This website uses cookies

Read our Privacy policy and Terms of use for more information.

Une facture ne commence pas au moment de son émission. En amont, il faut identifier un fournisseur, convenir de conditions commerciales, valider une dépense, parfois rapprocher une commande d’un contrat. En aval, il reste à payer, affecter un encaissement, rapprocher les données et suivre leurs effets sur la trésorerie. Pour les équipes financières, cette succession d’opérations forme un même dossier. Dans leurs systèmes d’information, elle reste souvent répartie entre plusieurs logiciels.

C’est dans cet espace, entre les outils et les étapes d’une transaction, que s’est développée Flowie. Fondée à Paris en 2022 par Yann Ravel-Sibillot et Rémi Legorrec, la fintech a conçu une plateforme destinée à coordonner les opérations financières et achats, en s’appuyant sur les systèmes déjà utilisés par les entreprises.

Le 1er octobre, Sovos annonce son acquisition. Le spécialiste de la conformité fiscale entend associer les agents d’intelligence artificielle de Flowie à sa connaissance des réglementations internationales. Avec une ambition qui dépasse la circulation des factures : intervenir sur le déroulement d’une opération, depuis son déclenchement jusqu’à son traitement comptable, fiscal et financier.

Le montant de l’acquisition n’est pas communiqué.

Une finance encore organisée autour d’outils séparés

L’histoire de Flowie part d’un problème familier aux directions financières : disposer de nombreux outils ne garantit pas que les opérations s’enchaînent correctement.

Les ERP centralisent une partie des données de l’entreprise. Autour d’eux, des applications spécialisées prennent en charge les achats, les contrats, les factures, les paiements ou le recouvrement. Chaque outil répond à un besoin. Mais leur articulation suppose des connexions, des contrôles et des interventions humaines pour faire circuler les informations.

« Flowie est née d’un constat très concret : les équipes financières utilisent encore trop d’outils différents pour réaliser des opérations qui devraient former un processus continu », explique Yann Ravel-Sibillot, cofondateur et CEO de Flowie.

La fintech s’est donc positionnée sur la coordination de ces étapes. Sa plateforme se connecte aux ERP, CRM, outils bancaires et systèmes de gestion de trésorerie, sans imposer leur remplacement. Elle couvre les cycles fournisseurs et clients : intégration des fournisseurs, gestion des contrats, traitement des factures, circuits de validation, paiements, recouvrement et rapprochements.

L’approche revendiquée consiste à utiliser des agents capables d’organiser puis d’exécuter une série d’actions dans ces différents systèmes. L’enjeu est de limiter les reprises manuelles et les ruptures entre des tâches qui dépendent les unes des autres.

Dans la version détaillée de l’annonce, Flowie cite le cas d’un client chez lequel sa technologie a remplacé quatre outils consacrés à la gestion des comptes fournisseurs, avec une réduction annoncée de 30 heures de travail par semaine. Le client et le périmètre précis du déploiement ne sont pas identifiés. Cet exemple illustre néanmoins le terrain sur lequel la fintech cherche à démontrer sa valeur : le temps passé à faire fonctionner un processus réparti entre plusieurs applications.

Pourquoi un spécialiste de la conformité s’intéresse à ces opérations

Pour Sovos, l’acquisition ouvre un périmètre plus large que celui du contrôle fiscal d’une transaction.

Le groupe indique traiter plus de 70 milliards de transactions par an et accompagner plus de 100 000 clients dans leurs obligations fiscales à travers plus de 150 pays. Son activité repose notamment sur la détermination des règles applicables, le traitement des données et leur transmission aux administrations.

Flowie lui apporte une capacité à agir dans les processus dont ces données sont issues. Le rapprochement doit ainsi permettre de relier la connaissance d’une obligation réglementaire aux opérations nécessaires pour la respecter.

« En rejoignant Sovos, nous ajoutons à cette capacité d’exécution une connaissance réglementaire mondiale », poursuit Yann Ravel-Sibillot.

Le projet prend le nom de Compliant Finance Platform. Derrière cette appellation, Sovos entend intégrer les exigences fiscales au fonctionnement même des opérations financières et achats. Une transaction serait ainsi traitée en tenant compte des règles du pays concerné, au fil des étapes de son exécution.

Cette ambition prolonge les développements du groupe dans l’intelligence artificielle. Sovos dispose déjà de Sovi Agent Studio, un environnement d’agents consacré à la conformité fiscale. Il couvre notamment la correspondance entre les produits et les codes fiscaux, l’identification d’erreurs dans les factures électroniques et le rapprochement des données réglementaires.

La technologie de Flowie doit compléter cet ensemble en intervenant dans les outils et les circuits opérationnels de l’entreprise.

« En associant nos données réglementaires aux agents développés par Flowie, nous voulons permettre aux entreprises d’accélérer leurs opérations sans perdre la maîtrise de leur conformité », déclare Kevin Akeroyd, CEO de Sovos.

