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Le paiement en plusieurs fois a changé de statut. Longtemps présenté comme un service additionnel au moment du checkout, il est désormais entré dans les habitudes d’achat des Européens, au point de devenir un outil de gestion budgétaire pour une partie croissante des consommateurs.

C’est l’un des principaux enseignements de l’édition 2026 de l’étude paneuropéenne de Younited, menée avec Bamboo Research auprès de 3 000 répondants en France, en Espagne et en Italie. Dans ces trois pays, près de huit consommateurs sur dix ayant réalisé un achat compris entre 200 et 50 000 euros au cours des six derniers mois déclarent avoir déjà eu recours au paiement fractionné.

Mais derrière cette adoption massive, le marché change de nature. Les usages s’allongent, les secteurs concernés se diversifient, le point de vente reste central, et la directive européenne sur le crédit à la consommation, attendue en novembre 2026, devrait rebattre une partie des cartes.

Cette édition montre qu’on n’est plus seulement dans une phase de démocratisation. Le paiement en plusieurs fois est désormais intégré par les consommateurs comme un outil budgétaire et comme une façon de consommer”, explique Anne-Gaëlle Fauchon, Directrice Marketing chez Younited.

Un usage devenu régulier

L’étude confirme d’abord la banalisation du paiement fractionné en Europe. 79 % des Français, 83 % des Espagnols et 78 % des Italiens interrogés y ont eu recours pour un achat compris entre 200 et 50 000 euros au cours des six derniers mois.

Pour Younited, le chiffre le plus révélateur n’est toutefois pas seulement le niveau d’adoption. C’est la fréquence d’utilisation. Une part significative des utilisateurs ne recourt plus au paiement en plusieurs fois de façon exceptionnelle, mais plusieurs fois par an, voire tous les mois.

J’ai été assez surprise de voir qu’il y a quand même un tiers de la population qui l’utilise très régulièrement, deux, trois, quatre fois, jusqu’à une fois par mois”, souligne Anne-Gaëlle Fauchon.

Le paiement fractionné ne répond donc plus uniquement à un achat ponctuel ou à un besoin d’équipement. Il devient un réflexe de pilotage des dépenses, dans un contexte où l’inflation, les tensions sur le pouvoir d’achat et l’incertitude économique poussent les consommateurs à rechercher davantage de flexibilité.

France, Espagne, Italie : des usages proches, mais des motivations différentes

Si les niveaux d’adoption sont comparables entre les trois pays étudiés, les motivations ne sont pas exactement les mêmes.

En France, le premier critère cité reste la gratuité. 44 % des répondants français déclarent y recourir d’abord parce que la solution est sans frais. En Espagne, la flexibilité arrive en tête. En Italie, c’est l’étalement des dépenses dans le temps qui domine.

Pour Younited, ces différences reflètent à la fois des cultures de paiement distinctes et des structures de marché différentes.

La France est un marché où il existe une forte sensibilité au taux et à la gratuité. Le consommateur est assez opportuniste : il va regarder si le service est gratuit, si le taux est compétitif”, analyse Anne-Gaëlle Fauchon. “En Espagne et en Italie, l’usage est davantage associé à un service de flexibilité, que l’on accepte plus facilement comme un service payant.”

Ces écarts montrent que le paiement fractionné ne peut pas être traité comme un produit uniforme à l’échelle européenne. Les usages, les attentes des consommateurs, la réglementation locale et les habitudes de crédit continuent de peser fortement sur la manière dont les offres sont perçues.

La frontière entre 3 ou 4 fois et crédit plus long s’estompe

Autre enseignement important : le 3 ou 4 fois reste un format central, mais il ne suffit plus toujours à couvrir les attentes des consommateurs.

En France, 56 % des paiements fractionnés sont réalisés en 2 à 4 échéances. Mais cette part tombe à 38 % en Espagne et 34 % en Italie. Même en France, les échéances de 5 fois et plus progressent.

Plus surprenant encore, certains consommateurs expriment le besoin d’étaler des paniers modestes sur des durées plus longues. L’étude montre ainsi qu’une partie des achats inférieurs à 300 euros est réalisée avec des échéances allant au-delà de 13 fois.

Jusqu’ici, on avait tendance à considérer que le 3 ou 4 fois était la bonne réponse pour les petits montants. Ce que l’étude montre, c’est que ce n’est pas toujours le cas. Même pour 300 euros, certains consommateurs peuvent avoir besoin d’étaler en 6, 7 ou 10 fois”, explique Anne-Gaëlle Fauchon.

