couvre généralement les stocks, la production, les achats, les ressources humaines et de nombreux autres processus. Kolecto se concentre principalement sur la gestion administrative et financière.

La plateforme peut néanmoins récupérer certaines données issues des logiciels métiers. Elle peut par exemple importer le catalogue de produits d’une entreprise au moment de la création d’une facture, afin d’éviter une ressaisie manuelle.

Elle met également à disposition un annuaire des clients et des fournisseurs. L’objectif est de constituer un environnement suffisamment connecté pour que l’entreprise puisse gérer ses opérations sans multiplier les doubles saisies et les rapprochements manuels.

Le conseiller bancaire n’accède pas aux données par défaut

L’utilisation des données constitue un point central du positionnement de Kolecto. Le conseiller bancaire n’a aucun accès par défaut aux informations présentes sur la plateforme. Une entreprise doit explicitement accepter le partage de certaines données avant qu’elles puissent être transmises à une entité du groupe proposant, par exemple, une solution d’affacturage.

« Notre objectif n’est pas d’utiliser Kolecto comme un outil de prospection commerciale », insiste Laurent Darmon.

L’entreprise reste également libre de connecter ou non ses comptes Crédit Agricole ou LCL. Elle peut ajouter des comptes détenus dans d’autres établissements et agréger l’ensemble de ses positions bancaires.

Lorsqu’un utilisateur dispose des habilitations nécessaires, il peut initier un paiement depuis l’un des comptes connectés. Kolecto s’appuie pour cela sur les mécanismes d’agrégation et d’initiation de paiement issus de la DSP2, ainsi que sur les technologies de Linxo, filiale du groupe.

Cette ouverture permet à Kolecto de proposer une vision globale de la trésorerie, indépendamment de la banque dans laquelle les comptes sont détenus.

« Plus les données sont regroupées dans la plateforme, plus les analyses et les services proposés gagnent en pertinence », résume Laurent Darmon.

Le principe affiché reste toutefois celui du consentement. L’exploitation des données pour proposer un service bancaire ne doit intervenir que lorsqu’un besoin a été identifié et que l’entreprise a accepté de partager les informations correspondantes.

« Kolecto, c’est la banque de demain »

Avec Kolecto, le Crédit Agricole ne souhaite plus limiter la relation bancaire à la gestion d’un compte, à l’octroi d’un financement ou à la réalisation d’un paiement.

Le groupe veut progressivement intégrer ses services dans les outils utilisés quotidiennement par les professionnels pour piloter leur activité. La banque devient ainsi moins visible comme interface autonome, mais davantage présente au sein des parcours de gestion, de facturation et de trésorerie.

Cette stratégie traduit une évolution plus large du rôle des établissements bancaires. En s’intégrant aux logiciels utilisés par les entreprises, ils peuvent intervenir plus tôt dans l’identification des besoins et proposer des services plus contextualisés.

Le défi consiste toutefois à trouver un équilibre entre la pertinence des services proposés, l’ouverture à des comptes et logiciels tiers et la maîtrise de l’utilisation des données.

« Nous investissons très fortement dans cette convergence entre les outils de gestion et les services bancaires. Nous sommes dans une transformation profonde de l’industrie bancaire. Kolecto n’est pas une innovation isolée : c’est la banque de demain. », conclut Laurent Darmon.

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