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ClearBank pose ses valises en France. La banque britannique, lancée en 2016 au Royaume-Uni, a ouvert un bureau à Paris dans le cadre de son expansion européenne. Après avoir obtenu une licence bancaire aux Pays-Bas en 2024, ClearBank Europe veut désormais accélérer son développement auprès des fintechs, banques, établissements de paiement et grands comptes du continent.

Le choix de Paris n’est pas anodin. Pour ClearBank, la France concentre à la fois un écosystème fintech dense, de grands acteurs financiers et un marché où les besoins d’infrastructure bancaire restent importants. Le bureau parisien servira aussi de hub pour l’Europe du Sud et de l’Ouest, avec la France, l’Italie, l’Espagne, Malte, Chypre et le Portugal pilotés depuis la capitale. “Nous appelons ClearBank la banque des fintechs”, résume Hanane Bidari, en charge du développement en Europe du Sud depuis Paris. Derrière la formule, l’ambition est claire : devenir le partenaire bancaire de ceux qui ne veulent pas reconstruire toute la tuyauterie du paiement.

ClearBank cible en priorité les fintechs, établissements de paiement, banques et corporates qui veulent accéder plus rapidement aux rails européens. Au-delà de SEPA et Target2, la banque veut aussi se positionner sur les besoins de trésorerie, de multi-devises, de paiement instantané et de stablecoins régulés.

Une banque B2B pour faire tourner les rails

ClearBank ne vient pas en France avec une offre grand public. Son terrain de jeu est celui de l’infrastructure. Comptes, clearing, règlement, accès aux schémas de paiement, intégration API, gestion de trésorerie, rails SEPA, Target2 et paiement instantané : la banque veut prendre en charge la partie invisible du paiement pour permettre à ses clients de se concentrer sur leur propre produit.

Nous faisons le heavy lifting derrière la scène”, explique Tristan Kirchner, CEO de ClearBank Europe. “Nous voulons être connus pour notre capacité à faire fonctionner le clearing, les comptes et les mouvements d’argent. Nous sommes un acteur B2B. Notre rôle est de nous assurer que les rails fonctionnent très bien.

Cette approche place ClearBank dans un espace de marché particulier. L’entreprise ne se positionne pas comme un PSP classique, ni comme un simple acteur de Banking-as-a-Service. Elle met en avant sa licence bancaire complète, qui la différencie d’acteurs titulaires d’une licence d’établissement de monnaie électronique. Dans un marché français où Swan, Okali, Xpollens, Powens, Treezor ou encore certaines verticales logicielles développent leurs propres briques financières, ClearBank veut se distinguer par une promesse d’infrastructure bancaire de bout en bout.

L’enjeu est particulièrement sensible pour les fintechs et établissements de paiement. Beaucoup cherchent à réduire leur dépendance aux banques historiques, à gagner en rapidité d’intégration et à disposer d’une vision plus claire de leurs flux. “Le besoin le plus urgent vient des fintechs qui veulent sortir de la logique des banques traditionnelles et accéder à une solution API-driven, facile à intégrer, avec des connexions immédiates aux rails de paiement européens”, explique Hanane Bidari.

Paris comme point d’entrée vers l’Europe du Sud

Depuis Paris, ClearBank pilotera la France, l’Italie, l’Espagne, Malte, Chypre et le Portugal. Ce choix traduit une lecture très européenne du marché. ClearBank ne veut pas simplement ouvrir une antenne commerciale en France. Le bureau parisien doit devenir un point d’ancrage pour accompagner des clients locaux, comprendre les spécificités réglementaires et développer des relations avec l’écosystème.

La banque compte aujourd’hui environ 50 personnes en Europe et 780 au Royaume-Uni. Son bureau parisien démarre avec une équipe resserrée, mais ClearBank prévoit de le faire grandir au rythme de sa base clients. “Avec la France, nous voulons avoir des équipes sur le terrain, qui connaissent le paysage du paiement, l’environnement bancaire, qui parlent la langue et comprennent les défis locaux”, explique Tristan Kirchner.

Le groupe revendique environ 280 clients au total entre le Royaume-Uni et l’Europe. Côté européen, ClearBank indiquait être passé de 21 clients fin 2025 à 40 clients au printemps 2026, avec l’objectif d’en ajouter une vingtaine supplémentaire d’ici la fin de l’année. Une partie importante de cette croissance doit venir des marchés couverts depuis Paris.

Cette trajectoire reste encore très britannique dans ses volumes. ClearBank a indiqué avoir atteint 17,8 milliards de livres de dépôts l’an dernier, mais l’essentiel de l’activité reste encore généré au Royaume-Uni. L’Europe représente aujourd’hui une part minoritaire du business, avec l’ambition de monter rapidement en puissance à mesure que les clients européens sont onboardés.

Une alternative aux banques historiques

L’arrivée de ClearBank en France intervient dans un contexte particulier. Les fintechs françaises ont gagné en maturité, mais leur rapport aux banques partenaires reste souvent complexe. Les acteurs régulés doivent composer avec des exigences de conformité élevées, des besoins de ségrégation des fonds, des problématiques de clearing et une fragmentation des rails selon les pays.

Pour ClearBank, cette complexité crée une opportunité. L’entreprise estime que de nombreux acteurs ne veulent plus gérer plusieurs partenaires pour accéder aux comptes, au règlement, aux schémas de paiement et aux services de trésorerie. “La question que l’on entend partout est la même : comment éviter de travailler avec trop d’intermédiaires ? Comment intégrer plus facilement ? Comment s’assurer que l’API fonctionne ? Comment retirer la complexité liée aux différents schémas de paiement ?”, explique Tristan Kirchner.

