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Nous allons assister au cours des prochains mois à l’avènement du commerce agentique. Les premiers paiements entièrement gérés par des agents IA ont été réalisés, et les principaux obstacles en vue d’une adoption massive sont davantage d’ordre juridique que technique.

La principale question qui demeure concerne l’acceptation de cette évolution par les consommateurs : jusqu’où sont-ils prêts à déléguer leur pouvoir d’achat à des IA ? 

Pour tenter d’y répondre, la fintech Checkout.com, spécialisée dans les infrastructures de paiement, a mené une vaste étude, interrogeant 12 005 consommateurs dans six pays, dont 2 002 en France.

Plusieurs enseignements peuvent en être tirés. Premièrement, les Français sont intéressés par cette nouvelle forme de commerce, mais exigent des garanties. Car confier son portefeuille à des agents IA ne va pas sans risque et nécessite une dose importante de confiance. 

Guillaume Chiloux, Head of Sales France chez Checkout.com, estime que cette confiance sera justement la clé du passage de l’expérimentation à l’adoption à grande échelle. Il revient pour Paiement.fr sur les principaux enseignements de l’étude. 

22 % des Français prêts à déléguer une partie de leurs achats

Une première chose à retenir est que les Français anticipent déjà, pour une partie d’entre eux, l’émergence du commerce agentique. Près d’un sur quatre (22 %) estime qu’au moins 10 % de ses achats seront réalisés par un agent IA au cours des douze prochains mois. Un niveau proche de ceux observés aux États-Unis (22 %) et au Royaume-Uni (23 %), mais inférieur à la moyenne mondiale, qui atteint 33 %.

Dans le même temps, la France se distingue par un niveau de méfiance élevé. 41 % des personnes interrogées déclarent ne faire confiance à aucune organisation pour gérer un agent d’achat IA, contre 27 % au niveau mondial. Surtout, 35 % affirment qu’elles ne délégueront jamais leurs achats à une intelligence artificielle.

Pour Guillaume Chiloux, cela s’explique avant tout par un besoin de garanties. Ce, d’autant que les consommateurs français ont l’habitude d’évoluer dans un environnement où leurs droits sont précisément encadrés : droit de rétractation, garantie légale ou encore protection des données personnelles avec le RGPD.

« Il faut savoir ce que l’agent va pouvoir acheter, pendant combien de temps, auprès de quels marchands, et avoir des garanties visibles », explique Guillaume Chiloux. « Cette prudence peut devenir un facteur d’adoption durable plus qu’un obstacle par la suite. »

Il résume ainsi la différence avec les États-Unis : « Les États-Unis vont peut-être définir la vitesse d’adoption du commerce agentique, là où la France pourrait définir les paramètres de confiance. »

Cette méfiance initiale n’est d’ailleurs pas propre au commerce agentique. Guillaume Chiloux compare le processus à l’arrivée du paiement sans contact. « Avant de devenir un réflexe, il a fallu, transaction après transaction, que le consommateur comprenne qu’il gardait la main », rappelle-t-il. Le commerce agentique nécessitera selon lui un apprentissage comparable.

Jusqu’à 180 euros sans validation supplémentaire

La prudence affichée des Français ne les empêche pas d’être prêts à accorder une autonomie déjà significative aux agents. En moyenne, les personnes interrogées accepteraient qu’une IA dépense 180 euros par achat sans validation supplémentaire.

Cette délégation reste toutefois conditionnée à plusieurs garde-fous : 34 % souhaitent pouvoir fixer un plafond par achat, 33 % révoquer une autorisation de paiement et 26 % disposer d’une procédure simple d’annulation ou de remboursement. Côté professionnels, 75 % des marchands interrogés considèrent la révocation des autorisations en temps réel comme déterminante pour une adoption à grande échelle.

« Il faut transformer une promesse en expérience concrète, avec derrière un mandat clair, un plafond, une révocation immédiate, le fait de pouvoir annuler ou être remboursé », estime Guillaume Chiloux. Selon lui, les montants délégués pourraient augmenter à l’avenir, « à mesure que les consommateurs accumuleront des expériences fiables ».

L’autonomie accordée aux agents devrait également devenir plus contextuelle. Plutôt qu’un plafond unique, l’utilisateur pourrait définir ce que son IA est autorisée à acheter selon le montant, le type de produit, le marchand ou la fréquence des transactions. 

