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L’objectif : fiabiliser l'accès aux données et, à terme, les paiements de compte à compte. Jean Guillaume, son CEO, détaille cette stratégie et ses ambitions européennes.

Malgré les progrès de l'open banking, les problèmes de connexion entre banques et services financiers constituent encore un problème majeur. Ils peuvent en effet avoir des conséquences importantes, comme un paiement bancaire qui n'aboutit pas ou une application financière qui ne parvient plus à récupérer les données d'un compte. 

Powens, une fintech franco-espagnole spécialisée dans les infrastructures de paiement et l'accès aux données bancaires, veut y répondre avec la Connector Agentic Factory, une intelligence artificielle conçue pour créer et réparer des connecteurs bancaires.

« L'agent est capable de réparer un connecteur en quinze minutes et de créer un nouveau connecteur de zéro en moins d'une heure », explique Jean Guillaume, CEO de Powens, à Paiement.fr. Il s’agit d’un gain de temps considérable, puisqu’auparavant ces opérations nécessitaient généralement quatre à cinq jours de travail, voire jusqu'à trois semaines dans les cas les plus complexes.

Des connexions bancaires qui tombent encore trop souvent en panne

Le rôle de Powens est central dans le fonctionnement de l'open banking, qui permet à des applications et services financiers de communiquer directement avec les banques. Il peut s’agir d’une application de gestion de budget qui récupère automatiquement les transactions de plusieurs comptes bancaires, ou d’un commerçant qui propose à ses clients de payer directement depuis leur banque.

Mais dans la pratique, ces connexions ne fonctionnent pas toujours correctement. « Les API des banques, et c'est malheureusement encore vrai aujourd'hui, ne fonctionnent pas très bien », constate Jean Guillaume. Cela s’explique par de nombreux facteurs, tels que des connexions indisponibles, des données erronées ou encore des interruptions de service. 

De plus, toutes les données financières ne sont pas accessibles via ces API. Pour récupérer certaines informations sur l'épargne, les investissements ou le crédit, les acteurs comme Powens doivent encore recourir au web scraping, une technique qui consiste à extraire directement les informations des sites des établissements financiers. Dans ce cas, une simple modification de ces sites peut suffire à interrompre la connexion.

Assurer le fonctionnement de ses services constitue ainsi un véritable défi pour Powens, qui doit ainsi maintenir en permanence pas moins de 2 000 connecteurs bancaires, qui nécessitent en moyenne deux réparations par an. Cela représente près de 4 000 interventions annuelles, jusqu'ici réalisées par des développeurs. « Ce sont des humains derrière qui réparent tout ça. Ils sont excellents, mais c'est très difficile à scaler », souligne Jean Guillaume.

Une IA qui reproduit le travail des développeurs

Pour développer sa Connector Agentic Factory, Powens a travaillé pendant douze mois en s'appuyant sur Claude, le modèle d'intelligence artificielle d'Anthropic, mais aussi sur ses propres technologies. « On a un framework propriétaire qui est un peu notre recette Coca-Cola », explique Jean Guillaume.

L'agent a été adapté à cette architecture pour suivre les étapes d'un développeur : comprendre un incident, analyser les journaux techniques, proposer une correction et la tester. Il peut aussi contribuer à étendre un connecteur existant lorsqu'un établissement lance un nouveau produit.

L'agent peut ainsi soumettre une correction en seulement quinze minutes, avec une pertinence quasi parfaite. « Dans près de 99 % des cas, la review par un humain ne trouve rien à modifier à ce que l'agent a proposé », affirme Jean Guillaume. Près de la moitié des tickets de réparation sont aujourd'hui pris en charge par l'agent, alors que les corrections font encore l'objet d'une revue humaine systématique.

Powens insiste également sur la sécurité de son dispositif, précisant que l'IA n'accède pas directement aux données financières des utilisateurs.

Le Pay by Bank, une offre à destination des PSP

Au-delà de l’accès aux données, Powens propose également des solutions de paiement de compte à compte, ou account-to-account (A2A). Ces solutions permettent de transférer directement de l'argent entre deux comptes bancaires, sans passer par les réseaux de cartes traditionnels. C'est notamment le principe du Pay by Bank, qui permet à un consommateur de régler un achat en autorisant un virement depuis son application bancaire.