La France est aussi un marché très bancaire. Les grands groupes français disposent de banques solides, de réseaux historiques et d’acteurs très installés dans le paiement. Mais c’est précisément dans les interstices que ClearBank veut se faire une place : fintechs en croissance, acteurs pré-régulés, établissements de paiement, plateformes qui cherchent à internaliser certaines briques financières, entreprises ayant des besoins de trésorerie plus sophistiqués ou de paiement transfrontalier.

En arrivant en France, ClearBank entre dans un marché où son positionnement reste encore relativement nouveau, mais où les besoins auxquels la banque répond sont déjà bien identifiés. Pour les fintechs, établissements de paiement et plateformes régulées, la question n’est plus seulement d’accéder à une banque partenaire, mais de trouver une infrastructure capable d’accompagner leur croissance, leurs exigences de conformité et leur développement européen. C’est précisément sur ce terrain que ClearBank entend se faire une place.

Stablecoins, multi-devises et paiement instantané

ClearBank arrive aussi sur le marché français avec un positionnement qui dépasse le seul accès aux rails bancaires classiques. La banque a annoncé une offre multi-devises et avance sur les actifs numériques régulés, notamment via son partenariat avec Circle. L’objectif : connecter l’infrastructure bancaire traditionnelle aux stablecoins comme EURC et USDC pour des usages institutionnels.

Le sujet est clé : dans les paiements transfrontaliers et la trésorerie, les stablecoins sont de plus en plus présentés comme une solution pour réduire les délais, limiter les intermédiaires et améliorer la disponibilité des fonds. ClearBank y voit deux cas d’usage prioritaires : le cross-border et la gestion de trésorerie.

Le stablecoin est le prochain chapitre de croissance, notamment sur les paiements transfrontaliers et la trésorerie”, explique Tristan Kirchner. “Aujourd’hui, dans beaucoup de cas, les opérations restent liées aux horaires bancaires. Avec les stablecoins, la liquidité peut passer de plusieurs jours à quelques minutes.”

ClearBank ne veut pas pour autant se positionner comme un acteur crypto grand public. Son approche est institutionnelle et régulée. La banque insiste sur le besoin de pédagogie auprès de ses clients. Pour beaucoup d’entreprises, le mot crypto recouvre encore des réalités très différentes. L’enjeu est donc de distinguer les actifs volatils des stablecoins régulés, adossés à des monnaies fiduciaires et utilisés comme rails de règlement.

La facture électronique comme cas d’usage indirect

Un autre sujet ressort des échanges français de ClearBank : la facture électronique. La banque ne souhaite pas devenir plateforme de dématérialisation partenaire. Elle ne veut pas se positionner sur la partie fiscale, ni sur l’accréditation. En revanche, elle considère que la généralisation de la facture électronique peut créer de nouveaux besoins d’infrastructure autour du compte, du paiement et de la réconciliation.

La logique est simple : si les entreprises structurent davantage leurs flux de facturation, elles auront aussi besoin de mieux connecter l’émission de facture, l’encaissement, le mouvement d’argent et la donnée de paiement. ClearBank veut donc travailler avec des partenaires spécialisés sur la facture électronique, tout en apportant la couche bancaire et paiement.

Pour nous, ce qui manque souvent dans la solution, c’est la question des comptes, du mouvement d’argent et de l’intégration avec le système de paiement”, explique Tristan Kirchner. “C’est là que nous pouvons apporter de la valeur.

Ce positionnement illustre la stratégie plus large de ClearBank : ne pas chercher à couvrir toute la chaîne applicative, mais devenir la brique bancaire qui permet aux éditeurs, fintechs ou plateformes de construire leurs propres cas d’usage.

Un marché français entre maturité et recomposition

L’arrivée de ClearBank en France dit aussi quelque chose du marché. Après plusieurs années d’émergence fintech, l’écosystème entre dans une phase plus mature. Les acteurs se consolident, les exigences réglementaires augmentent et les coûts d’infrastructure deviennent un sujet central. Dans ce contexte, les fintechs ne cherchent plus seulement à lancer vite. Elles cherchent aussi à opérer proprement, à réduire les dépendances, à sécuriser leur conformité et à optimiser leurs coûts.

ClearBank pense que les 18 à 24 prochains mois pourraient être structurants. La consolidation du secteur, la pression sur les coûts, les exigences de conformité, MiCA, AMLA, la facture électronique et le développement du paiement instantané créent un terrain favorable à des acteurs d’infrastructure.

La banque ne prévoit pas d’acquisition en France à court terme. Sa stratégie reste organique. “Nous pensons qu’il y a suffisamment d’opportunités pour servir les clients existants et déployer nos produits”, explique Tristan Kirchner. Le groupe garde toutefois “l’esprit ouvert” à plus long terme.

Pour l’heure, ClearBank doit surtout réussir un double pari : se faire connaître dans un écosystème français où les infrastructures bancaires restent souvent peu visibles, et convaincre que son modèle peut apporter plus de rapidité, de lisibilité et de contrôle aux acteurs du paiement.

Derrière l’ouverture d’un bureau parisien, c’est donc une bataille plus large qui s’ouvre. Celle des banques d’infrastructure. Des acteurs qui ne cherchent pas forcément à être visibles du client final, mais qui veulent devenir indispensables à tous ceux qui construisent les nouveaux services financiers.

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