Cinq mois après sa prise de poste comme Directeur Général France, il lève le voile sur sa feuille de route : reconquête des jeunes générations, commerce agentique, paiement fractionné et repositionnement de la marque autour de ses fondamentaux : sécurité et confiance.
Philippe Daly a pris ses marques à la tête de PayPal France. Ancien d'Amazon (où il a passé dix ans) puis de Mollie, où il a géré quatre ans durant l'ensemble des partenariats e-commerce et marketplace, la relation avec les agences e-commerce, les verticaux SaaS et les marketplaces, le nouveau Managing Director France arrive avec une double boîte à outils : la rigueur opérationnelle amazonienne et une connaissance fine de l'écosystème e-commerce français. « La boîte à outils amazonienne, je la connais. Pour moi, ça reste ce qui se fait de mieux. Et à quel point elle est transposable à une boîte comme PayPal, c'est assez intéressant à observer. »
Son constat en arrivant ? PayPal souffre moins d'un déficit de performance que d'un déficit de communication. « PayPal est une boîte qui communique assez mal sur ce qu'elle fait de bien », lâche-t-il d'emblée. Un paradoxe pour une marque dont la notoriété spontanée dépasse les 80 % en France - au point que beaucoup de Français la croient d'origine hexagonale.
Un acteur singulier, à condition de le faire savoir
La thèse de Philippe Daly est simple : PayPal occupe une position unique sur le marché du paiement, à condition d'en tirer parti. « On fait le boulot d'un PSP, on fait le boulot d'un acteur du paiement fractionné, on a une relation directe avec le consommateur via le peer-to-peer, et on a notre propre marque, notre propre expérience de checkout. » Certains concurrents font du peer-to-peer sans e-commerce, d'autres proposent du BNPL sans peer-to-peer. Aucun, selon lui, ne propose l'ensemble à l'échelle mondiale, avec la capacité de gérer du cross-border à cette dimension.
« Certains pourraient dire que vous faites trop de choses. Moi, je pense que si on arrive à faire tout ça bien, on arrive à se démarquer nécessairement des autres », assume-t-il. Garder un client dans un écosystème où il peut trouver toutes les facettes du paiement - c'est compliqué à opérer, mais c'est précisément ce qui fait la différenciation de la marque.
Les chiffres donnent de la substance à cette ambition : 16 millions d'utilisateurs en France, des partenariats avec plus de 50 % du CAC 40 (principalement dans le retail, le fashion et les secteurs adressables en e-commerce), des centaines de milliers de TPE et PME adressées directement ou via les grands prestataires de paiement partenaires comme Stripe et Adyen, et une position de leader sur le paiement fractionné, souvent méconnue du grand public.
Le paiement fractionné : leader invisible ?
« Il n'y a que 21 % des Français qui s'estiment utilisateurs du paiement en plusieurs fois », rappelle Philippe Daly, citant une récente étude de la FEVAD. Et PayPal se dit précisément le leader de ce segment en France, grâce à une intégration native dans le tunnel de paiement qui supprime toute friction. Pas besoin de s'identifier comme utilisateur de BNPL pour en bénéficier - l'option est là, directement exposée, au moment du checkout.
Un marché qui s'élargit, porté par une attente réelle.
Face à des acteurs établis comme Floa ou Sofinco, PayPal mise sur une expérience utilisateur radicalement plus fluide et sur une donnée consommateur accumulée depuis plus de vingt ans - 16 millions de profils français qui permettent de prendre de meilleures décisions de scoring sans recourir aux fichiers tiers, indisponibles en France contrairement au Royaume-Uni ou aux États-Unis.
Sur la directive DCC2, Philippe Daly reconnaît des zones grises que tous les acteurs du BNPL naviguent à vue, mais se dit confiant : « On pense qu'on est très en avance de phase. On a accès à de la donnée pour prendre les bonnes décisions. »
Reconquérir la Gen Z et les Millennials
C'est l'un des chantiers les plus urgents identifiés par Philippe Daly. PayPal jouit d'une notoriété spontanée supérieure à 80 % en France - une marque qui s'est diffusée dans le quotidien français via le peer-to-peer, au point que les Français la ressentent presque comme une marque locale. Mais cette familiarité ne suffit plus à capter les jeunes générations.
« PayPal est une marque qui résonne peu auprès de la Gen Z et des Millennials. On aurait pu faire mieux », reconnaît-il sans détour. La proposition de valeur, pourtant, correspond exactement aux attentes de ces audiences : sécurité, simplicité, facilité de gestion du portefeuille. « Ils veulent de la sécurité, ils veulent de la facilité et de la simplicité. C'est des choses auxquelles on répond. Mais on ne leur parle pas. »
La réponse passe par une future présence renforcée sur TikTok et Instagram, un ton de voix repensé, et la valorisation de cas d'usage concrets. Le paiement fractionné constitue ici un levier naturel : permettre à un client d'accéder à un panier plus élevé - une pièce de seconde main , un article de mode premium - avec une logique de paiement en 4 fois, c'est précisément ce qu'attend cette génération.