Guillaume Chiloux établit ici un parallèle avec la DSP2 : « Au-delà d’un certain montant, certains systèmes basculent vers une vérification supplémentaire, avec une authentification plus forte. » Une logique similaire pourrait permettre à l’agent de réaliser seul les achats courants, tout en exigeant une validation pour les transactions plus sensibles.

Comment garder le contrôle sur les achats de son IA ?

Pour fonctionner à grande échelle, il ne suffira pas qu’une IA soit capable de sélectionner un produit et de transmettre des informations de paiement. L’infrastructure devra également permettre de prouver que l’agent était bien autorisé à effectuer l’opération.

« Côté consommateur, il y a trois briques : un mandat, avec un montant, une catégorie, une fréquence, qui définit ce que l’agent a le droit de faire ; un consentement vérifiable à chaque transaction ; et la révocation immédiate de l’accès », détaille Guillaume Chiloux. Le paiement agentique devrait donc transporter davantage d’informations qu’une transaction traditionnelle. Elle devra permettre d’identifier qui a autorisé la transaction, avec quelle limite et à quel moment. 

Cette complexité devrait toutefois rester invisible pour le consommateur. Les transformations les plus importantes auront lieu entre les agents, les marchands, les prestataires de paiement, les réseaux et les banques.

Des agents qui pourraient fragiliser la fidélité aux marques

L’autre bouleversement concerne la fidélité aux marques. 43 % des Français accepteraient qu’un agent IA délaisse leur marque habituelle s’il trouve un meilleur rapport qualité-prix. Le gain de temps constitue également une motivation pour 24 % des répondants, tandis que 16 % y voient un moyen de ne pas passer à côté d’une meilleure offre.

En effet, là où un consommateur peut privilégier une enseigne par habitude ou renoncer à comparer des dizaines d’offres, un agent peut effectuer cette recherche presque instantanément. Pour Guillaume Chiloux, cela ne signifie pas pour autant que la fidélité aux marques est amenée à disparaître, mais que celles-ci devront faire davantage d’efforts pour mériter d’être choisies. Il pointe également le fait que 57% des Français préféreraient rester fidèles à la marque qu’ils ont choisie au départ. 

Cette nouvelle concurrence va aussi obliger les marchands à rendre leurs offres parfaitement lisibles par les agents IA. « Le sujet, ce n’est pas de manipuler ces agents, c’est vraiment de fournir des informations qui soient exactes, précises, structurées et actualisées : produits, prix, livraison, retours et conditions de vente », explique Guillaume Chiloux.

Checkout.com veut préparer les marchands aux différents protocoles

Pour Checkout.com, un enjeu majeur est de rendre cette nouvelle infrastructure de paiement utilisable par les commerçants. Plusieurs protocoles sont actuellement développés pour permettre aux agents IA d’interagir avec les plateformes de vente et les systèmes de paiement. Les grands réseaux de cartes travaillent eux aussi sur leurs propres solutions, à l’image de Mastercard, avec lequel Checkout.com collabore sur ces sujets.

La fintech veut ainsi simplifier au maximum l’adoption par les marchands. « Notre rôle, c’est vraiment d’avoir une orchestration capable de fonctionner dans cet environnement fragmenté, sans obliger le marchand à reconstruire son intégration à chaque nouveau protocole », explique Guillaume Chiloux.

L’enjeu consiste également à faire circuler davantage d’informations entre agents, prestataires de paiement, réseaux de cartes et banques : identité de l’agent, mandat accordé par le consommateur ou encore niveau d’authentification requis. Checkout.com travaille notamment avec Mastercard et Visa afin que les autorisations puissent être gérées au niveau du réseau de paiement, et pas seulement par la plateforme de l’agent.

Car le principal défi n’est déjà plus de démontrer qu’un agent IA est capable de réaliser un paiement. Il faut désormais gérer les situations où la transaction ne suit pas le scénario idéal : refus, authentification supplémentaire, annulation, remboursement, révocation ou litige.

Le commerce agentique reste pour l’heure marginal. Les agents IA ne représenteraient que 3 % des transactions selon les commerçants interrogés par Checkout.com. Mais 89 % d’entre eux déclarent déjà se préparer à leur montée en puissance.