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Defacto veut changer d’échelle. La fintech française, spécialisée dans le financement court terme des PME, a déposé une demande d’agrément d’établissement de crédit auprès de l’ACPR et de la BCE. Une étape structurante pour l’entreprise, qui souhaite préparer son expansion européenne après avoir consolidé son modèle en France.

Fondée en 2021 par Jordane Giuly, Morgan O’Hana et Marc-Henri Gires, Defacto s’est positionnée sur un segment encore largement sous-adressé : le financement du besoin en fonds de roulement des PME. Depuis son lancement, l’entreprise revendique plus de 20 000 PME financées et 1,5 milliard d’euros de volume cumulé.

Une expansion européenne après la preuve du modèle français

L’annonce intervient à un moment particulier pour Defacto. La fintech ne se lance pas en Europe dans une logique de croissance à tout prix. Elle le fait après avoir démontré la viabilité de son modèle en France, sur plusieurs dimensions : les produits, les canaux d’acquisition, le refinancement, la gestion du risque et l’efficacité opérationnelle.

Si on se lance comme ça à l’international, c’est qu’on est très confiants sur notre capacité à atteindre la rentabilité”, souligne Charlotte Gounot, Directrice Générale Déléguée de Defacto.

Depuis cinq ans, Defacto a construit une infrastructure de crédit multi-produits et multi-canaux. L’entreprise distribue ses offres en direct auprès des PME, via des partenaires prescripteurs, mais aussi en marque blanche ou en intégration API avec des plateformes, fintechs, logiciels B2B et établissements financiers.

Cette approche lui permet de ne pas dépendre d’un seul canal d’acquisition. Elle lui donne aussi un positionnement particulier sur le marché : celui d’une infrastructure de crédit capable de s’intégrer dans des environnements existants, sans chercher à devenir le compte principal de l’entreprise.

La rentabilité devient ici un signal stratégique. Defacto indique approcher du point d’équilibre, après avoir construit un modèle automatisé, assis sur la donnée et l’IA, avec une équipe restée volontairement compacte. Dans un marché du financement plus exigeant, où les conditions de refinancement et la maîtrise du risque sont redevenues centrales, cette trajectoire compte autant que la croissance des volumes.

Defacto Connect, l’autre moteur du modèle

Au-delà de son activité en direct auprès des PME, l’un des actifs clés de Defacto est Defacto Connect, son infrastructure de financement embarqué. L’idée : permettre à des acteurs qui disposent déjà de la relation client — fintechs, plateformes B2B, marketplaces, logiciels de gestion ou établissements financiers — d’intégrer des produits de financement court terme dans leurs propres parcours.

C’est un point important dans la stratégie européenne de Defacto. La fintech ne cherche pas à remplacer les banques, les PSP ou les logiciels métiers. Elle se positionne plutôt comme une brique spécialisée, capable d’apporter du financement là où les entreprises travaillent déjà : dans leur outil de facturation, leur plateforme métier, leur logiciel de trésorerie ou leur environnement bancaire.

Ce positionnement peut devenir un avantage dans un marché où beaucoup d’acteurs financiers cherchent à enrichir leurs offres sans nécessairement construire eux-mêmes toute l’infrastructure de crédit. Pour une banque, une fintech ou un éditeur B2B, intégrer une solution comme Defacto peut permettre d’ajouter une offre de financement à moindre coût opérationnel, tout en s’appuyant sur un acteur déjà régulé et spécialisé.

Le modèle bancaire comme avantage

Defacto n’annonce pas l’obtention d’un agrément bancaire, mais le dépôt d’un dossier auprès des superviseurs. La nuance est importante. L’entreprise est déjà agréée comme société de financement en France, un statut qui l’assujettit à une partie importante des exigences applicables aux acteurs du crédit.

La demande déposée vise désormais un agrément d’établissement de crédit. Pour Defacto, l’enjeu n’est pas de devenir une banque de détail ou de proposer des comptes de paiement. L’objectif est de disposer d’un cadre européen permettant de financer des entreprises sur plusieurs marchés, tout en accédant potentiellement à de nouvelles sources de refinancement.

Ce choix traduit une conviction forte de l’entreprise : dans le crédit, la réglementation n’est pas seulement une contrainte. Elle peut devenir un avantage compétitif.

Le modèle bancaire n'est pas un frein à la croissance, mais l’une de ses conditions. L'IA est au cœur de notre modèle de crédit, de notre scoring, de notre façon de construire des produits. Mais l'IA ne remplace pas un agrément, ni des années de mise en place d’un cadre sain. Dans le crédit, innovation et compliance vont de pair”, explique Jordane Giuly, cofondateur et CEO de Defacto.

Une réponse aux enjeux d’efficacité des banques

Le sujet est aussi celui de la coût-efficience. Defacto met en avant un modèle très automatisé, construit autour de la donnée, de l’IA et de processus digitalisés sur l’ensemble de la chaîne de valeur. L’objectif est de réduire le coût opérationnel du financement court terme, un sujet central pour les banques traditionnelles.

Avec nos processus complètement automatisés et digitalisés, on permet à des banques de déployer des produits de manière extrêmement coût-efficiente”, avance Charlotte Gounot.