La facture électronique rapproche les données et les flux

L’acquisition intervient dans le contexte de la généralisation de la facturation électronique en France. Pour les entreprises, cette transition pose une question qui dépasse le format du document : que faire des données structurées qui accompagnent désormais sa circulation ?

Une facture contient des informations utiles à plusieurs fonctions. Les achats doivent pouvoir la relier à une commande ou à un contrat. La comptabilité doit l’enregistrer et la rapprocher. Les équipes chargées du paiement doivent connaître son statut, son échéance et les validations obtenues. La trésorerie doit pouvoir intégrer le décaissement attendu à ses prévisions.

La qualité de cette circulation détermine donc une partie du bénéfice opérationnel de la dématérialisation. Une facture reçue électroniquement peut encore nécessiter des interventions manuelles si les systèmes qui l’entourent ne partagent pas les bonnes informations.

Le rapprochement entre Sovos et Flowie repose sur cette lecture du marché : la conformité de la facture constitue une étape dans un cycle financier plus vaste. Pour automatiser ce cycle, il faut pouvoir relier le document aux événements qui le précèdent et le suivent.

Sovos entend également s’appuyer sur l’équipe et la technologie développées à Paris pour renforcer sa présence en France. L’annonce ne précise toutefois ni montant d’investissement local, ni objectif de recrutement.

Le paiement, point de rencontre des validations et de la trésorerie

Pour les acteurs du paiement, l’intérêt de l’opération se situe dans la place donnée à l’exécution financière au sein de cet ensemble.

Un paiement fournisseur dépend d’informations produites ailleurs dans l’entreprise : identité du fournisseur, conditions convenues, facture reçue, validation de la dépense. Une fois le paiement effectué, son traitement doit encore être rapproché des écritures et pris en compte dans le suivi de trésorerie.

Du côté des encaissements, la même continuité est nécessaire entre l’émission d’une facture, son échéance, les éventuelles relances, la réception des fonds et leur affectation.

Flowie annonce couvrir ces différentes étapes. Son intégration à Sovos traduit donc une volonté de rapprocher les informations commerciales, comptables et réglementaires des opérations de paiement et de recouvrement.

Le paiement devient ici une étape à coordonner avec l’ensemble du cycle financier. C’est ce qui donne à l’acquisition sa portée au-delà du marché de la facturation électronique.

Le communiqué ne détaille cependant pas les modalités d’exécution des paiements ni les partenaires financiers mobilisés. Il ne permet pas non plus de préciser le degré d’autonomie des agents à chaque étape. Le périmètre annoncé est celui de l’orchestration ; les conditions concrètes de mise en œuvre restent à documenter.

Relier chaque transaction à ses partenaires et à ses règles

Pour soutenir cette approche, Sovos prévoit de créer une infrastructure baptisée Sovos Graph. Elle doit relier les entités avec lesquelles une entreprise travaille, ses données transactionnelles et les règles de conformité applicables.

Le groupe distingue trois composantes. La première rassemble les informations sur les fournisseurs, clients, sous-traitants et collaborateurs, ainsi que leurs relations. La deuxième vise à donner une vision commune des opérations d’achat et de vente. La troisième réunit les règles fiscales, les formats et les obligations déclaratives suivis par Sovos.

L’objectif est de fournir aux agents un contexte partagé pour agir. Une facture doit pouvoir être comprise à la fois comme un document associé à un partenaire, une opération financière et une transaction soumise à certaines obligations.

Cette articulation pourrait permettre de détecter plus tôt des incohérences susceptibles d’affecter la facturation, le paiement ou la déclaration fiscale. Elle doit aussi réduire la dispersion des informations entre des outils qui décrivent chacun une partie de la même opération.

L’automatisation devra aussi rendre ses décisions lisibles

La promesse d’agents capables d’exécuter des processus financiers soulève une question pratique : jusqu’où peuvent-ils agir seuls, et à quel moment doivent-ils solliciter une validation ?

Dans ces fonctions, le temps gagné compte autant que la possibilité de comprendre ce qui a été fait. Les équipes doivent pouvoir retrouver l’origine d’une donnée, la règle appliquée, les validations obtenues et le traitement réservé aux exceptions.

L’intégration des connaissances fiscales de Sovos peut contribuer à encadrer ces actions. Elle ne dispense pas de définir les responsabilités et les contrôles au sein de l’entreprise. Le communiqué ne détaille pas encore ces mécanismes, pas davantage que le calendrier de disponibilité de la nouvelle plateforme ou les modalités de transition pour les clients de Flowie.

La technologie française doit être proposée aux clients de Sovos aux côtés de ses solutions de conformité, en restant compatible avec les principaux ERP et systèmes financiers.

L’acquisition dessine ainsi un déplacement du rôle de Sovos : des obligations fiscales attachées aux transactions vers les processus qui les produisent et les règlent. Pour les directions financières, l’enjeu sera de vérifier que cette intégration réduit effectivement les ruptures entre facture, validation, paiement et trésorerie. C’est sur cette continuité, dans les opérations quotidiennes, que la nouvelle plateforme devra faire ses preuves.