Spécialiste des paiements pour les commerçants et les banques, Worldline adapte ses infrastructures aux achats réalisés par des agents IA. Le groupe se prépare à une transformation des parcours d’achat qu’il compare à l’arrivée d’Internet ou du smartphone.
Une nouvelle interface pour acheter
Capables de rechercher un produit, de comparer des offres et d’initier un achat, les agents IA transforment le parcours commercial. « Demain, ceux qui vont faire des transactions, ce ne sera plus vous, ce ne sera plus moi : ce sera un agent qui va agir en votre nom », explique Thibault Pelé, directeur de l’innovation et des nouveaux produits chez Worldline Financial Services.
Lors d’une présentation dans le centre d’innovation et d’expérience de Worldline, à La Défense, il a dressé les grandes lignes de la stratégie de l’entreprise en matière de commerce agentique, évoquant notamment les défis auxquels il est confronté.
Thibault Pelé distingue deux évolutions majeures : celle qui concerne les moyens de paiement, avec par exemple l’usage des stablecoins et les échanges entre agents, et celle des interfaces utilisées pour acheter. Les sites marchands sont en effet entrés dans une phase de transformation profonde, puisqu’ils doivent désormais être lisibles par les agents.
« Il y a encore trente ans, on payait surtout directement chez le marchand. Puis il y a eu l’avènement d’Internet, qui a transformé l’expérience : on a développé l’e-commerce », rappelle-t-il. Après le mobile, l’IA introduit une nouvelle étape : « Ce n’est pas un rail de paiement : derrière le commerce agentique, c’est vraiment un agent qui va initier une transaction. »
Worldline a ainsi entrepris une petite révolution, en adaptant l’ensemble de son offre à ce nouveau paradigme. « Je dois réutiliser des produits existants et être sûr qu’ils soient compatibles avec les nouveaux protocoles et les nouvelles technologies », explique Thibault Pelé.
Un chantier conséquent
Cette adaptation à l’IA agentique concerne aussi bien les solutions destinées aux marchands que les services fournis aux banques. « Aujourd’hui, c’est toute la stack produit qu’on met à jour », indique Thibault Pelé.
Si Worldline ne communique ni budget ni effectif consacré au projet, le responsable évoque « un investissement conséquent ». Il couvre en effet l’évolution des plateformes, de nouvelles infrastructures et l’expérimentation avec les partenaires. « On est sur un marché qui est très mouvant, qui change beaucoup », précise Thibault Pelé.
Ces développements sont réalisés par les équipes qui conçoivent et exploitent déjà les services de Worldline. « C’est vraiment les systèmes de production et les équipes cibles », insiste Thibault Pelé.
Un autre défi consiste à continuer à garantir un niveau de sécurité élevé à l’ère du commerce agentique. Les outils antifraude devront également notamment intégrer les particularités des paiements déclenchés par des agents.
Afin d’anticiper au mieux les risques, des transactions ont déjà été réalisées en production avec ING et Mastercard en juin, puis avec ING et Visa en juillet.
En France, une expérimentation avec le Crédit Agricole et Mastercard a consisté à demander à un agent IA de rechercher un festival et d’acheter un billet sur Weezevent après confirmation explicite du client.
Intégrer plusieurs protocoles
Pour fonctionner, les agents IA doivent échanger avec les systèmes des marchands et des prestataires de paiement. Plusieurs protocoles ouverts organisent ces échanges : UCP pour les produits et le parcours d’achat, AP2 pour les autorisations de paiement, et MCP pour l’accès des applications IA aux outils et aux données. « C’est vraiment plus une structuration, c’est un peu un langage de communication », explique Thibault Pelé.
Worldline a annoncé le 14 septembre dernier un module compatible avec UCP sur sa plateforme Global Collect. Ses serveurs MCP permettent également aux agents d’accéder à des fonctions de paiement et de remboursement.
Mais le groupe veut rester compatible avec plusieurs standards : « Notre rôle, de manière générale, n’est pas spécifiquement de favoriser un protocole. », commente Thibault Pelé.
Worldline entend aussi contribuer à l’évolution des standards en commentant les spécifications proposées, notamment pour faire remonter les besoins du marché européen.
La sécurité, clé de l’adoption
Actuellement, une proportion importante des consommateurs se montre méfiante à l’idée d’autoriser un agent IA à effectuer des paiements en leur nom. Dans ce contexte, proposer un niveau de sécurité maximal constitue une obligation.
Pour sécuriser l’achat, il faut vérifier à la fois ce que le consommateur a autorisé et l’agent qui agit pour lui. Les instructions du client, comme le produit recherché et le budget maximal, sont consignées dans un mandat. « C’est un peu le contrat entre vous et l’agent », résume Thibault Pelé. Les systèmes de paiement doivent vérifier que cette autorisation vient bien du consommateur et en conserver une trace en cas de contestation.
Worldline travaille parallèlement sur le « Know Your Agent », un dispositif destiné à vérifier qui fournit l’agent et comment il fonctionne. « L’agent qui vient communiquer avec le système du marchand, ce n’est pas n’importe quel agent », souligne le responsable. Ces vérifications viennent compléter les contrôles antifraude, tandis que les traces de l’autorisation et de la transaction permettent de déterminer où une erreur s’est produite.
Mais la priorité reste pour l’heure les parcours avec validation humaine, tout en préparant une délégation plus autonome.
Les banques au cœur de cette évolution
Le commerce agentique redistribue les rôles entre banques, réseaux de paiement et plateformes IA. Si Visa et Mastercard ont pris de l’avance dans le développement des infrastructures, Worldline estime que les acteurs européens ont encore une carte à jouer. «
Le paiement reste quand même une industrie qui est très locale, avec des spécificités, notamment sur le marché européen », rappelle Thibault Pelé.
Le groupe défend une approche où la banque émettrice conserve la maîtrise de l’autorisation du paiement et un rôle central dans la protection du consommateur. « En Europe, les banques ont quand même un poids très important comme acteurs de confiance », souligne le responsable.
Worldline échange notamment avec Cartes Bancaires, avec qui des démonstrations ont été réalisées pour recueillir les réactions des utilisateurs. L’authentification bancaire y occupait une place centrale : même lorsque l’agent avait préparé la commande, le client confirmait son achat dans un environnement familier.
Ces expérimentations préparent également des achats plus autonomes, fondés sur une autorisation donnée en amont. Pour l’heure, ces scénarios se heurtent encore à des aspects réglementaires plutôt que techniques. Leur déploiement nécessitera notamment de clarifier les conditions de la délégation et la responsabilité de chaque acteur en cas d’erreur.