Sur la communication plus globale, Philippe Daly dessine un fil rouge continu plutôt qu'une succession de micro-événements. « Je vois plus ça comme un fil rouge, avec des prises de parole régulières, où on répète vraiment notre value proposition : sécurité, protection du vendeur, protection de l'acheteur, simplicité, BNPL, branded checkout sur l'ensemble des marchands. »
L'application comme hub d'engagement
Autre point de friction identifié : l'application PayPal n'offre pas encore suffisamment de raisons de revenir régulièrement. La comparaison avec les meilleures pratiques amazoniennes est implicite. « Si tu es utilisatrice de PayPal, tu n'as pas encore beaucoup de raisons de revenir régulièrement sur l'application. »
La réponse en cours de déploiement : des programmes de fidélité plus poussés avec les marques, déjà lancés dans plusieurs marchés, qui doivent faire de l'app un hub centralisé. L'utilisateur doit pouvoir y retrouver l'ensemble de ses informations critiques : source de financement active, cashback disponibles, offres personnalisées en partenariat avec des marques spécifiques. Des offres de cashback existent déjà, envoyées par email, mais elles manquent d'un point d'accès unifié et visible.
« Il y a un vrai travail de visibilité à faire sur les partenariats marques et les offres de cashback — des atouts que PayPal possède déjà, mais que les utilisateurs ignorent trop souvent. Ça, c'est des choses sur lesquelles il faut qu'on travaille davantage. » Le potentiel est là, reste à mieux le rendre visible.
Le commerce agentique, prochaine frontière
Sur le volet innovation, Philippe Daly mobilise une analogie parlante : celle du shift mobile des années 2010. À l'époque, les transactions e-commerce se faisaient encore majoritairement sur desktop - les paniers les plus élevés surtout - et le mobile servait d'abord au showrooming. PayPal avait alors anticipé le basculement, investi massivement sur l'expérience mobile, et contribué à installer la confiance là où elle manquait. La conversion avait suivi.
« On est à peu près au même moment aujourd'hui sur l'IA, à ceci près que les audiences ne se sont pas encore déportées radicalement. On attend ce shift d'audience, et en amont, on est prêt. »
Concrètement, PayPal travaille avec Google, OpenAI et Perplexity pour intégrer une expérience de checkout dans les flux LLM - que ce soit l'agent conversationnel d'une marque, un assistant généraliste, ou bientôt l'application PayPal elle-même, aux États-Unis dans un premier temps. L'enjeu : s'assurer que lorsqu'un consommateur interagit avec un agent IA et décide d'acheter, PayPal soit présent comme option de paiement de confiance.
Cela passe aussi par un accompagnement des marchands sur l'ingestion catalogue et le référencement produit au sein des LLM. OpenAI et Google ont désigné des protocoles spécifiques à cet effet ; PayPal s'inscrit dans ces standards pour aider les marchands à mieux référencer leurs produits et à attacher un tunnel de paiement aux réponses des agents. « On va aider les marchands à réfléchir à comment mieux référencer leurs produits, s'assurer que ça ressorte bien au sein du LLM, pour qu'on puisse y attacher une logique de checkout. »
La sécurité, ADN à réaffirmer
Sur la fraude, Philippe Daly est catégorique : c'est l'obsession centrale de PayPal, et c'est aussi l'un des avantages concurrentiels les moins bien exploités en termes de communication. Dans un contexte où l'IA sophistique également les méthodes des fraudeurs avec des attaques quasi quotidiennes, la capacité de détection et de protection de PayPal prend une dimension nouvelle.
Au moment du checkout, des milliers de signaux sont analysés en temps réel (adresse IP, montant du panier, type de carte, géolocalisation de l'acheteur) le tout renforcé par la biométrie et les systèmes Passkey, censés protéger à la fois le client et le marchand. En cas de litige avéré, PayPal ne laisse pas les parties se débrouiller seules : la plateforme instruit le dossier et tranche, avec une répartition qui s'établit autour de 50 % en faveur du marchand et 50 % en faveur de l'acheteur.
« PayPal est unique dans ce cadre-là », insiste-t-il. Cette capacité à absorber le risque et à offrir un recours effectif (pour le vendeur comme pour l'acheteur) représente une valeur réelle, différenciante, mais trop rarement mise en avant dans la communication. C'est précisément l'un des chantiers de fond du nouveau Managing Director : remettre la protection au cœur du discours de marque.
Prochaines étapes
Le calendrier se dessine. Sur le BNPL, la dynamique se confirme et une nouvelle offre arrive en France. Sur les partenariats une nouvelle collaboration française serait imminente - attendue pour mi-mars, avec une marque française dont Philippe Daly garde le nom pour lui.
Sur la stratégie de marque, les réflexions sont en cours. « On fait beaucoup de choses en interne, mais on n'est pas encore au point où on est capable de dire voilà ce qu'on cherche, on va l'exécuter. La partie design thinking est d'abord au niveau global, la partie exécution à chaque marché vient dans un deuxième temps. »
Le fil rouge dessiné par Philippe Daly est en tout cas clair : arrêter de sous-communiquer sur ce que PayPal fait bien, reconstruire l'engagement consommateur autour d'une application plus engageante, séduire la Gen Z et les Millennials là où ils se trouvent, et positionner la marque comme l'infrastructure de confiance incontournable d'un écosystème de paiement en pleine mutation - au moment même où l’intelligence artificielle s'apprête à redessiner les règles du jeu.
