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Dans un avenir proche, commander un billet d'avion ou une paire de chaussures de sport pourrait se faire sans intervention humaine, grâce à des agents d'intelligence artificielle capables de prendre en charge l'intégralité du parcours d'achat, de la recherche du produit au paiement.

Cette évolution pousse les acteurs historiques du paiement à repenser leurs infrastructures. Mastercard entend ainsi jouer un rôle central dans ce nouvel écosystème, en s’appuyant sur sa longue expérience et en restant fidèle à ses standards. 

Nous voulons continuer à offrir une expérience toujours plus fluide, automatisée et sans friction, alors que l'arrivée des agents IA introduit un nouvel acteur dans la chaîne de paiement”, explique Aymeric Harmand, vice-président Security Solutions pour l'Europe. “Chez Mastercard, nous considérons l'intelligence artificielle davantage comme une évolution que comme une révolution.”

Sécuriser les paiements sans sacrifier la fluidité

Aujourd'hui, un utilisateur peut déjà communiquer son numéro de carte bancaire à un agent comme ChatGPT ou Claude afin d'effectuer certaines opérations. Le problème n'est donc pas de rendre le paiement possible, mais de créer un cadre sécurisé permettant aux banques et au réseau Mastercard d'avoir confiance dans l'agent.

Cela soulève une question fondamentale : quel doit être le rôle de l'agent dans la chaîne des paiements ? Que doit-il apporter ? Et surtout, quelles garanties devons-nous mettre en place pour conserver le niveau de sécurité attendu d'un paiement Mastercard ?”, s’interroge Aymeric Harmand. 

Pour répondre à ces enjeux, Mastercard a notamment développé Agent Pay, une plateforme qui repose sur trois priorités : identifier les agents IA de confiance, garantir le consentement du consommateur et assurer l'interopérabilité des systèmes.

Le premier pilier de cette stratégie repose sur le concept de “Know Your Agent”, qui vise à établir un cadre de référence pour les agents IA. Ces derniers devront respecter un ensemble de critères définis par Mastercard afin d’être identifiés comme conformes aux exigences du réseau en matière de sécurité, de fiabilité et de respect des instructions du consommateur. “L'objectif est notamment de donner davantage de garanties aux banques émettrices, qui pourront ainsi vérifier qu'une transaction a été initiée par un agent répondant à des standards reconnus avant de l'autoriser”, précise Aymeric Harmand.

Le deuxième pilier porte sur le consentement du consommateur. Dans un modèle où un agent pourra effectuer des achats de manière autonome, il devient essentiel de pouvoir démontrer qu'une transaction correspond bien à la demande initiale de l'utilisateur. Mastercard souhaite ainsi être en mesure de conserver une preuve de cette intention d'achat afin de faciliter la gestion d'éventuels litiges, tout en laissant au consommateur la maîtrise des actions réalisées par son assistant.

Enfin, Agent Pay comprend un volet consacré à l'interopérabilité entre les agents IA et les commerçants, un chantier sur lequel Mastercard concentre une grande partie de ses travaux.

Au-delà de ces trois piliers, Mastercard considère la sécurité comme la condition indispensable à l'adoption du commerce agentique. “Lorsqu'un consommateur ou un commerçant voit le logo Mastercard, il s'attend à bénéficier d'un haut niveau de protection. Le paiement agentique nous permet déjà d’entrevoir une expérience de paiement considérablement plus fluide. Le véritable enjeu consiste désormais à lui apporter le niveau de sécurité et de confiance nécessaire à son adoption à grande échelle”, rappelle Aymeric Harmand. 

Pour répondre à cet enjeu, le groupe entend mettre son expertise en cybersécurité et en lutte contre la fraude au service des agents IA, en leur fournissant des informations sur le niveau de confiance des commerçants avant l'exécution d'un paiement.

Construire une infrastructure ouverte pour tout l'écosystème

Le succès du commerce agentique dépendra également de sa capacité à être adopté à grande échelle. “Notre objectif est de développer des solutions globales capables de permettre à des commerçants partout dans le monde d'accepter les moyens de paiement Mastercard”, explique Aymeric Harmand.

Pour y parvenir, l'entreprise s'appuie sur des standards internationaux existants, comme EMVCo, qui définit les principaux standards des paiements par carte, et FIDO, utilisé pour l'authentification sécurisée. Mastercard travaille également avec son réseau de partenaires (banques, fintechs, acteurs technologiques et commerçants), afin de définir les usages futurs du commerce agentique.

Un autre enjeu consiste à permettre l'accès à ce nouveau marché au plus grand nombre de marchands. Alors que des acteurs comme OpenAI ou Google développent chacun leur propre protocole, les commerçants risquent d'être contraints de multiplier les intégrations techniques. Mastercard souhaite au contraire proposer une couche d'interopérabilité commune.

Nous travaillons actuellement sur la création de protocoles et d'interfaces qui faciliteront l'intégration entre les différents agents IA et les commerçants” explique Aymeric Harmand. “L'idée est de créer une couche d'abstraction permettant aux marchands de s'interfacer une seule fois avec notre infrastructure, puis d'accéder à un large éventail d'agents compatibles”. 

Un point essentiel pour Mastercard est en effet de préserver le choix du consommateur. “Nous voulons que chacun puisse choisir librement son agent IA, tout comme son commerçant, sans être limité par une incompatibilité entre les différents écosystèmes”, insiste Aymeric Harmand. 

Enfin, pour les commerçants, l’enjeu principal est d’être choisi par des agents IA, la seule visibilité sur Google ne suffisant plus.

Les premiers tests ouvrent la voie aux premiers déploiements

Après plusieurs pilotes menés en Europe, Mastercard est désormais entré dans une nouvelle phase de développement du commerce agentique. Le groupe a ainsi réalisé au mois de juin la première transaction du genre en France, en partenariat avec le Crédit Agricole, Worldline et Weezevent. Cette démonstration a consisté en l'achat d'un billet de festival par un agent d'intelligence artificielle, afin de valider le fonctionnement de l'ensemble de la chaîne de paiement dans un environnement sécurisé.

Cette expérimentation s'inscrivait dans une stratégie de déploiement progressive, destinée à construire les briques technologiques nécessaires pour que les paiements initiés par des agents IA offrent le même niveau de sécurité, de fiabilité et de protection qu'une transaction Mastercard classique.

Cette première transaction constitue avant tout un apprentissage”, explique Aymeric Harmand. “Elle nous permet de comprendre ce que représente concrètement le commerce agentique, comment il peut s'intégrer dans un environnement sécurisé et quelles adaptations restent nécessaires”.

Le pilote français faisait suite à une première expérimentation menée avec ING aux Pays-Bas. Ces projets ont permis à Mastercard de tester différents scénarios de paiement agentique avant d'élargir progressivement les expérimentations à des environnements impliquant plusieurs commerçants, une étape indispensable avant une commercialisation à plus grande échelle.

En parallèle, le groupe poursuit ses travaux afin d'inscrire cette nouvelle génération de paiements dans un cadre conforme aux principales réglementations. “C'est un sujet historique chez Mastercard”, explique Aymeric Harmand. “Plusieurs réglementations récentes ont profondément marqué notre secteur, notamment le RGPD, la DSP2 et, plus récemment, l'AI Act européen”. 

Nous assistons ainsi à la mise en place d’un nouveau paradigme. Les fondations du commerce agentique se mettent progressivement en place, et le mouvement devrait accélérer au cours des mois à venir. Trente ans après l’émergence d’internet et des marketplaces, le commerce est entré dans une nouvelle ère.

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