Les commerçants cherchent désormais des solutions plus complètes, capables de couvrir plusieurs durées, plusieurs paniers moyens et plusieurs situations d’achat, sans multiplier les prestataires.

De l’électroménager aux frais vétérinaires

Le paiement fractionné reste fortement associé aux catégories historiques : électroménager, smartphones, produits électroniques ou ameublement. Mais l’étude montre aussi une extension vers des dépenses plus occasionnelles, parfois plus sensibles.

L’entretien automobile, les frais vétérinaires, les obsèques, la formation professionnelle, la seconde main, le luxe ou l’horlogerie apparaissent désormais comme des terrains d’usage envisagés par les consommateurs.

Pour Younited, cela ne signifie pas que tous ces secteurs deviendront immédiatement des priorités commerciales. Mais cela confirme un déplacement : le paiement fractionné n’est plus seulement associé à l’achat plaisir ou à l’équipement du foyer. Il touche aussi des dépenses nécessaires, imprévues ou difficiles à absorber comptant.

Payer un entretien automobile en plusieurs fois peut avoir beaucoup de sens. C’est une dépense qui peut atteindre 800 ou 1 000 euros, qui arrive parfois sans être totalement anticipée, et qui reste nécessaire”, illustre Anne-Gaëlle Fauchon.

Le raisonnement vaut aussi pour les frais vétérinaires ou certaines dépenses de santé animale. Le sujet devient alors plus sensible : il ne s’agit plus seulement de faciliter un achat, mais d’accompagner un besoin concret, parfois contraint.

Le luxe change de regard sur le financement

L’étude met aussi en évidence un intérêt croissant pour le paiement fractionné dans le luxe et l’horlogerie. Le sujet aurait été difficilement envisageable il y a encore quelques années.

On a vraiment constaté une évolution des mentalités dans le luxe en cinq ou six ans. Les premières discussions étaient souvent très exploratoires, avec des acteurs qui disaient que cela ne leur correspondait pas. Aujourd’hui, il y a une vraie volonté de tester”, observe Anne-Gaëlle Fauchon.

Younited travaille notamment avec des acteurs de l’horlogerie comme Watchdreamer et Hublot. Dans ces univers, le financement ne se présente pas comme dans l’électronique grand public. Il doit s’intégrer dans un parcours beaucoup plus premium, plus conseillé, plus discret.

L’enjeu n’est pas seulement d’afficher une mensualité sur une fiche produit. Il faut trouver le bon équilibre entre l’expérience de marque, le conseil en point de vente, les contraintes réglementaires du crédit et les attentes d’une clientèle parfois très sensible à l’optimisation financière.

Sur des montres à plusieurs milliers ou dizaines de milliers d’euros, le sujet peut aussi être patrimonial. Certains clients ont l’épargne nécessaire, mais préfèrent ne pas la débloquer si une solution de financement gratuite leur permet de préserver leur placement”, explique Anne-Gaëlle Fauchon.

Le point de vente reste décisif

Contrairement à l’image d’un paiement fractionné porté uniquement par le e-commerce, le point de vente physique reste un canal majeur. L’étude montre que 39 % des paiements fractionnés ont lieu en magasin en France, 44 % en Espagne et 41 % en Italie.

Ce poids du magasin est particulièrement important dans les secteurs où le conseil reste déterminant : meubles, électroménager, luxe, horlogerie, automobile.

Pour Younited, cela implique un changement d’approche. La performance d’une solution ne dépend pas uniquement de son intégration technique, mais aussi de sa capacité à être comprise, expliquée et proposée au bon moment par les vendeurs.

L’entreprise a ainsi structuré une force de vente terrain dédiée à l’accompagnement de ses partenaires physiques. Ces équipes se déplacent en magasin, forment les vendeurs, travaillent les objections et aident à intégrer le paiement fractionné dans le discours commercial.

Le point de vente n’est pas mort. Il y a un vrai enjeu à accompagner les vendeurs. Même si nos solutions sont plus simples et moins administratives qu’avant, elles doivent s’intégrer dans une vente”, insiste Anne-Gaëlle Fauchon.

Dans certains cas, le financement peut même devenir une réponse à une objection prix. Encore faut-il que le vendeur identifie cette objection avant que le client ne quitte le magasin.

D’un avantage concurrentiel à un standard

Le paiement fractionné reste un levier de fidélisation. 61 % des Français, 69 % des Espagnols et 65 % des Italiens déclarent qu’il les incite à revenir chez un commerçant.