Sur ce segment, la fiabilité dépend de l’ensemble de la chaîne. Powens peut garantir la qualité et la réactivité de ses propres connecteurs, notamment grâce à la Connector Agentic Factory. La disponibilité et la performance des API mises à disposition par les banques restent en revanche du ressort de ces dernières. 

C'est un marché sur lequel Powens souhaite renforcer sa présence. L'entreprise ne propose pas principalement ses solutions aux commerçants, mais aux prestataires de services de paiement (PSP), qui peuvent ensuite les intégrer à leurs propres offres. Elle leur fournit plusieurs technologies permettant de transférer de l'argent directement entre comptes bancaires, notamment le Pay by Bank et le prélèvement SEPA.

« La carte va rester ultra-dominante, mais on essaie de proposer des solutions alternatives », explique Jean Guillaume. Le dirigeant voit notamment des opportunités dans les abonnements et les paiements récurrents, pour lesquels ces solutions pourraient représenter une alternative aux paiements par carte.

Des gains de qualité plutôt que des économies immédiates

Comme l’explique Jean Guillaume, le développement de son propre agent IA va permettre à Powens de réaliser des économies sur la maintenance, mais surtout d’améliorer la qualité de ses services et de développer de nouvelles fonctionnalités. Le dirigeant cite ainsi l'exemple d'un connecteur spécialisé dans la récupération de données relatives aux lettres de change. Grâce à une maintenance plus efficace, le taux de conversion des parcours utilisant cette connexion serait passé d'un peu moins de 50 % à près de 90 %.

« Le gain de productivité, on ne l'a pas transformé en économie, on l'a transformé en augmentation de l'activité », explique Jean Guillaume. En consacrant moins de temps aux opérations de maintenance, les développeurs peuvent se concentrer sur l'amélioration des infrastructures, l'enrichissement des données et le développement de nouveaux services.

La Connector Agentic Factory pourrait également soutenir l'expansion internationale de Powens. En effet, reproduire dans un nouveau pays la couverture bancaire développée en France et en Espagne représentait jusqu’à présent un investissement considérable. « Il y a deux ans, vous m'auriez dit de répliquer la même chose en Allemagne, je vous aurais dit : bien sûr, mais donnez-moi dix millions », raconte Jean Guillaume. Mais grâce à l'automatisation, l'entreprise pense pouvoir limiter considérablement ses dépenses techniques. L'Allemagne figure ainsi parmi ses principaux objectifs pour 2027.

Le dirigeant de Powens évoque également un enjeu de souveraineté. Face à la concurrence de l'américain Plaid, Jean Guillaume estime nécessaire de faire émerger quelques grands acteurs européens capables d'investir massivement dans la cybersécurité, la conformité et la fiabilité de leurs infrastructures.

Une technologie qui pourrait favoriser les paiements agentiques

Powens se prépare également à l’essor des paiements agentiques. Pour que des agents d'intelligence artificielle effectuent des transactions pour le compte d'un utilisateur, il est nécessaire de mettre en place des connexions bancaires fiables et sécurisées, ce qui est précisément le cœur de métier de l’entreprise.

Si les usages grand public sont encore en train de se dessiner, Jean Guillaume entend bien être au rendez-vous. “Les usages vont se préciser, et quand le marché sera mûr, nous serons prêts: notre infrastructure permet déjà à des agents d’initier des paiements de manière sécurisée et encadrée”, assure-t-il. 

Il voit par ailleurs un potentiel immédiat pour les entreprises, qui vont pouvoir, par exemple, automatiser le règlement de factures ou programmer certaines opérations financières. Powens compte ainsi accompagner cette évolution en mettant ses infrastructures de paiement à disposition des prestataires spécialisés et, potentiellement, des agents d'IA à travers des serveurs MCP, qui permettent à ces derniers d'interagir avec des services externes. L'entreprise estime notamment que le Pay by Bank pourrait être adapté à ces nouveaux usages, grâce aux mécanismes d'autorisation et de contrôle proposés par les banques.