Cette logique commence déjà à se matérialiser dans les partenariats de Defacto avec des acteurs bancaires. En France, la fintech travaille notamment avec Société Générale sur la distribution de ses solutions de financement court terme auprès des entreprises. Le partenariat illustre l’un des axes possibles du modèle : permettre à une banque de proposer plus facilement une offre de financement du BFR à ses clients, sans devoir reconstruire toute l’infrastructure technologique et opérationnelle en interne.

Dans un contexte de consolidation bancaire européenne, les établissements financiers cherchent à améliorer leur productivité, à réduire leurs coûts d’exploitation et à mieux servir des segments de clientèle parfois difficiles à rentabiliser. Le financement des petites entreprises en fait partie : les besoins sont fréquents, les montants peuvent être limités et l’analyse de risque nécessite souvent un accès rapide à la donnée.

C’est précisément là que Defacto veut se positionner. La fintech ne prétend pas prendre plus de risque que les banques. Elle cherche plutôt à opérer le crédit de manière plus automatisée, plus rapide et plus efficace. Ce modèle peut lui permettre d’adresser directement certaines PME, mais aussi de devenir un partenaire technologique pour des banques qui souhaitent enrichir leur gamme de financement sans supporter toute la complexité opérationnelle.

Désormais, l’enjeu est autant commercial qu’industriel. Pour Defacto, les premiers partenariats bancaires permettent de valider la capacité du modèle à s’intégrer dans des réseaux de distribution existants. Pour les banques, ils ouvrent une piste pour adresser plus finement les besoins de trésorerie des PME, avec une approche plus digitale et plus réactive que les circuits traditionnels.

Allemagne et Belgique, deux marchés prioritaires

Sous réserve de l’obtention de son agrément, Defacto entend cibler en priorité l’Allemagne et la Belgique. Deux marchés jugés proches de la France sur plusieurs dimensions : délais de paiement B2B, besoin de financement du cycle d’exploitation, poids des PME et existence d’un marché de l’affacturage déjà structuré, mais qui ne couvre pas tous les besoins.

Pour autant, l’approche commerciale ne devrait pas être identique dans les deux pays.

En Belgique, on va plutôt utiliser une approche referral broker. En Allemagne, on pense plutôt utiliser l’approche Connect et Corporate pour le go-to-market”, détaille Charlotte Gounot.

En Belgique, Defacto pourrait donc s’appuyer davantage sur un modèle de prescription et de brokers. Le marché belge est plus intermédié, avec des entreprises qui passent plus volontiers par des partenaires locaux pour accéder à des solutions de financement. Le canal referral, déjà utilisé en France avec des experts-comptables, cabinets de DAF à temps partagé ou prescripteurs financiers, pourrait donc y jouer un rôle central.

En Allemagne, l’approche pourrait être plus orientée vers l’embedded finance. Le pays dispose d’un écosystème dense de banques, de logiciels B2B, de fintechs et de plateformes verticales. Defacto pourrait donc y privilégier les intégrations via Defacto Connect et les partenariats avec des acteurs déjà installés dans les workflows des PME.

Cette différenciation est importante. Elle montre que l’expansion européenne ne repose pas uniquement sur un passeport réglementaire. Elle suppose aussi une adaptation fine des canaux de distribution aux habitudes locales de financement.

Le BFR, un sujet européen

Le choix de l’Europe n’est pas anodin. Le financement du besoin en fonds de roulement reste un point de tension pour de nombreuses PME. En France, Defacto estime que l’encours de BFR représente environ 800 milliards d’euros, dont une part importante demeure encore à adresser.

Le sujet dépasse largement le marché français. Délais de paiement, besoin de trésorerie, accès au crédit court terme, financement des factures : ces problématiques concernent une grande partie du tissu économique européen. Pour Defacto, elles constituent un terrain d’expansion naturel.

Nous avons démontré la pertinence de nos produits et de notre modèle en France. Le dépôt de notre dossier auprès de l’ACPR et de la BCE marque une étape importante. Notre ambition est de déployer nos solutions à l'échelle européenne, en s’appuyant sur ce que nous avons construit ces dernières années au plan technologique et commercial, mais aussi prudentiel et financier”, souligne Charlotte Gounot.

Une étape de maturité pour le financement embarqué

Le dépôt de cette demande d’agrément intervient dans un moment particulier pour le marché. Les fintechs de financement doivent démontrer leur solidité dans un contexte de taux plus exigeant et de refinancement plus sélectif. Les banques, elles, cherchent à moderniser leurs offres tout en améliorant leur efficacité opérationnelle.

Pour Defacto, l’enjeu est donc double. D’un côté, obtenir un cadre réglementaire lui permettant d’opérer plus largement en Europe. De l’autre, montrer qu’un acteur technologique du crédit peut construire un modèle durable, compatible avec les attentes des superviseurs, des investisseurs et des partenaires bancaires.

C’est probablement là que se joue la portée de l’annonce. Le sujet n’est pas seulement l’expansion géographique d’une fintech française. Il est aussi celui de la maturité du financement embarqué en Europe. Après plusieurs années marquées par l’innovation produit et l’intégration API, la prochaine étape pourrait être prudentielle : capacité à porter le risque, à refinancer les volumes, à piloter la conformité et à démontrer une rentabilité opérationnelle.

Avec cette demande d’agrément, Defacto tente de se positionner sur cette ligne de crête : rester une infrastructure technologique, tout en assumant les exigences d’un acteur régulé du crédit.

 

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