Mais cet effet recule depuis 2021 dont la fidélisation était à 90% pour le marché français. Pour Younited, ce recul ne signifie pas que le paiement fractionné perd de sa valeur. Il signifie surtout qu’il est devenu un standard.

Il y a cinq ans, proposer le paiement en plusieurs fois pouvait encore être un élément différenciant. Aujourd’hui, beaucoup de magasins et de sites en sont équipés. Quand tout le monde le propose, ce n’est plus suffisant pour se distinguer”, analyse Anne-Gaëlle Fauchon.

Pour les marchands, la question n’est donc plus seulement de savoir s’il faut proposer du paiement fractionné. Elle devient plus fine : quelle offre proposer, sur quels produits, pour quels clients, avec quelle durée, quel niveau de friction et quels services associés ?

Le paiement fractionné doit désormais s’intégrer dans une stratégie plus large de fidélisation. Younited travaille par exemple sur des offres combinant financement, reprise d’ancien équipement, réductions, cashback ou logique d’économie circulaire.

L’entreprise avait déjà travaillé sur ce type d’approche avec des Apple Premium Resellers autour du financement d’un smartphone et de la reprise d’un ancien appareil. Elle explore aussi ces sujets avec des acteurs comme Pixmania ou Vorwek.

On ne parle plus seulement de performance de la solution. On parle du service additionnel que l’on peut apporter au client final et au marchand”, résume Anne-Gaëlle Fauchon.

La DCC2, un moment de clarification

L’autre grand sujet du marché est réglementaire. En novembre 2026, la directive européenne sur le crédit à la consommation, dite DCC2, entrera en vigueur. Elle élargira son champ à certains paiements fractionnés jusqu’ici moins encadrés.

Pour Younited, déjà régulé comme acteur du crédit à la consommation, cette évolution représente moins une rupture qu’une adaptation. L’entreprise devra faire évoluer certains affichages, certaines mentions pédagogiques ou certaines règles liées au délai de rétractation, mais son modèle repose déjà sur des exigences de conformité, d’analyse de solvabilité et de responsabilité.

En tant qu’acteur du crédit à la consommation, nous sommes moins impactés que des acteurs qui n’étaient pas régulés de la même manière. Nous avions déjà des exigences très structurées”, explique Anne-Gaëlle Fauchon.

Younited travaille déjà sur l’adaptation de ses parcours et a commencé à former ses principaux partenaires marchands aux évolutions à venir.

Mais un sujet opérationnel demeure : la date d’entrée en vigueur. Le 20 novembre tombe en pleine période de Black Friday, juste avant Noël et les soldes d’hiver. Pour des marchands dont une partie significative des ventes repose sur le paiement en plusieurs fois, changer des parcours, des mentions ou des affichages à cette période peut représenter un risque commercial important.

La question est de savoir comment les marchands peuvent se mettre en conformité sans fragiliser leur activité dans une période aussi critique. C’est un sujet sur lequel nous travaillons avec les régulateurs et nos partenaires”, indique Anne-Gaëlle Fauchon.

La prochaine bataille : rendre le financement plus intelligent

Pour Younited, la prochaine étape du marché ne se jouera pas uniquement sur l’adoption. Celle-ci est déjà très avancée. Elle se jouera sur la qualité de l’offre, sa pertinence par rapport aux usages et sa capacité à s’intégrer dans de nouveaux parcours d’achat.

Le paiement fractionné devra être plus intelligent, plus contextualisé et plus responsable. Il ne s’agira pas de pousser mécaniquement les consommateurs vers davantage de crédit, mais de proposer la bonne durée, pour le bon produit, au bon moment, avec une analyse réaliste de leur capacité de remboursement.

La bataille de demain, ce sera d’apporter des solutions suffisamment flexibles pour les marchands et suffisamment justes pour les consommateurs”, estime Anne-Gaëlle Fauchon.

Cette évolution passera aussi par les partenaires techniques. Les PSP comme Stripe ou Adyen, les plateformes e-commerce, les solutions de paiement par QR code ou les nouveaux parcours liés à l’agentic commerce pourraient transformer la manière dont les consommateurs accèdent à des offres de financement.

Il faut être suffisamment flexible pour être là où le client a envie que l’on soit”, conclut Anne-Gaëlle Fauchon. “Le rôle de Younited reste le même : répondre au besoin d’un client qui veut financer un projet, qu’il s’agisse d’un achat de confort ou d’une dépense nécessaire, mais le faire de manière juste, responsable et adaptée aux nouveaux usages.”

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